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Le doigt de Dieu selon Michel Legrand

Le 26 février 2009 à 11:39 par Olivier Bellamy

Olivier Bellamy et Michel Legrand

“A cet instant précis, le doigt de Dieu s’est posé sur le front de Mozart” s’exclame Michel Legrand en solfiant, tout à son ravissement, l’inoubliable développement du thème au premier mouvement du Concerto pour flûte et harpe de Mozart : “Mi… Fa sol si la sol fa MI… ré”. C’est vrai. L’oeuvre n’est pas du niveau des grands concertos de piano de Mozart. C’est encore le Mozart galant, mais ce bout de thème dont parle Michel Legrand est une merveille. Quelque chose qui ne s’explique pas, tellement c’est beau.


Entendre le compositeur des “Parapluies de Cherbourg” évoquer cette “madeleine” avait quelque chose de très émouvant. Son programme rendait hommage à ses compositeurs préférés : Prokofiev, Stravinsky… Manquait Ravel ! Dans Musiques de Stars, il était déjà venu avec “Daphnis et Chloë” et le Concerto en sol. Au cours de cette émission, nous avons appris que Michel Legrand avait plus de facilité à écrire de la musique gaie que de la musique triste. Eh oui ! il est plus difficile de faire rire que de faire pleurer. On a aussi jubilé avec l’anecdote de Stravinsky s’ennuyant à lire la prose de Boulez sur sa propre musique : “Tu sais, mon petit, quand on est un vrai créateur, on ne sait pas très bien ce qu’on fait.” Michel Legrand savourait sa revanche. Trente ans de dédain de l’intelligentsia française contre le “vrai créateur” de la comédie musicale française au cinéma lavé par une réplique du plus grand compositeur du XXe siècle.

Sa définition du jazz valait aussi son pesant d’or. “C’est un rythme envoûtant dont vous devenez le pantin comme lors d’une cérémonie vaudou.” Michel Legrand replace toujours les choses au point fondamental. 

Il a aussi un côté râleur. Tous les musiciens le sont car c’est agaçant de voir son désir de perfection buter devant le rail de la réalité. Il avait toujours quelque chose à reprocher. Les “r” roulés de Véronique Gens, le tempo trop rapide de Vladimir Horo-vite. Pendant l’écoute de la Symphonie classique de Prokofiev, il se plaignait d’un contre-chant au basson qui prenait trop de place par rapport à la mélodie. Quand je lui ai dit que c’était Toscanini qui dirigeait, il n’a plus rien dit. Il n’était pas très satisfait du morceau de jazz que j’avais choisi par lui. Il ne s’est pas plaint, mais j’ai senti une déception. A la fin, on avait prévu de sabler le champagne, pour fêter son anniversaire, avec un bon gâteau que j’étais allé acheter dans l’après-midi… Mais quand je lui ai suggéré de lever une coupe, il m’a répondu en bougonnant : “Ah, non, j’ai horreur du champagne !” Charlotte et Albina ont remballé en catastrophe les agapes, pour ne pas qu’il se sente obligé de rester. Le doigt de Dieu ne s’est pas posé sur nous à ce moment-là. Tant pis, mais merci à Michel Legrand (le bien nommé) pour tous les moments de bonheur que sa musique nous donne à l’infini.

Voici son programme :

Les parapluies de Cherbourg « Je ne pourrai jamais vivre sans toi »

Liza Minelli : I will wait for you

Madeleines

Mozart : Concerto pour flûte et harpe – 2e mvt

V’la l’bon vent, v’la joli vent

Tristesse de Chopin (étude op. 10 n° 3)

Programme

Demoiselles de Rochefort : Chanson de Maxence

Symphonie « Classique » de Prokofiev – 4e mvt – Toscanini

Chanson d’Andy (Demoiselles de Rochefort)

Stravinsky : Petrouchka (Stravinsky)

Legrand : Eté 42 (BOF)

Fauré : Après un rêve (Gens)

Les moulins de mon cœur

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Il y a 8 commentaires pour cet article :

1 Kiboule, le 26 février 2009 à 16:58 :

Toujours au top ..excellent

2 Gérard, le 27 février 2009 à 00:54 :

Ah, Michel ! Michel Legrand, quel plaisir de vous entendre ! Permettez-moi de vous dire Michel, comme on appelle un cher ami. Car depuis des décennies, vos compositions enchantent ma vie. J’aime tous vos styles, toutes vos époques, toutes vos oeuvres que je reconnais dès les premiers accords. Car cher Michel, et celà me semble être la marque des plus grands, vos oeuvres ont beau être très nombreuses et très diverses, l’auditeur identifie très rapidement votre “signature”. J’admire votre immense culture, votre solide pragmatisme, votre coté “touche-à-tout génial” ; car vous savez tout faire, et au plus haut niveau. Laissez-moi vous dire que j’ai beaucoup aimé votre explication du doigt de Dieu sur le front de Mozart (j’ai d’ailleurs la même impression lorsque j’écoute le concerto pour clarinette de Mozart et que la clarinette monte seule dans le ciel…) ça c’est la marque du génie.. et vous l’avez si bien exposé…
Cher Michel, merci pour tout le bonheur que vous répandez partout dans le monde avec vos musiques. Quand donc les Français reconnaîtront l’immensité de votre talent, alors que le monde entier, lui, vous admire !

3 nicole yver, le 28 février 2009 à 23:54 :

La musique écrite pâr Michel Legrand a été trop entendue et me parait dépassée.Telle est mon opinion..

4 Defives Colette, le 01 mars 2009 à 13:00 :

merci pour vos synthèses des émissions de “l’invité”- C’est l’heure où je l’écoute en voiture, mais je ne peux jamais entendre la fin! de plus je suis contente comment cela se passe “hors micro” et là je vous sens déçu et en manque de chaleur humaine de la part de Michel Legrand, dont j’apprécie par ailleurs tout son talent musical et la façon dont il parle de la musique
Merci

5 bertille vanelle, le 01 mars 2009 à 17:10 :

Merci à Olivier Bellamy d’avoir invité Michel Legrand. Ce fut un réel moment de bonheur, tant pour les propos tenus, sa façon de parler de la musique, de la vie, de ses compositeurs préférés, son besoin de se sentir aimé… et là, permettez-moi Monsieur Legrand de vous rassurer, oui, oui ON VOUS AIME, revenez encore, entre deux compositions, nous distiller un peu de ce bonheur si rare en ces temps difficiles, encore Merci

6 iung jean-sébastien, le 03 mars 2009 à 00:05 :

J’ai vraiment été touché par cette émission, ces quelques notes que Mozart a écrites avec “le doigt du Dieu posé sur son front”, m’ont toujours provoqué des frissons, des sentiments inexplicables. Vibrer sans savoir pourquoi, après tout, n’est-ce pas ça le véritable bonheur?

Merci Mozart, merci Michel, et merci Olivier…

7 olivier brachet, le 15 octobre 2009 à 18:42 :

merci!..vos emissions sont mon bonheur du jour..la re ecoute un délice car on peut choisir et eviter les cons!(sarkozy par ex)..conseillez moi une interpretation, un morceau de claude debussy que je connais peu.;sauf le disque piano voloncelle d’alexandre taraud…et qui est peu choisi par vos invités..! Ce qui est formidable c’est que l’on découvre un invité que l’on aime et qui déçois ou alors q’un qu’on aime pas a priori et qui devient sympathique a la fin..! et puis on apprend, les interprétations, les compositeurs, on apprend aussi a écouter..!
moi je souhaiterais plus de détails techniques sur les morceaux, plus de connaissances musicales,que fait l’interprete là..sont ce des pizzicatos?, des contres points?,est ce une gigue?.etc.
merci et encore bravo! et arretez cette pub sur le bois..trop c’est trop!

8 Françoise (40), le 15 octobre 2009 à 22:52 :

A Olivier Brachet
Eh oui, “on peut choisir et éviter les c…” (votre “exemple” n’engage que vous), mais … peut-on choisir de l’être ou de ne pas l’être ?
Par ailleurs, pour faire suite à votre dernier paragraphe, je considère, quant à moi, que toutes les informations relatives aux morceaux entendus me suffisent. Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de nous donner des “détails techniques”. La musique avant tout. Pour la “technicité”, nous pouvons en obtenir par ailleurs. Par exemple Internet, des revues spécialisées, etc.
Cordialement.
Françoise à Sanguinet


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