Accueil  >  Charles Berling remonte le temps
Flux RSS

Charles Berling remonte le temps

Le 26 septembre 2011 à 09:04 par Olivier Bellamy

charles-berling-23-09-11.JPG

1. Sa mère est le fruit de l’amour entre sa grand-mère et un ouvrier arabe du garage que tenait son grand-père au Maroc. Quel lourd secret dans une famille bourgeoise de l’après-guerre ! Charles Berling la raconte avec pudeur et talent. Il brosse le portrait de ces deux femmes d’exception, au caractère très extraordinaire. Il n’a pu briser ce secret de famille qu’après la mort de sa mère.
2. A l’invitation d’Eve Ruggiéri, je suis allé vendredi soir réciter les Sept Dernières Paroles du Christ en Croix avec l’Orchestre des Solistes français sous la direction de l’excellent Paul Rouger (qui jouait l’oeuvre de Haydn) à la cathédrale de Chartres. Présenter des concerts, animer des émissions est une chose, mais lire des extraits des évangiles dans l’une des plus belles cathédrales d’Europe (le bleu des vitraux est unique au monde, quant à la flèche sud, elle semble percer le ciel d’un seul jet) est un exercice qui m’intimidait beaucoup. A la répétition, j’ai essayé d’être le plus sobre possible, et Eve m’a dit : “Tu l’as fait liturgique, c’est très bien, mais essaie de le jouer davantage. C’est la Passion tout de même !” Excellent conseil. Le soir du concert, j’ai donc essayé d’oublier qu’il s’agissait, pour les auteurs et pour les croyants, du fils de Dieu (dans sa Maison !), pour incarner un homme innocent de tout crime, mort sur la croix, entre deux larrons. A chaque auditeur d’imaginer le reste. Dimanche, je suis retourné en Eure et Loir car Eve donnait une conférence au château des Vaux. Il se trouve que mon père était professeur dans cet établissement des Orphelins Apprentis d’Auteuil et que j’y ai fait mon CM1, alors que nous arrivions de Marseille. C’est la première fois que j’y revenais depuis l’âge de huit ans. Plus extraordinaire, la loge d’Eve n’était autre que mon ancienne salle de classe. Quelle émotion ! J’ai pris la voiture pour aller à La Loupe, le village de mon enfance, à sept kilomètres du château. J’ai revu l’école primaire où j’ai fait mon CM2, dans la classe de M. Maintenant, et le CES où j’étais de la sixième à la troisième, avant que nous ne partions pour Cholet. J’ai marché jusqu’à mon ancienne maison à la résidence Lafayette, dans la cité construite par les Américains que ma mère avait trouvée si laide en arrivant. Des dizaines de souvenirs et d’amis disparus sont remontés à ma mémoire. Et puis, sur une impulsion subite, j’ai rendu visite à mon ancienne prof de français, Michèle Merlio, qui habite toujours rue Dabancourt. Elle a ouvert la porte et s’est exclamée “Olivier !” comme si nous nous étions quittés la veille. Je craignais de découvrir (trente-cinq ans plus tard) une très vieille dame, peut-être en fauteuil roulant, peut-être un peu sourde, et j’ai retrouvé la belle femme à la mise impeccable, tirée à quatre épingles, au regard clair et au rire chaleureux. Elle nous impressionnait beaucoup, enfants, mais nous l’adorions car elle était très humaine derrière sa rigueur et son sens du devoir. Nous avons évoqué le passé, le présent, parlé des vivants et des morts, et je suis reparti non sans l’avoir remerciée d’avoir été un si bon professeur. Elle a étouffé un sanglot en me disant au revoir, le même sanglot contenu qu’elle avait eu lorsqu’elle m’avait gardé à la fin de classe, après la mort de mon père, pour me dire qu’il fallait être fort et que le travail était le meilleur moyen de dépasser son chagrin.
Voici le programme de Charles Berling :

Schoenberg Fantasie OP 47 par Menuhin et Gould
Malher Symphonie N°1 Titan – 4e mvt
Les variations Goldberg / Gould
Rigoletto Verdi « La la la la »

Les Madeleines:
Jacques Brel Amsterdam
Marie Laforêt Fais moi l’amour comme à seize ans
Bob Dylan The Times they are A-Changing

Lien permanent | Rétrolien

Il y a 12 commentaires pour cet article :

1 Sandrine, le 26 septembre 2011 à 12:35 :

Merci Olivier de nous faire passer ce matin l’émotion que je n’ai pas trouvée dans les paroles de votre invité de vendredi à l’évocation de la perte de sa mère ( mais j’étais peut-être fatiguée car j’avoue en fait ne pas avoir suivi le cours de ses idées qui m’ont paru bien embrouillées….). Quelle déception aussi de ne pas avoir pu vous entendre à Chartres,… arrêter de nous faire saliver!Merci également à vos parents et à Madame Merlio, sans qui Passion Classique n’existerait peut-être pas!

2 Anne Marie, le 26 septembre 2011 à 12:41 :

Merci Olivier, vous m’avez émue aux larmes avec cette confidence tellement représentative de ce que vous êtes et de ce qui vous a construit. j’interviens rarement sur le blog (timidité, surement) mais j’en profite pour dire que je suis aussi en manque de “La demi heure” et en fait je change de radio des 19h!

3 c.holdrinet, le 26 septembre 2011 à 13:15 :

Chartres, bien sûr, j’ai vécu mon enfance à Dreux; votre petit périple en Eure et Loir, Olivier, me ramène à mon enfance.”Que de souvenirs remontent à la surface”… Maman avait une grande famille,
et mes oncles et tantes vivaient dispercés,(à part deux parisiens),
en Eure et Loir: Chartres, Laloupe, Loulappe, petit village tout près, où vit ma dernière tante vivante que j’adore. Illiers-Combray, Brou.

Paradoxalement, nous ne sommes toujours pas allés au festival de Chartres.

Je suis très émue qu’il me soit donné l’occasion de nommer ces lieux sur le blog.
Ils sont mon berceau familial.
Merci Olivier.

4 Florian Defontaine, le 26 septembre 2011 à 13:42 :

Je suis très ému , des animateurs qui se livrent avec tant de sincérité, c’est si rare …. Pour sûr, c’est Un homme de confiance !!!
J’ai trouvé l’émission tendre et assez drôle , auréolée de bonne “Science à sons” .
Cordialement .

5 Tores, le 26 septembre 2011 à 14:46 :

Il ne reste de l’histoire de chacun, que le ressenti à l’instant et dans la mémoire du vécu.
Soyez vous même.
Albert

6 Nelly, le 26 septembre 2011 à 15:49 :

Merci à vous Olivier. J’ai écouté plusieurs PC avec intérêt mais lire votre article pour Charles Berling (que j’ai suivi en partie) a fait remonter beaucoup de souvenirs pour moi car j’ai passé une partie de ma jeunesse en Maine et Loire: Doué la Fontaine, Montreuil Bellay, Saumur, Angers et visites à Cholet! Nous dirons que ma mère était…voyageuse! Merci de nous avoir confié ce passage de votre vie. Ah! j’ajoute que parfois je dis: zut! nous aurions eu quelques minutes de plus… ou dommage! mais on s’adapte. J’en profite pour envoyer mes amitiées à tous les amis que je connais et à ceux que je ne connais pas aussi. A bientôt.

7 Lily, le 26 septembre 2011 à 15:55 :

Les 7 dernières paroles du Christ de Haydn, 7 adagios ; 7 chefs d’œuvre.
Plusieurs versions de cette oeuvre, mais un jeune pianiste dont je suis la carrière ascendante et que j’aime aller écouter pour ses qualités humaines, pour sa sensibilité, pour sa musicalité, Nicolas Stavy (qui était le pianiste dans la pièce Le pianiste ,avec Robin Renucci en récitant, il y a quelques années) , en a gravé sur CD une version pour piano qui n’a pas la même densité mais qui est interessante, couplée avec les sublimissimes Variations en fa m du même Joseph.

8 Dominique, le 26 septembre 2011 à 20:49 :

Quand prendrez-vous le temps, Olivier, d’écrire vous-même vos “mémoires”, vous qui nous livrez avec autant de délicatesse, vos expériences, vos souvenirs, votre enfance et votre jeunesse ?… Voyez combien tous vos blogueurs apprécient… Merci. Bien à vous.

9 marie-alsace, le 27 septembre 2011 à 00:26 :

C’est bien mélancolique tout cela, Olivier Bellamy….…!!! Ce soir,c’est avec plaisir que j’ai repris mes petites habitudes musicales transfrontalières,je viens d’écouter l’orchestre de Rotterdam, son chef Y.Nézet-Séguin et Truls Mork, dans Dvorak et Bruckner, à Freiburg, un délice!!!!!!
Claudette, votre « que joie » m’interpelle car je ne l’entendais pas réellement ainsi !!!! mais tout de même je n’ai jamais trouvé une œuvre de Bach, triste. Cela mérite réflexion!!!

10 Erica Roche, le 27 septembre 2011 à 12:07 :

Je suis restée perplexe après cette émission. Comment est-ce possible qu’un acteur de cette envergure, habitué à jouer les rôles les plus exigeants et à apprendre par cœur les textes les plus ardus, puisse être aussi dispersé dans ses pensées privées? Ca fait partie des mystères de la vie, et autant je n’étais pas fatiguée avant l’émission, je l’étais un peu après à force de courir mentalement après les circonvolutions de Charles Berling, dont j’ai trouvé le programme musical un peu convenu. Par contre, j’étais très touchée de lire vos réminiscences sur votre enfance, Olivier, et de voir qu’enfin vous acceptez de lever un petit bout du rideau qui dissimule votre vie personnelle.. Mes retrouvailles avec un ancien professeur ne se sont pas du tout déroulées de la même façon. Une quinzaine d’années après mes exploits au lycée, j’ai retrouvé une dame que j’admirais beaucoup à l’époque, professeur de français de son état. La scène s’est déroulée dans un endroit particulièrement romantique - la laverie automatique de ma ville natale. Ses doigts, qui écrivaient autrefois les verbes irréguliers au tableau d’une façon très stylée , tripotaient maintenant une cigarette et elle portait également un foulard, qui n’avait rien d’islamique, mais qui visait (sans succès) à cacher ses bigoudis! Voilà la façon dont on perd ses illusions.

11 Anne Duhem, le 27 septembre 2011 à 12:13 :

Merci, Olivier… J’ai bien aimé l’émission avec Charles Berling, son apparente froideur ne me dérange pas, et même je trouve que les émotions affleurent encore plus quand on les garde contenues. Merci de ce retour en terre d’enfance et d’émotions…

12 Maité, le 28 septembre 2011 à 22:34 :

Ca fait du bien de revoir son passé Olivier . . je viens d’écouter Charles Berling bravo !Et pour un athée j’ai trouvé qu’il était bien spirituel quand même !!


Donnez votre avis !






ombre