La crise que nous vivons est, au moins, une accélération de la rénovation démographique des entreprises. Déjà, nous savons que le vieillissement de la population aura deux conséquences importantes pour le tissu qu’elles constituent : beaucoup d’entreprises moyennes vont en effet devoir être transmises tandis que moins d’entreprises nouvelles pourraient être créées. Dans ces conditions, comment assurer le renouvellement d’un tissu garant d’un haut niveau d’emploi et de croissance ? Dans ces conditions, plus encore, comment répondre aux risques de cassure économique, territoriale et sociale que la crise porte avec elle ?
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Les projections les plus optimistes tablent sur une augmentation de 2 points du chômage cette année, dans un contexte où le taux d’emploi est déjà faible, notamment pour les seniors. Dans les pays de l’OCDE, le taux d’emploi des seniors (60-64 ans) est très variable (13% en Hongrie, 85% en Islande, 15% en France). Les atouts des seniors sont liés à des compétences spécifiques, à la connaissance du monde du travail, à leur conscience professionnelle et à un moindre coût de formation. En revanche, leur efficacité est limitée par une plus faible mobilité, une moindre adaptation au changement et aux nouvelles technologies et à des problèmes de santé (limitation de la capacité de travail). Un léger tassement de la productivité avec l’âge est constaté, imputé en partie à une diminution sensible de l’effort de formation. Quelle modification la crise actuelle va-t-elle entrainer sur le partage de cette denrée rare qu’est le travail ? Les atouts des seniors seront-ils valorisés ou dévalorisés ? Quelle répartition générationnelle des emplois doit-on favoriser en période de pénurie ?
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Les évolutions démographiques et la crise bousculent les systèmes de protection sociale. L’arrivée à l’âge de cessation d’activité de la génération du baby-boom et l’allongement de la vie déséquilibrent les ratios actifs/inactifs et rendent nécessaires des réformes des systèmes de retraites.
La crise boursière pénalise les régimes en capitalisation et, plus largement, ponctionne l’épargne placée en actions.
Les dépenses de santé augmentent et l’efficacité de leur gestion devient un souci majeur.
La dépendance va prendre de l’ampleur alors que le soutien des familles devient plus difficile à organiser.
Au-delà des problématiques propres à chaque risque, des questions transversales se posent :
- Qui va s’occuper des jeunes enfants, des personnes âgées dépendantes, des handicapés et des malades ? Le développement des services à la personne et des services collectifs résoudra-t-il tous les problèmes ?
-Quelles réformes sont à privilégier afin de limiter l’alourdissement des charges publiques, dans un contexte de dettes publiques élevées ?
- Comment arbitrer entre les garanties collectives, les solidarités professionnelles et la protection familiale ou personnelle ? Comment assurer la liberté de choix individuelle tout en évitant des inégalités excessives ?
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Le plan de relance actuel met avant tout l’accent sur des investissements d’infrastructure. Pourtant, pour sortir de la réalité à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui, l’ « innovation » doit devenir le maître mot pour : d’une part, mettre en place de nouveaux modes de production et de nouveaux systèmes d’allocation de ressources ; d’autre part modifier les comportements et la structure de la consommation. Quelles ruptures technologiques et quelles innovations majeures devons-nous encourager pour sortir de la crise actuelle ? La structure d’âge - vieillissante - de nos pays permettra-t-elle de telles innovations de produit ou de procédé ?
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À quels bouleversements du rapport entre les générations peut-on s’attendre dans les vingt à trente prochaines années ? A n’en pas douter, la crise actuelle aura une répercussion forte sur les transferts intergénérationnels.
- Sur les transferts ascendants : poids croissant des retraites sur les revenus des actifs, perspective d’une explosion des coûts de la dépendance… Ces mouvements semblaient avoir été anticipés avec la constitution d’une épargne forte des retraités pour faire face à une surface de consommation plus étalée dans le temps. La chute du cours des actifs modifiera-t-elle ce fragile équilibre entre les générations ?
- Quel sera l’impact de la crise financière sur les transferts descendants ? Met-elle en péril la volonté de transmettre un patrimoine financier de son vivant ?
- La réflexion portera largement sur les circuits mondiaux de l’épargne. Logiquement, les transferts intergénérationnels d’épargne devaient conduire au financement des pays jeunes - et pauvres - par les pays vieillissants - et riches. Dès lors, les flux se polariseraient vers des pays dynamiques, finançant leur rattrapage technologique tout en offrant un rendement plus élevé du capital aux zones vieillissantes. Avant la crise, ces prédictions ne se vérifiaient pas. Qu’en sera-t-il dans les quelques années à venir ? Les déséquilibres seront-ils corrigés ou amplifiés ? Plus généralement, est-il pensable que les flux financiers entre pays rendent compte de leurs structures démographiques ?
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