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Lettre à Jean Rouaud

Le 31 janvier 2019 à 19:53 par Olivier Bellamy

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Cher Jean Rouaud,
En ce temps-là, on construisait des ronds-points, on ne les occupait pas encore. On ne faisait plus de barouf dans les kiosques à musique depuis belle lurette, seulement une fois par an quand Jack Lang inventa la fête de la Zizique. On se retrouvait pour parler, bader, râler ou pavaner dans votre kiosque à journaux de la rue de Flandre. La faune bigarrée du quartier se retrouvait dans la loge dont vous étiez le concierge bienveillant et attentif et où nulle pancarte ne nous prévenait que les renseignements étaient réservés aux consommateurs comme les cabinets à la turque dans les cafés.
La presse était encore payante, mais pas trop chère, le journal valait le prix d’une baguette de pain, les journaux gratuits et les réseaux sociaux n’avaient pas tout envahi. Les bouquinistes du quai de Seine ne cherchaient pas encore à appartenir au patrimoine mondial de l’Unesco et l’on pouvait feuilleter leurs livres qui n’étaient pas recouverts d’un plastique décourageant le butinage. C’était une autre époque.
C’est dire si votre agora du 19e arrondissement était ce qu’on appellerait aujourd’hui un espace de rencontre ou un lieu de vie convivial avant de finir muséifié comme les foires à bestiaux d’antan remplacées par les Starbuck où l’on ne se parle plus que par Facebook interposé.
En ce temps-là, vous n’aviez pas encore le Prix Goncourt et vos manuscrits étaient obstinément refusés par les éditeurs. Mais le Goncourt quoi qu’on en dise n’est pas le Concours Lépine, ce n’est pas le Loto non plus sinon c’est une carte postale des Maldives que vous nous auriez écrite devant un cocktail Tropica Sunrise en tirant à la ligne et non pas ce beau livre plein de tendresse et de nostalgie où le temps passe à hauteur d’homme.

Programme :
Les deux classiques:
- das Lied des Trennung K519 par Barbara Bonney
- La canzone di Cecilia par Francesca Aspromonte

Les deux madeleines:
- danse hongroise numéro 1 de Brahms
- Petite musique de nuit, Mozart

Portrait : Amour et printemps (orchestre)

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