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Chère Amélie Nothomb,
Pour nous consoler de la rentrée, du temps gris et de la pluie, il y a chaque année la promesse d’un bonheur et ravissement, plus que stupeur et tremblement, encore que les deux peuvent être liés, provoqués par la sortie du nouvel Amélie Nothomb.
On sait qu’on va sourire, avoir peur, réviser nos classiques et vivre avec des personnages toujours étonnants, affublés de prénoms aussi importables que votre couvre-chef que vous parvenez par une sorte de poésie belge, de stoïcisme nippon et d’élégance française à porter délicieusement.
Chère Amélie Nothomb, vous êtes aimée par le public français qui a le paradoxe d’être plutôt conformiste, jusqu’au jour où il fait la révolution, et d’adorer les nobles anticonformistes.
Votre univers est aussi étrange et cruel que votre prose est limpide et votre regard amical, comme si ces livres, vous ne leurs donniez pas vie, mais qu’ils vous la prenaient. Comme si ces personnages aux prénoms épicènes, cette année, c’est à dire unisexe, et votre héroïne éponyme EPICENE, élisaient domicile dans votre aimable caboche parce qu’ils sentaient qu’ils auraient là mieux qu’ailleurs le temps et la grâce de se développer harmonieusement sans la main trop lourde d’un écrivain envahissant.
Et puisque votre dernier opus parle d’amour et de manipulation, je voudrais vous demander chère Amélie Nothomb si le roman ne serait pas l’une des formes les plus abouties de la manipulation. Et si, enfin, comme il y a du bon et du mauvais en toute chose, vous ne seriez pas une sorte de pervers narcissique à fréquenter assidûment, comme la musique est une drogue dure sans aucun danger.

Voici le programme :
Petite messe solennelle de Rossini (Kyrie)
Requiem de Fauré (Pie Jesu)

Madeleines :
Hymne national japonais
Hymne de Belgique, la Brabançonne (les bras m’en sonnent)

Portrait
Sonate K 5 de Scarlatti (Scott Ross)

Mystère
Alfred Cortot joue Litanei de Schubert

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Le réalisation d’Immortel nous rappelle que certaines musiques nous portent immédiatement auprès de ceux que nous aimons et qui ont disparu. Schubert ou Mahler par exemple. Evocation sensible et pudique.
Voici son programme :

MADELEINES
MICHELE / LES BEATLES

CHUCK BERRY/ JOHNNY BEGOOD

LEO FERRE / AVEC LE TEMPS

CLASSIQUES

SCHUBERT / SONATE PIANO N°20
L’ANDANTINO version de BRENDEL

MOZART/ PIANO CONCERTO N°23

Gustav Mahler - Adagietto from Symphony no. 5

María Callas - Puccini “Vissi d’arte” (Tosca)
OU
MARIA CALLAS La Traviata- Addio del passato.

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“Sa musique a la pureté des larmes”, disait Chopin en parlant de Mozart. Françoise Fabien les a laissées couler, ces larmes, en écoutant l’air de la Comtesse.
Mozart : Noces “Dove sono”
l’Appassionata de Beethoven 3e mvt
Mozart : Requiem

Madeleines :
« J’attendrai » de Rina Ketty
« The Way you Look Tonight » de Frank Sinatra
« Un jour tu verras » de Mouloudji

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In memoriam Marie-Françoise

Le 17 août 2018 à 12:28 par Olivier Bellamy

Marie-Françoise

Marie-Françoise Bucquet avait une devise qu’elle a empruntée à Pablo Casals : « On ne monte pas sur scène pour être jugé, mais pour vivre. » Il m’est impossible d’imaginer l’absence de Marie-Françoise, car elle était la vie, faite pour vivre, pour donner la vie, pour rendre la vie à tout. Aux partitions, aux souvenirs, aux pianistes endormis, aux élèves qui hibernent. Elle réveillait les engourdissements dans un torrent de passion et d’amour.
N’avait-elle pas sacrifié une carrière qui s’annonçait brillante chez Piano**** après avoir été l’une des élèves préférées de Wilhelm Kempff. Déjà jeune, elle voulait que son action ait un sens. Jouer Stockhausen ou Schönberg alors qu’elle était aussi une beethovénienne incroyable. Il fallait faire vivre la musique, secouer le cocotier, libérer les énergies, servir le génie, révéler les talents, dénouer les crispations, balayer les petitesses. Marie-Françoise sentait, pensait et voyait grand. Elle a fait mieux que courir le monde en donnant des concerts. Elle a tout fait pour que la musique vive. Donnant confiance à tous ses élèves. Dissolvant les névroses inutiles. Celles de Brahms sont bien plus intéressantes. Rompant les petits freins intérieurs pour rejoindre Liszt sur les hauteurs. Elle était exaltée, passionnée, emportée, folle comme la musique quand elle est feu et tonnerre.
Nicholas Angelich avoue qu’elle l’a « sauvé ». Et tant d’autres qu’elle a présentés à Leon Fleisher, à Alfred Brendel, ou à qui elle parlait de « M. Kempff » qui n’aurait pas admis tel comportement. Il fallait rendre l’esprit et le corps libres, pas relâchés ou avachis. Cette esthétique des grands espaces avait sa morale coupante, exigeante, cruelle parfois.
Elle recevait avec un côté Verdurin qui s’effaçait dès qu’on parlait musique, car tout devenait possible, rien n’était bourgeois. On prenait l’apéritif autour du piano dans un salon bien peu salonard. Tout pour l’esprit et pour le cœur. Le confort et les conventions ailleurs. Puis on descendait un escalier abrupt où elle s’est rompu le cou une fois, quand s’est déclarée sa saloperie de maladie qui lui rongeait ce qu’elle avait de plus vif, l’esprit ! On mangeait à la bonne franquette : le tarama de Jorge, son mari, ce grand d’Espagne qui a deux cœurs au lieu d’un et qui sait tout sur les choses importantes et qui ignore ce qui n’en a pas. Du jambon, de la soupe qu’elle avait passé des heures à faire cuire et dont elle était aussi fière que de ses Klavierstücke, du pain, des glaces, il fallait manger ! Ariana passait en coup de vent. On pensait à elle d’un coup de vin. Il y avait « le fauteuil de Brendel », lui seul avait le droit de s’asseoir dessus, même quand il n’était pas là. Elle s’énervait quand on critiquait Boulez dont elle avait joué la 2e Sonate (!) Elle avait le cœur pur, comme aurait dit Beethoven, le regard clair, l’esprit droit. Mais il ne fallait rien dire sur Brendel ou sur ses élèves qu’elle aimait comme ses enfants. Je la revois si heureuse après un concert de Nicholas à La Roque d’Anthéron. Inquiète aussi, comme une mère. Elle me parlait de Shani di Luka avec des flammes dans les yeux, d’Etsuko Hirosé comme d’une princesse du Japon. Elle voulait qu’on aime ceux qu’elle aimait. Elle m’aimait aussi, je le sais, moi je l’adorais. Et je voudrais à mon tour que tout le monde l’aime. Pour qu’on lui rende l’amour dont elle nous a gavés, pourris, gâtés, et que le bon Dieu lui fasse une belle place là où elle est, près de Mozart avec qui elle parlera toute l’éternité, mais aussi de Xenakis parce qu’il ne faut pas l’oublier lui non plus. Toujours un peu Jeanne d’Arc, Marie-Françoise, à sauver le talent, comme on sauve un roi, qu’on lève une armée et qu’on libère un pays. Un pays qui s’appelle musique mais dont le prénom sera Amour pour toujours.

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Animal, on n’est pas mal

Le 15 août 2018 à 17:20 par Olivier Bellamy

Pure nature musicale, invitée marquante du projet « Pause » à La Donaira (sorte de Villa Médicis andalouse revue par Pierre Rabhi), la violoncelliste hollandaise Lidy Blijdorp vient se poser près de nous.

S’il est vrai que les musiciens sont des animaux étranges, alors Lidy Blijdorp est musique des pieds à la tête. Ou de la crinière aux sabots. Face à son violoncelle, elle est un pur-sang qui dévale la montagne. Dans la vie, elle est « un oiseau » comme dit son ami et partenaire Julien Brocal. Grand corps de héron, robe-plumage de couleur vive, chaussures de squaw. Son rire éclate comme un cri qui claque dans le silence. Lorsqu’elle parle, ses grands yeux bleus s’animent et voient des images. Les mots bondissent et sautent, staccato. Le legato et toutes les nuances de son phrasé sont réservés à son dialogue avec l’instrument.
« Mes deux sœurs faisaient du violon. Ma mère m’a dit : choisis ton instrument. A six ans, je suis allée au concert, j’ai vu le violoncelle, j’ai dit : je veux ça ! » Son père travaille aux archives du ministère de la Culture, sa mère enseigne la littérature anglaise. « Ma mère avait fait de la musique jeune. Elle a joué avec nous. Pas mon père. Mon frère, lui, a fait du piano. Un jour, il a dit : la musique, c’est un truc de filles. Donc mon père a dit : je vais commencer. Il a appris le hautbois. Et mon frère a continué. Aujourd’hui il est médecin et il joue du jazz. »
Lidy est la seule de la famille à être devenue musicienne professionnelle. L’une de ses sœurs est aussi médecin, l’autre professeur artistique. « J’étais très timide. Et j’ai eu un très bon prof qui me parlait en images, en couleurs. C’était idéal pour un enfant. » Elle a grandi à Leiderdorp, un petit village de Hollande. « Je ne voyais pas ce que je pouvais faire d’autre que la musique, même si j’aimais les langues… » Puis elle a déménagé à Bruxelles pour étudier à La Chapelle avec Gary Hoffmann. « Il était toujours très clair dans ses explications. Grâce à lui, j’ai appris à soigner les détails sans sacrifier la ligne. »
Lidy aimerait composer et faire du jazz. « J’ai une bonne oreille pour l’harmonie, mais le temps me manque. Dès que je veux m’y mettre, j’ai un concert. » La musique classique la comble néanmoins avec ces milliards de possibilités qui s’offrent à l’interprète pour dire une phrase. « J’essaie d’abord de trouver le caractère de l’œuvre. C’est le plus important. Le reste suit et c’est un travail sans fin. »
Elle a rencontré Julien Brocal à La Chapelle. « Il jouait dans l’obscurité, je me suis approchée. Il m’a dit : jouons ensemble. Ça a tout de suite marché. On respirait pareil. » Pour leur duo, Lidy Blijdorp a même réalisé une transcription pour piano et violoncelle des Tableaux d’une exposition de Moussorgski. Elle aime toutes les musiques. Avec un faible pour Ravel. Elle aimerait bien jouer avec clarinette, à cause du son.
L’orchestre, elle en a fait adolescente. « On joue une note et on entend une symphonie, c’est magique ! » Puis elle ajoute : « Dommage que ce soit le chef qui décide de tout… »
Lidy a un rêve en musique. « Voyager dans un camion et jouer dans les cafés, de village en village. » Ses yeux bleus se perdent dans l’air. La musique l’appelle. La femme-oiseau s’envole vers d’autres planètes. Laissons-la s’échapper. Et rejoignons-là, sur scène.

Ce soir à La Donaira, sous le chêne vert, Lidy joue la Sonate de Ravel avec la violoniste Rosane Philippens. www.pausefestival.com

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Laure Stehlin est devenue flûtiste à cause d’un choc éprouvé enfant pour une partita pour flûte de Bach que ses parents écoutaient. « Si ça avait été une partita pour violon, j’aurais appris le violon. » Elle a fait ses études à Strasbourg avant de tomber amoureuse de l’esthétique baroque et de rejoindre Bartold Kuijken à Bruxelles.
En 2010, elle est tombée gravement malade. « J’ai développé une répulsion pour les sons aigus. » Elle a commencé à jouer du tambour pour trouver un ancrage dans les graves. Puis elle s’est intéressée à l’équilibre personnel par le son. La maladie l’ayant forcée à relativiser la course à la performance, elle s’est formée auprès d’une Américaine spécialisée dans les chants de tradition chamanique. Puis elle a rencontré Robin.
Robin Scott Fleming est un autodidacte de la musique. « Enfant, j’imitais tous les sons. » Sa grand-mère a décelé en lui la « sensibilité familiale » pour la musique, mais il restait fermé à tout académisme. « J’ai appris la guitare tout seul. Puis les percussions. Il me fallait du rythme, tout le temps. » Son premier coup de cœur : le Boléro de Ravel !
Il a participé à un groupe de rock, jouant de tous les instruments, et puis un voyage en Inde a décidé de sa vocation. « Je suis rentré avec un sitar, persuadé que la musique était d’abord une expérience spirituelle. » Il est devenu improvisateur, créateur de sons, lorsqu’il a rencontré Laure.
Tous les deux ont décidé de raconter des histoires avec du son. Convaincus que le phénomène vibratoire, le jeu sur les hauteurs, les recherches de texture et de couleur font des miracles sur la santé du corps et de l’esprit.
« Nous donnons des concerts holistiques. Le public est allongé en forme de rayons de soleil et nous jouons au centre. C’est de l’improvisation intuitive autour des éléments : l’eau, le feu, la terre, l’air, puis l’esprit, le 5e élément qui relie tout. »
Ils utilisent leur voix et leurs instruments : flûte Hotteterre en bois pour Laure et percussions en tous genres pour Robin. « Les bols en cristal du Tibet créent une ambiance unique. L’alliage de la flûte avec la shruti-box (bourdon hindou) est extraordinaire. Le didjeridoo des Aborigènes obtient des résultats stupéfiants avec les autistes. » Ils en créent aussi, avec des coquillages, des cailloux, des graines… A la fin des concerts, les spectateurs livrent leurs émotions et expriment tout ce qu’ils ont ressenti.
Ils ont enregistré un CD qui s’intitule « Elements » et qui illustre bien leur travail d’architecte des sons, de peintre des vibrations. « Il n’y a rien de religieux ou d’intellectuel dans notre démarche. Nous cherchons beaucoup, mais c’est réussi quand ça nous traverse sans qu’on puisse expliquer comment ça s’est produit. »
Laure parle avec ardeur et passion quand Robin semble plus calme. Elle est Bélier (Feu), il est Poissons (Eau), soit le premier et le dernier signe du zodiaque, ce qui explique peut-être leur complémentarité. Tiens, ce sont aussi les deux signes les plus importants dans le thème astrologique de Jean-Sébastien Bach.
Et le but ultime d’une telle expérience sonore pour le public ? Laure réfléchit. « La joie… dans le sens de la joie de vivre » dit-elle, « en se rapprochant de sa source et en étant relié au monde » ajoute Robin.
Le père Bach n’aurait probablement pas réfuté cette philosophie de la musique, puisque son Dieu n’était en rien moralisateur ou sectaire.

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