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Lettre à Grégoire Delacourt

Le 11 avril 2019 à 00:16 par Olivier Bellamy

Cher Grégoire Delacourt,
Votre livre est bouleversant. C’est un livre court, puissant, vrai.
C’est un livre coup de poing, mais c’est aussi un livre d’écrivain.
C’est un livre d’écrivain, mais c’est aussi un livre humain qui met en cause des domaines où il n’y a presque plus rien d’humain. Nous sommes entre le divin, d’une part, et le Malin d’autre part. Et nous au milieu.
Tout est écrit avec une telle maîtrise qu’on ne peut penser qu’une seule chose : il faut que les crimes pédophiles cessent d’être couverts par l’Eglise. Là-dessus tout le monde est d’accord. Mais si l’on pense : il faut que les crimes pédophiles cessent, quel qu’en soit le prix à payer, là c’est plus compliqué. Et ce livre risque de donner raison aux chasses à l’homme, aux exécutions arbitraires, à la rumeur toute-puissante.
« Le monde sera guéri lorsque nos victimes seront nos rois », dites-vous. Mais s’il existe des pervers qui ont été couverts par la société et pas seulement par l’Eglise pendant des années, pourquoi n’y aurait-il pas des pervers qui se nourriraient de l’accusation d’innocents. Qui, au nom de la souffrance des victimes, piétineraient la présomption d’innocence.
Le temps de la morale moderne, le temps de la justice, le temps de l’Église et le temps de l’émotion ne sont pas les mêmes et ne peuvent pas être les mêmes. Notre monde est complexe et c’est dans les failles de cette complexité que la tragédie s’insinue. À vouloir éradiquer la tragédie, au lieu de chercher à la corriger, on crée des failles bien plus grandes.
Y a-t-il tragédie plus grande que la souffrance d’un enfant ? allez-vous me dire. Oui. La destruction de notre part d’enfance, qui repose sur la confiance, serait bien plus grave. Ce que je dis est impossible à entendre pour les victimes. Et si les victimes étaient nos rois, je devrais être jeté aux lions. Dois-je être jeté aux lions, cher Grégoire Delacourt ?

Programme :
Nisi Dominus « Cun dederit » Vivaldi par Jaroussky
Spen in Aluim Tallis / King’s College

As tears go by par Noah Gundersen & The Forest Rangers
Aria par le Balanescu Quartet

Mystère : Le Roi des Aulnes (Schubert) par D. Fischer-Dieskau

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