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Lettre à Amin Maalouf

Le 13 avril 2019 à 08:55 par Olivier Bellamy

Cher Amin Maalouf,
Erik Satie a dit : « Je suis né très jeune dans un monde très vieux. » Il voulait dire par là qu’il était difficile de faire entendre une voix d’enfant sous le poids des ancêtres et de s’affranchir des règles sous le joug des vieillards. Malgré tout, en restant pauvre et en ayant une vie d’ermite, Erik Satie a pu par miracle exercer son art solitaire et faire briller sa flamme singulière.
Tout a changé aujourd’hui. Plus rien n’est comme avant. Les statues sont tombées et les dieux sont morts. L’égoïsme, la technologie et la finance ont mis Homère et Jean-Sébastien Bach aux abonnés absents.
Vous n’êtes pas né jeune dans un monde vieux, comme Erik Satie, vous êtes né « en bonne santé dans les bras d’une civilisation mourante. » C’est la première phrase de votre livre ; l’incipit comme disent les savants qu’on n’écoute plus et qui se disputent entre eux sur la prononciation de ce mot par-dessus le fracas du monde.
Votre livre, cher Amin Maalouf est une source pure d’intelligence et de bonté. Qu’aucun des grands de ce monde n’ait eu l’idée de vous choisir comme conseiller ne laisse de m’étonner et de m’attrister.
Mais j’entrevois une lumière dans votre phrase de requiem. Un mot qui sauve la civilisation d’une mort annoncée. Une image biblique. C’est « les bras ». Tant qu’il y aura les bras d’une mère pour bercer les enfants et leur apprendre à se donner la main, j’ose espérer que tout n’est pas perdu.

Programme :
concerto de Grief en LA mineur par Dinu Lupati 
- warsaw concerto de Richard Addinsell 

Et les madeleines:
- ouverture 1812 de Tchaikovsky 
- Moonlight sonata de Beethoven.

Portrait : Satie Gnossienne

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