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Lettre à Alain Juppé

Le 31 octobre 2018 à 13:39 par Olivier Bellamy

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Cher Alain Juppé,
Je vous emprunte l’une des entrées de votre Dictionnaire amoureux. Bordeaux serait « une ville de perspectives et de labyrinthes ». Et son génie aurait été, de siècle en siècle, de préserver les deux. C’est dire s’il faut à la foi être sage et audacieux pour la diriger. Peut-être aussi faut-il connaître la campagne pour comprendre une ville, car tout citadin est un paysan qui s’ignore et le temps pressé de la ville a besoin du temps de la campagne qui ne confond jamais vitesse et précipitations, mais qui stoïquement endure pluies et précipitations.
Tout être humain est aussi fait de perspectives et de labyrinthes. Les perspectives, ce sont les ambitions, les rêves, les grands desseins. Dans votre cas, ils ont la grandeur classique de la place des Quinconces, mais aussi l’utilité des ponts de Bordeaux qui tendent la main à l’autre rive. La perspective, c’est encore le rêve. Bordeaux est un port qui sent le rhum et la vanille comme son fameux cannelé (avec deux n).
Les labyrinthes, c’est la sensibilité, vive et cachée, « à l’ancienne » chez vous, et puis les ambitions déçues, les trahisons, les blessures qui fissurent le cœur de l’homme comme les ruelles du quartier saint-Michel rident le cœur de la ville.
Alors vient la consolation de la forêt des Landes qui permet de relever la tête à la hauteur des grands pins, du cours tranquille de la Garonne qui remet ces labyrinthes en perspective, et puis les livres, le vin, les amis et enfin l’amour réciproque d’un homme et d’une ville qui, comme l’écrit joliment votre femme Isabelle, qui sait de quoi elle parle, « pourrait durer longtemps ».
Programme :
morceaux classiques :
- Bach Passion selon Saint Matthieu (chœur final)
- Carmen, Act II, Scene V: “Non ! Tu ne m’aimes pas !” Béatrice Uria-Monzon, Christian Papis, Orchestre National de Bordeaux-Aquitaine, Choeur du Grand-Théâtre de Bordeaux, Alain Lombard.

Deux « madeleines » :
- Charles Aznavour for me formidable
- The Inspector Cluzo “Little girl and the whistlking train”

Portrait : Sicilienne de Fauré, piano et violoncelle

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Lettre à Muriel Robin

Le 30 octobre 2018 à 11:51 par Olivier Bellamy

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Chère Muriel Robin,
Je m’attendais à rire en vous lisant, car vous êtes l’une des personnes qui m’avez fait le plus rire dans ma vie, et là vous m’avez fait pleurer.
Vous me faites pensez à cette phrase de l’écrivain Henri Calet : « Ne me secouez pas, je suis plein de larmes. » On se gardera bien de vous secouer après la lecture de ce livre marqué « Fragile » et pourtant, on a vraiment envie de vous embrasser. De vous embrasser sans vous toucher, vous qui êtes si touchante, et de vous embrasser en mesure, vous qui la dépassez avec tant de talent. Tout est extrême en vous, rien n’est simple.
Vous souffrez chère Muriel Robin d’avoir raté le rendez-vous avec la musique, mais vous êtes rythme des pieds à la tête, vos répliques sont aussi entêtantes que des mélodies et votre vie est une folle recherche d’harmonie. Vous êtes mieux qu’une musicienne, vous êtes musique.
S’il existe de grandes amours comme il existe un grand art classique, il y a aussi, un humour avec un grand H.
Le grand humour, comme le grand art, n’est absolument pas intellectuel. Il vient du cœur, comme disait Beethoven pour aller au cœur. Mais totalement, et même comme dirait Annie Girardot, éperdument, douloureusement. Et dans vos spectacles qui sont des tragédies déguisées, c’est le cœur qui transforme le chagrin en or. On rit pour ne pas pleurer, on rit pour ne pas tomber, on rit pour respirer. Et au fond de nous avant de crier bravo Robin ! on vous murmure tendrement merci Muriel.
Programme :
2 classiques  :
- concerto n° 2 de Rachmaninov et
- Concerto de Grieg second mouvement Adagio

2 madeleines :
- Stevie Wonder love’s in need of love today e
- générique du film Les choses de la vie

Portrait
Chaplin : Je cherche après Titine

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Lettre à Alexandre Najjar

Le 27 octobre 2018 à 10:13 par Olivier Bellamy

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Cher Alexandre Najjar,
Vous aviez huit ans quand la guerre du Liban a éclaté. Vous êtes devenu écrivain à neuf ans. Comme contrepoids aux bombes et à l’acier, vous avez choisi la plume et le papier.
Vous avez étudié chez les jésuites, puis vous avez poursuivi vos études à Paris, la grande sœur du pays des cèdres millénaires.
Engagé pour l’indépendance de votre pays, vous êtes également de tous les combats de la francophonie. Votre action culturelle est reconnue dans toute l’Europe. Elle permet de soutenir de jeunes écrivains et poètes, mais aussi de repousser l’obscurantisme. On vous doit aussi la résurrection de L’Orient littéraire, ce supplément du quotidien L’Orient Le Jour. Vous êtes une sorte d’homme des Lumières.
Vous avez chanté votre passion pour votre pays et pour l’humain dans une trentaine de romans traduits dans plusieurs langues et dans un Dictionnaire amoureux du Liban.
Dans votre dernier livre, vous vous penchez sur un des mystères de l’histoire. L’incarcération en 1942 de l’immense acteur Harry Baur, accusé d’être juif et torturé par la Gestapo, et sa rencontre avec l’abbé Franz Stock, un curé allemand qui est en voie d’être canonisé.
Cher Alexandre Najjar, l’avocat que vous êtes et l’écrivain ont-ils le devoir sacré d’éclairer les trous noirs de l’histoire et si possible de les réparer ?
Programme :
Schubert impromptu n 3 op 90
-Mozart sonate 10 en do majeur K 330 3e mouvement

Madeleines
« Prière » de Brassens paroles de Francis Jammes
Fairouz « Zaali tawal » https://m.youtube.com/watch?v=qJOwlG-MDWI

Portrait
Haydn : finale du Trio n° 39 « Alla zingarese »

Mystère :

https://m.youtube.com/watch?v=_L1WLaiQeLQ
(Ecriture) chanté par la soprano Clémentine Decouture sur une symphonie de Nicolas Chevereau interprétée par l’orchestre symphonique libanais dirigé par Harout Fazlian.

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Lettre à Jean-Pierre Darroussin

Le 27 octobre 2018 à 10:11 par Olivier Bellamy

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Cher Jean-Pierre Darroussin,
Ça me fait tout drôle de vous écrire. Ne vous froissez pas, mais vous n’êtes le genre de vedette à qui on écrit pour demander une photo dédicacée. Cher Alain Delon, oui, chère Brigitte Bardot, oui, mais cher Jean-Pierre Darroussin, on s’attend plutôt à lire ensuite : « Votre compte présente un découvert préoccupant » ou « Votre vélo gêne dans l’entrée, merci d’y remédier. »
C’est dire si, cher Jean-Pierre Darroussin (décidément, je ne m’y fais pas) vous avez fini par coller à vos personnages lunaires et décalés, pas vernis par la vie, gentil et dépressif, etc.
En revanche, on imagine bien votre appartement plein de petits mots. « He Jean-Pierre, ramène ta fraise, on fait un barbecue ce soir », ou « Chéri, n’oublie pas d’aller chercher les gosses avant d’aller à l’apéro. »
A priori on devrait être surpris par votre rôle d’entraîneur sportif peu scrupuleux d’une équipe d’handicapés dans « Chacun pour tous ».
Mais finalement c’est encore un perdant. La différence, c’est qu’au lieu d’attendre que le malheur vienne à lui, il va au-devant de la catastrophe. Quoi que vous fassiez, c’est la dèche et le boxon.
Mais comme toujours chez vous et vos personnages, le sentiment a le dernier mot. Et le moins qu’on puisse dire c’est que vous n’êtes ni un handicapé du cœur ni un type qui fuit de la cafetière.
Alors chacun pour tous, Jean-Pierre Darroussin, et tous pour vous.
Programme :
L’ouverture de Tristan et Yseult de Wagner
Stabat mater de Pergolèse

Madeleines :
Dominique A
Le courage des oiseaux
Jimmy Hendrix
Purple hase

Musique Portrait :
Fée Dragée / Tchaïkovski

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Cher Jean-Claude Zylberstein,
C’est peut-être parce que vous avez failli perdre la vie, aux heures sombres de l’histoire, que vous vous êtes bien rattrapé en vivant plusieurs vies en tant qu’avocat, défenseur du droit d’auteur, éditeur, dénicheur de talents, créateur de collections comme Domaine étranger chez 10/18, collaborateur de Jean Paulhan, puis des éditeurs Bernard de Fallois ou Christian Bourgois.
C’est dans votre grenier d’enfant juif caché que vous avez contracté le goût de la lecture. C’est probablement là qu’est né aussi votre passion d’exhumer les textes et les auteurs injustement enterrés. Ils sont nombreux à vous devoir une seconde vie. Citons Primo Levi, Nabokov, Dashiel Hammett, Somerset Maugham.
C’est peut-être de ces moments de clandestinité qu’est né inconsciemment le goût pour la musique de la liberté. Vous êtes devenu amateur de jazz, et critique à Jazz Magazine ou au Nouvel Observateur.
Parmi toutes ces vies, tous ces personnages que vous avez croisés, de Mauriac à Salman Rushdie en passant par Ionesco, Pierre Boulez ou John Coltrane, il subsiste une étoile, un mystère pour reprendre le mot de Jim Harrison que vous citez.
C’est votre femme Marie-Christine, la bonne fée de votre existence à la mémoire de qui votre livre est dédiée, et qui vous regarde certainement là où elle est, dans ce paradis auquel vous ne croyez peut-être pas mais qu’elle a su créer autour de vous.
Programme :
2 morceaux classiques:
Bach Partita n 2 Argerich Capriccio
Mahler symphonie Titan

2 madeleines
Cannonball Adderley avec Miles Davis Autumn leaves
Bill Evans Night and day
Portrait
https://www.youtube.com/watch?v=4H0VObXXA7U

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Lettre à Olivia de Lamberterie

Le 27 octobre 2018 à 10:06 par Olivier Bellamy

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Chère Olivia de Lamberterie,
Faire son deuil. Quelle drôle d’expression inventée par un psychologue de cellule psychologique et reprise comme un axiome qu’on n’aurait nul besoin de démontrer.
D’abord le verbe faire. Faire son deuil comme on fait la Grèce au lieu de la visiter. Comme on fait ses devoirs, pour être débarrassé. Comme on fait ses prières, avant d’aller se coucher.
Et puis le deuil qui sonne comme une sorte de service militaire. Comme une peine de prison. Combien de mois pour un frère, combien d’années pour une mère. Et pour un enfant, prend-on « perpète » ? Peut-on bénéficier d’un sursis de chagrin, d’une remise de peine.
Tournant le dos à ce dogme pavé de bonnes intentions, vous avez construit à votre manière un tombeau pour votre frère. Un tombeau de mots, de rires et de larmes, au lieu des croix de bois et croix de fer pour échapper à l’enfer. On vous proposait de l’enterrer pour mieux l’oublier, vous avez préféré le rendre éternel, ainsi votre frère continue de vivre en vous, et c’est devenu le nôtre.
Et grâce à la littérature, il est aussi devenu l’ami d’Anna Karénine, du Petit Prince, l’enfant de Roméo et Juliette. Car dans ce tombeau il y a une famille, celle des livres et celle qui nous délivre.
Programme :
Classiques :
Les scènes d’enfants de Schumann
L’hiver de Vivaldi interprété par le chœur Accentus de Laurence Equilbey

Madeleines :
La chanson de Sarah de Serge Reggiani
Life on Mars de David Bowie.

Portrait
Impromptu D 935 n° 3 de Schubert

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Lettre à Gérard Jugnot

Le 27 octobre 2018 à 10:04 par Olivier Bellamy

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Cher Gérard Jugnot,
Comme dans l’œuvre de Beethoven, on distingue trois périodes dans votre carrière. (ça commence bien, enfin il faut se méfier des compliments trop appuyés)
1ère période. Vous êtes le teigneux du cinéma français. On vous voit traîner dans les poubelles de l’histoire et draguer les canaux pestilentiels de la nature humaine. Personnages hargneux, atrabilaires, collabos. Vous jouissez de vous rouler dans la fange et le public adore.
2e période. Une conscience sociale poind. Vous avez peut-être peur qu’on confonde l’artiste et l’homme. La comédie est toujours là, mais elle dénonce des faits de société. Le flic, le SDF, le scout, les sectes. On vous regarde d’un autre œil. Vous êtes respecté, nominé (comme on dit) mais pas encore primé.
Alors vient la 3e période. Après la phase gaudriole et la phase banderole, voici le sacre Batignolles. Oublié le franchouillard cauteleux, voici que Gérard pleure en même temps que Jugnot rit.
Mais le rire s’efface parfois devant le cours de philosophie qui nous dit : « C’est beau la vie quand on y pense ». En attendant d’autres questions existentielles comme « C’est chouette l’amour quand on s’aime » ou « Un bon copain, c’est bien ».
Mais vous avez réussi cher Gérard Jugnot à durer et à vous renouveler. Mais quand certains regrettent votre période bête et méchante, vous leur dites que vous avez changé ou que le monde n’est plus le même ?
Programme
Concerto pour la main gauche - RAVEL
- La belle Hélène OFFENBACH (Trio patriotique / à partir de « C’est une immense bacchanale »)

- Et si en plus il n’y a personne - SOUCHON
- Elsa - Léo Ferré chante Aragon

Portrait :
https://www.youtube.com/watch?v=mLHVuY7wqOg

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Lettre à Emilie de Turkheim

Le 27 octobre 2018 à 10:01 par Olivier Bellamy

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Chère Emilie de Turkheim,
Bien que vous portiez une particule, personne n’a envie de chanter « Ah ça ira ça ira » devant vous et encore moins de vous conduire à la Lanterne.
Quand certains refaisaient le monde dans les salons, vous donniez des cours de français et d’anglais dans les prisons ou vous intéressiez à la prévention contre le sida.
Vous n’avez pas froid aux yeux. Quand d’aucuns font la moue dans les galeries d’art, vous posez pour des peintres, dans des chambres de bonne. Expérience que vous avez racontée dans un livre.
Vous êtes une aventurière. Avec du talent et du culot. Comme votre héroïne dans Héloïse est chauve, vous aimez qui vous plait, vous êtes faite comme ça, et vous n’en faites qu’à votre guise.
Et quitte à être aristocrate autant perdre la tête par amour que sous la Terreur.
Dans votre dernier récit, vous adoptez un jeune Afghan dans votre appartement parisien. Vous êtes insupportable Emilie de Turkheim.
La Déclaration des Droits de l’Homme, on la cite à tout bout de champ. Vous vous l’expérimentez avec curiosité. Sous votre plume, les comptes d’apothicaire deviennent des contes de Noël.
Et quand les défenseurs de la Liberté se battent avec les avocats de l’Egalité, vous nous rappelez le sens du mot Fraternité.
Donc oui ça ira ça ira… bien mieux comme ça.
Programme :
Les barricades mystérieuses / Couperin (par Marcelle MEYER)
- Buxtehude : Membra Jesu Nostru : « Ad pedes »

« Madeleines »
L’air de la reine de la nuit / La flûte enchantée.
Impromptu de Schubert op 90 n°2 Alfred Brendel

Portrait
- Un madrigal de Monteverdi : Lamento della ninfa (par exemple Maud Gnidzaz avec les Arts florissants)

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Lettre à Thomas Dutronc

Le 27 octobre 2018 à 09:59 par Olivier Bellamy

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Cher Thomas Dutronc,
Au travail, il y a deux sortes de personnes. Celles qui vous montrent que c’est difficile et qu’elles sont méritantes. Et celles qui vous font croire que tout est facile.
Je parle sous le contrôle de votre mère, mais je crois que la seconde caractéristique est assez typique du signe des Gémeaux sous lequel vous êtes né. Farfadet un peu cossard à l’extérieur. Et très perfectionniste à l’intérieur.
Vous cachez bien votre jeu Thomas Dutronc. Avec vos parents, vous avez d’abord prétendu juste un peu gratter la guitare, et vous êtes devenu un virtuose du jazz manouche.
Et puis ils ont découvert, j’en suis fort aise, que vous chantiez maintenant.
Eh oui, ce rôle de cigale vous va très bien au teint. On pourrait croire que vous passez votre temps en Corse à prendre l’apéro entre deux siestes avec une bande de potes, et que les chansons viennent sans effort.
Mais à l’intérieur il y a une petite fourmi qui s’attache à trouver le meilleur, le mot juste, la note bleue.
Tiens justement, vous entrez chez Blue Note, un label mythique. Il faut être à la hauteur et vous vous y employez. Vous avez bien réussi à être à la hauteur de vos parents qui sont entrés dans l’histoire, à la hauteur des grands musiciens à qui vous donnez la réplique, à la hauteur des poètes que vous célébrez.
Alors c’est quoi être à la hauteur quand on est aussi compositeur ?
Programme :
Titres classiques:

Bach - Edwin Fischer - clavier bien tempere livre 1 prélude et fugue n 2 en do mineur bwv 847

Rêverie de debussy au piano ou à la guitare si une belle version existe

Madeleines:

Django Reinhardt  - liebeSTRAUM n.3

Jimi Hendrix - johnny b good live

Portrait : Concerto pour mandoline de Vivaldi RTV 425 (Rolf Lislevand, mandolin)
Mystère : Zigeunerweisen de Sarasate par Heifetz (le final)

TRAVIATA

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Lettre à Kamel Daoud

Le 18 octobre 2018 à 10:01 par Olivier Bellamy

Cher Kamel Daoud,
Vous êtes un intellectuel libre, attaché à la liberté d’expression, dans un pays qui s’en méfie comme de la peste. Un homme révolté comme dirait l’autre.
Si vous étiez en France, le pays de la liberté qui rayonne dans le monde, etc. il faudrait juste vous soumettre à deux ou trois petits ajustements, car la France d’aujourd’hui n’est plus celle de Camus. D’abord un intellectuel moderne écrit des tweets, un livre c’est trop long, plus personne n’a le temps de les lire, écrivez-en si ça vous amuse, mais ne soignez pas autant le style, on ne vous en demande pas tant. Donnez votre opinion sur tous les sujets, tiens écrivez des lettres ouvertes au président de la République, voilà qui est le fait d’un grand intellectuel.
Ne vous froissez pas mais il faudra changer de nom, par souci d’intégration.
Kamel, ça ne va pas. La loi anti-tabac va vous tomber dessus et même vous passer à tabac si vous me permettez ce trait d’esprit d’un autre âge. Si je me souviens bien il y avait des chameaux sur ces paquets. Très mauvais. Les Vegan ne vont pas vous aimer. Tant qu’on y est, il faudra changer aussi votre nom. Pourquoi pas Meursault. Ah mais non, la loi anti-alcool s’inscrira en faux. Evitez aussi Château Margot.
Ah le titre de votre dernier livre. Le peintre dévorant la femme. Gênant. Etes-vous autorisé à parler des femmes sans en être une ? Et de peinture. Vous ! Peinture en bâtiment, oui, mais de l’art. D’ailleurs méfiez-vous de l’art et du lard, deux sujets brûlants en ce moment. Non, vous avez raison, cher Kamel Daoud, vous êtes bien mieux en Algérie.
Mais au fait, dans votre dernier livre, vous êtes partout, à toutes les pages, et n’êtes jamais représenté, physiquement. Est-ce que vous ne vous prendriez pas pour Dieu, Kamel Daoud ? Je vous pose la question et je passe le dossier à mes collègues oranais.
Programme :
Classique
Le Lac des Cygnes thème le plus connu :
https://www.youtube.com/watch?v=KdelTIVzUL4
Fairouz « zaali tawel »

Madeleines
« Enfin » de Cheb hasni 
« Les vieux amants » de Brel.

Portrait :
Milhaud : Le Bœuf sur le toit (Bernstein ou Milhaud)

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ombre