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Lettre à Jean-Marie Rouart

Le 11 avril 2019 à 23:33 par Olivier Bellamy

Cher Jean-Marie Rouart,
Avec Jean d’Ormesson, vous avez formé l’un des plus fameux couple Castor et Pollux de la littérature française. À tel point qu’il s’est inquiété, un jour, qu’on ne racontât que vous entreteniez des relations plus intimes. « On le dit déjà ! » avez-vous répliqué en riant. À la vue de ce Dictionnaire amoureux, combien vont s’exclamer : « Je le savais ! »
Oui, c’est bien d’amour qu’il s’agit. En faut-il pour écrire 440 pages en deux mois et demi. Des pages qui ont l’air d’être écrites « à la diable » pour célébrer l’homme d’Au plaisir de Dieu mais où chaque mot fait mouche.
Si la vraie amitié est rare entre écrivains, l’amour finit mal. Voyez Verlaine et Rimbaud. Jean d’Ormesson a réussi à être populaire, écrivez-vous, en plaçant Chateaubriand au centre de son univers, mais vous-même avez réussi à vivre sous le soleil de Jean d’Ormesson sans être brûlé par la jalousie ou éclipsé par sa gloire. Du reste, lors de vos succès, il aurait pu comme Louis XIV vous chasser de Vaux-le-Vicomte.
Votre relation a tenu bon. Peut-être parce qu’il est un classique et que vous êtes un romantique. Filiation naturelle, sans concurrence. Ou peut-être, et là je le vois sourire par-delà les nuages, que chacun d’entre vous deux avait la certitude qu’il était le meilleur malgré la renommée de l’autre. Et puis il fallait que vous restassiez amis. Montaigne et La Boétie n’avaient-ils pas tout à perdre à se fâcher ? Du haut de leur sagesse, et à la joie de leurs lecteurs, ils n’en ont rien fait. Ainsi Jean d’O et vous, c’est parce que c’était vous et parce que c’est encore et toujours nous.

Programme :
Concerto n° 1 de Rachmaninov 1er mvt
Symphonie « Héroïque » de Beethoven 1er mvt

madeleines
Aragon / Léo Ferré : Elsa
Gnossienne n° 1 de Satie (Feu follet de Louis Malle)

Portrait :
Symphonie concertante de Mozart / 2e mvt

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Lettre à Grégoire Delacourt

Le 11 avril 2019 à 00:16 par Olivier Bellamy

Cher Grégoire Delacourt,
Votre livre est bouleversant. C’est un livre court, puissant, vrai.
C’est un livre coup de poing, mais c’est aussi un livre d’écrivain.
C’est un livre d’écrivain, mais c’est aussi un livre humain qui met en cause des domaines où il n’y a presque plus rien d’humain. Nous sommes entre le divin, d’une part, et le Malin d’autre part. Et nous au milieu.
Tout est écrit avec une telle maîtrise qu’on ne peut penser qu’une seule chose : il faut que les crimes pédophiles cessent d’être couverts par l’Eglise. Là-dessus tout le monde est d’accord. Mais si l’on pense : il faut que les crimes pédophiles cessent, quel qu’en soit le prix à payer, là c’est plus compliqué. Et ce livre risque de donner raison aux chasses à l’homme, aux exécutions arbitraires, à la rumeur toute-puissante.
« Le monde sera guéri lorsque nos victimes seront nos rois », dites-vous. Mais s’il existe des pervers qui ont été couverts par la société et pas seulement par l’Eglise pendant des années, pourquoi n’y aurait-il pas des pervers qui se nourriraient de l’accusation d’innocents. Qui, au nom de la souffrance des victimes, piétineraient la présomption d’innocence.
Le temps de la morale moderne, le temps de la justice, le temps de l’Église et le temps de l’émotion ne sont pas les mêmes et ne peuvent pas être les mêmes. Notre monde est complexe et c’est dans les failles de cette complexité que la tragédie s’insinue. À vouloir éradiquer la tragédie, au lieu de chercher à la corriger, on crée des failles bien plus grandes.
Y a-t-il tragédie plus grande que la souffrance d’un enfant ? allez-vous me dire. Oui. La destruction de notre part d’enfance, qui repose sur la confiance, serait bien plus grave. Ce que je dis est impossible à entendre pour les victimes. Et si les victimes étaient nos rois, je devrais être jeté aux lions. Dois-je être jeté aux lions, cher Grégoire Delacourt ?

Programme :
Nisi Dominus « Cun dederit » Vivaldi par Jaroussky
Spen in Aluim Tallis / King’s College

As tears go by par Noah Gundersen & The Forest Rangers
Aria par le Balanescu Quartet

Mystère : Le Roi des Aulnes (Schubert) par D. Fischer-Dieskau

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Cher Dominique de Williencourt,
Ce n’est pas parce que vous organisez des croisières que vous nous menez en bateau. J’ai toujours été au contraire surpris par la générosité des programmes et le sérieux des répétitions pour éviter toute galère. Et j’ai souvent été touché par votre sens du groupe, votre manière discrète et élégante de mener votre barque sans éclabousser personne.
Mais ce qui m’épate le plus, c’est votre relation à la musique. C’est une relation profonde et claire, une relation passionnée et équilibrée, fidèle, mais ouverte à l’aventure. Vous êtes à la fois compositeur et interprète. Le peintre et le tableau. Les deux talents se nourrissent l’un l’autre sans s’opposer et sans qu’on puisse les dissocier.
Vous traversez la vie avec beaucoup de classe, sans vous regarder dans la glace. Jamais je ne vous ai entendu vous plaindre de votre sort. Jamais je n’ai surpris le moindre mot désobligeant vis-à-vis d’un collègue dans votre bouche. Question d’éducation et de nature.
La vie des musiciens est faite de hauts et de bas. Mais vos traversées du désert, vous les avez toujours vécues en musique, sous les étoiles de Gobi, de Patagonie ou du Sahara.
Avec amour du métier et pour que l’esprit vive.

Programme :
2 classiques :
- C. Debussy - Quatuor n°1 op.10 - Fine Arts Quartet - Lodia LO-CD 7702 - Plage n°2 “Assef vif et bien rythmé” - durée : 3′49″”
- R. Schumann - Concerto en la mineur pour violoncelle et orchestre op.129 - D. de Williencourt, cello - Camerata Orphica, direction Jean Ferrandis - EA 1510 - Plage n°1 de 0′00″ à 3′58″.
2 Madeleines :
- Lavra Beds, Ukraine - RCD 15002 - Plages n°6 et 7 : “Cloches après le service” et “Blessed is our God” - Durée : 1′30″
- Athmane Bali, Hood - Belda Diffusion - “Assarouf, le pardon” -

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Cher Eric-Emmanuel Schmitt,

J’ai bien lu le livre que vous avez écrit sur votre vie avec moi et j’en suis très touché, poil au nez. Mais vous avez oublié certaines choses que je dois révéler au public, au risque de ne pas être cru, poil au cul. A mon tour d’écrire Ma vie avec Eric-Emmanuel Schmitt. J’espère que vous la lirez parce que lire et chier, ça fait deux. Même si certains le font en même temps. A chacun ses plaisirs et ses distractions.
Vous souvenez-nous que, lorsque vous avez traduit mes Noces de Figaro, nous nous étions amusés à sentir nos pets. En chantant « Dove sono », vous avez émis si je me souviens bien un pet sifflant à l’odeur forte et musquée. A croire que vous aviez mangé du chou fermenté aux œufs pourris. Je vous avais répondu, souvenez-vous bien, par un chapelet de pets sonores, très aigus, imitant les notes piquées de la Reine de la Nuit. Prout, prout prout prout prout prout prout prout prout…
Ensuite nous avons chié tous les deux, cul contre cul. Ma crotte était en sol majeur et la vôtre en ré mineur et je me suis dit : comme elles vont bien ensemble, comme elles sont accordées.
Et nous avons alors chanté : « Dans ma culotte, j’ai senti que ça crotte / Oh ma cocotte donne-moi ta biscote / Et voilà que ça flotte et que ça gibelotte / Trotte trotte sur ma motte, ô toi ma jolie crotte. »
Bien le bonjour chez vous. Poil au piou-piou.
W. A. Mozart

Programme :
Deux titres
« Ruhe Sanft » extrait de Zaïde, si possible par Lucia Popp
Symphonie n°25, en sol min, K.183.

Deux madeleines
Concerto pour flûte et harpe, 2ème mouvement.
« Dove sono », Le Nozze di Figaro (Te Kanawa)

Portrait : Ein Mädchen… (La Flûte enchantée)

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Lettre à Thomas Jolly

Le 06 avril 2019 à 01:04 par Olivier Bellamy

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Cher Thomas Jolly,
J’ai trouvé une citation de Sénèque qui, je pense, vous définit bien : « Ce n’est pas parce que les choses nous paraissent difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles nous paraissent difficiles. »
Alors vous osez, vous n’avez pas froid aux yeux et vous apportez un vent frais dans le monde du théâtre. Mais oser c’est bien beau, mais pas n’importe où, pas n’importe comment, pas avec n’importe qui. Car vous connaissez la citation de Michel Audiard, moins chic que Sénèque, mais plus populaire : « Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. »
Alors vous êtes sur un fil et vous avez le goût du risque.
Quitte à faire de l’alpinisme, autant choisir l’Everest. Henry VI. Shakespeare. 18 h de spectacle. La cour d’honneur du palais des papes. Une date. On pourrait huer ou se moquer. On crie : au génie !
Vous mettez en scène et vous jouez. Vous êtes même aussi virtuose dans les deux domaines, ce qui est rare.
On connaissait le dicton : ce qui est petit est joli. Il faudra désormais dire : ce qui est démesuré est à la portée de Thomas Jolly.

Programme :
- Raphaële Lannadère - Tant pis
- Schubert D 959 Zimermann

- Hyphen Hyphen - Like boys
- Offenbach - La ballade à la lune par Marianne Crebassa

Portrait
Symphonie n° 40 / Menuet / Harnoncourt

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Hommage à Leonid Gavrilov

Le 05 avril 2019 à 11:09 par Olivier Bellamy

Aujourd’hui, mon professeur de piano est mort. Il n’a pas été le seul dans ma vie, mais c’est à lui que revient ce titre à la fois modeste et essentiel, comme on dirait « papa est mort » ou « mon grand amour n’est plus », car ce qu’il m’a dit m’a marqué et continue de m’habiter même s’il ne me donnait plus de leçons depuis plusieurs années.
Il s’appelait Leonid Gavrilov. Son nom ne vous dira rien si vous ne le connaissiez pas, mais c’est un des plus grands musiciens que j’aie croisé dans ma vie. Mes chats l’adoraient et ils ne donnent pas leur affection à n’importe qui. Tous ceux qui ont travaillé avec lui doivent se sentir orphelins, car il avait la passion de son métier.
Il était l’élève de Nielsen à Saint-Pétersbourg, l’équivalent d’un Neuhaus à ses yeux. Il avait juste assez d’argent pour vivre. Autant dire qu’il était riche puisqu’il ne possédait rien et n’était possédé par personne. Il me semblait parfois qu’il gâchait son talent à donner des cours à des débutants dans un petit conservatoire de la région parisienne ou à de simples amateurs comme moi, mais il devait savoir que les vrais artistes ont rarement la place qu’ils méritent et semblait l’accepter sans aigreur. Il vivait seul dans la dépendance d’un château, une bicoque en bordure d’un très beau parc. C’était pour lui le plus important : d’être au milieu de la nature.
Chaque fois qu’il venait chez moi pour me donner une demi-heure de cours, j’avais rendez-vous avec la musique. Il était chaleureux et profond comme un vrai Russe. Avec un charme fou, une oreille diabolique. Il aimait la musique comme on aime sa mère. Ne voulant que le meilleur pour elle et se montrant sans indulgence et sans patience avec ceux qui ne la respectaient pas. Pour être heureux, l’essentiel pour lui était de servir la musique. Le reste était très secondaire, insignifiant. À part l’amour, l’amitié, le bon vin et les livres.
Quelquefois nous écoutions de la musique ensemble. Peu de pianistes, parmi les plus fameux, trouvaient grâce à ses yeux. La plupart ne lui apprenaient rien, il sentait trop les trucs. Il ne disait rien de mal, il se contentait de faire la moue. Un seul suscitait son respect absolu : Dinu Lipatti. Et parmi ceux que je lui ai fait écouter Annie Fischer éveilla en lui un enthousiasme foudroyant.
Leonid Gavrilov était aussi poète. Les dernières années, sentant peut-être sa fin prochaine, à moins que ce ne soit cette passion dévorante qui ait hâté le fil de son existence, il les a passées à écrire plusieurs livres de poésie à la main. En russe. Il était persuadé de la valeur de ses poèmes. Nous allons peut-être découvrir un nouveau Pouchkine dans les années à venir si quelqu’un s’occupe de les faire publier. Il avait peur que tout disparaisse dans un incendie.
Ces derniers mois, n’ayant plus de ses nouvelles, je lui ai laissé plusieurs messages. Il m’a rappelé et m’a dit qu’il avait un cancer. Mais il s’est montré rassurant. Il m’a aussi dit que j’avais été une rencontre importante pour lui. Ému et surpris, j’ai bredouillé que moi aussi. Je n’ai pas compris que c’était sa manière de me dire adieu.

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Lettre à Lydie Salvayre

Le 04 avril 2019 à 23:47 par Olivier Bellamy

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Chère Lydie Salvayre,
J’ai lu peu de choses de vous, mais « Pas pleurer » est un livre qui vit encore en moi et qui m’a fait encore plus aimer Bernanos.
Je peux dire que j’ai passé une nuit avec vous et avec Giacometti. Mais nous n’étions pas seulement trois. Il y avait aussi Rabelais, Picasso, Glenn Gould, Rilke, Flaubert, et votre père, et la famille de Giacometti, quelques putes aussi, enfin tout cela fait beaucoup de monde, mais comme on dit : quand on aime, on ne compte pas.
Il y a les livres où l’on a du mal à rentrer, ceux où l’on rentre trop facilement, ceux dont on ne peut plus sortir, ceux dont il nous tarde de sortir.
Vous c’est encore autre chose. On y entre naturellement. Très vite, on devient familier de votre manière de passer du coq à l’âne et de votre caractère de cochon. On est comme un chat qui s’y promène. On y entre comme dans un moulin. Peut-être celui que Don Quichotte a oublié de combattre.
Ah, autre chose, ce qui semble des chichis de style chez d’autres écrivains sont chez vous tout à fait naturels. En fait votre livre est vivant, il a sa vie propre. On accepte tout de lui, comme de quelqu’un qu’on aime. Il marche comme L’homme qui marche, il fait son chemin en nous, il respire, il nous fiche la paix quand on veut être tranquille et il donne tout quand on est prêt à recevoir. Alors, si vous êtes d’accord, marchons ensemble ce soir.

Programme :
un morceau interprété par Calvo Florentino parce que j’ai un grand projet avec lui :
Sonatine en Mi bémol majeur pour mandoline et piano forte de Beethoven avec Aline Zylberajch
-l’inévitable et peu original concerto pour piano n° 23
Mes madeleines : Revivre de Gérard Manset
N’importe quel morceau de Serge Teyssot Gay avec qui j’ai travaillé, et s’il faut en choisir un Les Gens d’Ici (texte de Georges Yvernaud) Album On croit qu’on en est sorti.

Portrait : https://www.youtube.com/watch?v=UBiNxejpjws

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Lettre à Guillaume Durand

Le 03 avril 2019 à 23:39 par Olivier Bellamy

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Cher Guillaume Durand,
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les bons journalistes sont souvent des types à propos desquels leurs parents se sont demandé : « Mais qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire de lui ? » Trop doué pour s’astreindre à un cursus long, s’intéressant à trop de choses pour en creuser une seule, n’aimant ni l’autorité ni la discipline, et ne travaillant que sous adrénaline à fortes doses. Comme tous les paresseux contrariés, vous vous imposez une énorme charge de travail pour entrer en résistance contre vous-même.
À toutes ces caractéristiques, vous ajoutez quelques sémillants paradoxes. Notamment le fait d’être passionné d’art contemporain tout en travaillant dans les médias, deux domaines aux tropismes très éloignés. Mais aussi d’avoir une culture rock’n roll tout en vous sentant très bien sur Radio Classique.
Peut-être parce que ce qui vous plaît c’est d’être un rebelle dans une armée en marche, et si possible d’être le seul. Une radio rock ou une télé branchée vous ennuierait profondément. Vous y seriez malheureux. Vous aimez incarner le chaos au milieu de l’ordre. Être le poil à gratter dans un massif de roses, le klaxon rutilant dans une symphonie classique, le graffiti sauvage sur une jolie façade XVIIIe. Ainsi vous pouvez étancher votre soif d’ordre et de désordre dans des proportions qui vous regardent et dont vous aimez rediscuter les conditions chaque matin.

Programme :
Martha Arguerich (La Valse)
Cécilia Bartoli Norma ( vu au théâtre des Champs Elysées )
Pavarotti : Caruso ( vu à l École Militaire )

Stones wild horses because Mick malade ( titre Gillespie Dizzy )
les double Six groupe de Mimi Perrin.

R. Strauss : début de Ainsi parlait Zarathoustra

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Lettre à Régis Pasquier

Le 03 avril 2019 à 00:33 par Olivier Bellamy

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Mon petit Régis,
La première fois que je t’ai vu, tu étais haut comme trois pommes et tu jouais déjà comme un maître. Tu étais venu me voir à La Ciotat, et il y avait dans ton jeu une franchise et une chaleur, je me suis dit peuchère, comment il a pu mettre tout ce soleil dans son bignou le petit Parisien. Ça m’avait frappé que tu joues le Concerto de Beethoven et pas des petites choses de virtuosité, non on sentait le musicien, le vrai amoureux de la musique.
Alors tu comprends, lorsqu’on m’a demandé d’enregistrer le Double Concerto de Bach, j’ai tout de suite pensé à toi. Mais tu sais, ce n’est pas facile de bien respirer ensemble. Tout le monde n’y arrive pas. Eh bien je vais te dire, je l’ai réécouté ce disque, sur mon nuage là, eh bien je n’ai pas reconnu qui joue entre toi et moi. On a joué comme deux frères, bon un père et un fils si tu veux, mais tu sais dans la musique, l’âge ça ne compte pas, il n’y a que l’amour. Et c’est ce que j’entends dans ton jeu. Alors je te dis à bientôt, mon petit, le plus tard possible naturellement, mais je suis avec toi, je ne te quitte pas. Allez, oh, je t’embrasse.
Zino Francescatti

Programme :
Isaac Stern : Concerto de Brahms
Nathan Milstein : Souvenir d’un lieu cher

Bernstein : West Side Story “Somewhere”
Ella Fitzgerald : Summertime

Portrait : Sonate de Franck 2e mvt par Régis Pasquier et Catherine Collard
https://www.youtube.com/watch?v=grbjtWKjEoA

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Lettre à Alexis Jenni

Le 01 avril 2019 à 23:16 par Olivier Bellamy

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Cher Alexis Jenni,
La guerre est au centre de votre œuvre. Surtout celle qui consiste à coloniser, c’est-à-dire non à se défendre contre l’envahisseur, mais à détruire pour posséder ou pour s’enrichir. Que ce soit la guerre d’Algérie ou la conquête du Mexique, c’est finalement toujours la même histoire. De beaux discours et des chants vigoureux pour habiller la haine et le néant. On pourrait y ajouter la guerre économique qui détruit au nom de la modernité, du libéralisme et du progrès.
Derrière cette étude, il y a un professeur de biologie qui sait très bien que la nature n’est pas tendre, mais qu’il n’y a rien de commun avec cette entreprise diabolique de démolition qui asservit les hommes et les âmes.
Il y a aussi un être de foi qui s’efforce d’extraire la spiritualité du dogme, de distinguer l’élévation du pouvoir et de l’asservissement.
Il y a enfin l’homme de culture et d’amour qui n’en finit pas de cultiver son jardin au milieu des décombres et parmi les gravats. De vivre et d’apprendre à vivre. Car il suffit de presque rien, parfois, pour que les féroces infirmes cèdent la place aux roses et à la myrrhe.

Programme :
Ses madeleines

“O psaras”, de Stelios Kazantzidis

Et

“The End”, Doors

Ses classiques

“Buss und reu” dans “Passion St Matthieu” Bach (version Anne Sofie von Otter)

Et

“Sacre du printemps : Part I, morceau 2 : Les augures printaniers”, Stravinsky (version Pierre Boulez orchestre de Cleveland)

Portrait : Traviata « Di Provenza »

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ombre