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Lettre à Niels Arestrup

Le 28 septembre 2018 à 09:12 par Olivier Bellamy

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Cher Niels Arestrup
Si les acteurs sont de grands fauves, les réalisateurs de cinéma ont tous quelque chose de Frédéric Rossif. Quand on aime les acteurs, il faut les voir en liberté, au théâtre, sentir la détente du pur-sang, admirer la démarche du tigre, voir s’envoler ces oiseaux sauvages.
C’est ce que j’ai pensé en vous entendant respirer, puis gronder et rugir, hier soir, au Théâtre des Bouffes Parisiens.
Vous possédez, cher Niels Arestup l’oubli de soi qui est la marque des grands acteurs et qui vous rapproche des animaux. Le guépard ne joue pas à être un guépard. Il est un guépard. Ou Burt Lancarter. La panthère est une panthère, ou Ava Gardner.
Car ce n’est pas dans le texte qu’on repère un grand acteur. Ni même un grand poète. C’est dans la musique. Et donc dans le silence.
Le silence de Marlon Brando au début du Parrain. Ce dos immense et flou tandis qu’un autre fait des phrases. Et cette main puissante et pourtant légère qui s’élève et virevolte comme une feuille poussée par le vent.
C’est ce que j’ai pensé en vous voyant vous taire, hier, en Churchill, mâchoires serrées dans votre fauteuil, dévorant du regard une actrice de légende, un rêve d’enfant, vieux lion fatigué par tant de combats, et frétillant soudain comme un jeune cabri tenant à peine sur ses pattes, et prêt à reprendre les armes.
Vous n’étiez plus un acteur, vous n’étiez même plus Churchill, vous étiez l’Angleterre face à l’Histoire, vous étiez le courage. Et puis l’homme face à la beauté, l’humanité tout entière cherchant à fuir l’ennui, la vieillesse, le chien noir, et l’affrontant quand même, à la gorge. Vous étiez grand et dérisoire, comme chacun des passagers sur cette terre. Pour tout ça et le reste, Niels Arestrup, merci !
Programme :
- ouverture de Tannhauser Wagner
- valse triste Sibelius

- chet Baker my funny valentine
- Sinatra my way

Portrait
Verdi : Don Carlos Air de Philippe II (solo de violoncelle)

Mystère
« O du mein Holder » par René Kollo

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Il y a un commentaire pour cet article :

1 Isabelle Le Nouvel, le 01 octobre 2018 à 18:17 :

Merci
Pour ces mots à Niels
Pour cette magnifique émission
Pour cet élan que vous avez donné à « Skorpios au loin »………
Bien sincèrement et bien à vous
Isabelle Le Nouvel


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