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Voici le poème cité par Jean-Louis Debré pendant l’émission :

J’étais seul, l’autre soir, au Théâtre Français,
Ou presque seul ; l’auteur n’avait pas grand succès.
Ce n’était que Molière, et nous savons de reste
Que ce grand maladroit, qui fit un jour Alceste,
Ignora le bel art de chatouiller l’esprit
Et de servir à point un dénoûment bien cuit.
Grâce à Dieu, nos auteurs ont changé de méthode,
Et nous aimons bien mieux quelque drame à la mode
Où l’intrigue, enlacée et roulée en feston,
Tourne comme un rébus autour d’un mirliton.
J’écoutais cependant cette simple harmonie,
Et comme le bon sens fait parler le génie.
J’admirais quel amour pour l’âpre vérité
Eut cet homme si fier en sa naïveté,
Quel grand et vrai savoir des choses de ce monde,
Quelle mâle gaieté, si triste et si profonde
Que, lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer !
Et je me demandais : Est-ce assez d’admirer ?
Est-ce assez de venir, un soir, par aventure,
D’entendre au fond de l’âme un cri de la nature,
D’essuyer une larme, et de partir ainsi,
Quoi qu’on fasse d’ailleurs, sans en prendre souci ?
Enfoncé que j’étais dans cette rêverie,
Çà et là, toutefois, lorgnant la galerie,
Je vis que, devant moi, se balançait gaiement
Sous une tresse noire un cou svelte et charmant ;
Et, voyant cet ébène enchâssé dans l’ivoire,
Un vers d’André Chénier chanta dans ma mémoire,
Un vers presque inconnu, refrain inachevé,
Frais comme le hasard, moins écrit que rêvé.
J’osai m’en souvenir, même devant Molière ;
Sa grande ombre, à coup sûr, ne s’en offensa pas ;
Et, tout en écoutant, je murmurais tout bas,
Regardant cette enfant, qui ne s’en doutait guère :
” Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat,
Se plie, et de la neige effacerait l’éclat.”

Puis je songeais encore (ainsi va la pensée)
Que l’antique franchise, à ce point délaissée,
Avec notre finesse et notre esprit moqueur,
Ferait croire, après tout, que nous manquons de coeur ;
Que c’était une triste et honteuse misère
Que cette solitude à l’entour de Molière,
Et qu’il est pourtant temps, comme dit la chanson,
De sortir de ce siècle ou d’en avoir raison ;
Car à quoi comparer cette scène embourbée,
Et l’effroyable honte où la muse est tombée ?
La lâcheté nous bride, et les sots vont disant
Que, sous ce vieux soleil, tout est fait à présent ;
Comme si les travers de la famille humaine
Ne rajeunissaient pas chaque an, chaque semaine.
Notre siècle a ses moeurs, partant, sa vérité ;
Celui qui l’ose dire est toujours écouté.

Ah ! j’oserais parler, si je croyais bien dire,
J’oserais ramasser le fouet de la satire,
Et l’habiller de noir, cet homme aux rubans verts,
Qui se fâchait jadis pour quelques mauvais vers.
S’il rentrait aujourd’hui dans Paris, la grand’ville,
Il y trouverait mieux pour émouvoir sa bile
Qu’une méchante femme et qu’un méchant sonnet ;
Nous avons autre chose à mettre au cabinet.
Ô notre maître à tous, si ta tombe est fermée,
Laisse-moi dans ta cendre, un instant ranimée,
Trouver une étincelle, et je vais t’imiter !
J’en aurai fait assez si je puis le tenter.
Apprends-moi de quel ton, dans ta bouche hardie,
Parlait la vérité, ta seule passion,
Et, pour me faire entendre, à défaut du génie,
J’en aurai le courage et l’indignation !

Ainsi je caressais une folle chimère.
Devant moi cependant, à côté de sa mère,
L’enfant restait toujours, et le cou svelte et blanc
Sous les longs cheveux noirs se berçait mollement.
Le spectacle fini, la charmante inconnue
Se leva. Le beau cou, l’épaule à demi nue,
Se voilèrent ; la main glissa dans le manchon ;
Et, lorsque je la vis au seuil de sa maison
S’enfuir, je m’aperçus que je l’avais suivie.
Hélas ! mon cher ami, c’est là toute ma vie.
Pendant que mon esprit cherchait sa volonté,
Mon corps savait la sienne et suivait la beauté ;
Et, quand je m’éveillai de cette rêverie,
Il ne m’en restait plus que l’image chérie :
” Sous votre aimable tête, un cou blanc, délicat,
Se plie, et de la neige effacerait l’éclat. ”

 

Et son programme :

Aznavour : Je m’voyais déjà
Dutronc : Le temps des copains / L’opportuniste

et

Symphonie Pastorale de Beethoven
L’oiseau de Feu de Stravinsky
Boléro de Ravel

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Laam de fond

Le 25 avril 2015 à 10:11 par Olivier Bellamy

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Sa sincérité a touché les auditeurs de Radio Classique. Invitée au repas donné à l’Elysée en l’honneur du président tunisien, elle a revu toute sa vie défiler. Née à Paris, fruit d’un mariage arrangé, elle a grandi parmi ses frères et soeurs sous la domination d’une mère violente. Placée en foyer, elle a voulu devenir la “première Madonna arabe”. Grâce à l’aide d’un éducateur, elle a pu apprendre à chanter dans un centre. De petits boulots en goualantes dans le métro, elle a enfin pu réaliser son rêve et vendre des millions de disques. Il s’agissait d’échapper à la misère. Aujourd’hui, Laam veut échapper à l’oubli, car les places sont chères sous la lumière. Alors elle y met la même énergie qu’à ses débuts.

Voici son programme :

Mozart : Concerto n° 23 Adagio
Schubert : Ave Maria
Adagio d’Albinoni

Madeleines :

Whitney Houston : Saving all my Love
Jimmy Page et Puff Daddy : Come with me
Tu me manques

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Il possède la belle simplicité des grands. Avant l’émission, j’étais nerveux, inquiet, fier de sa confiance aussi - forcément - mais tout de même nerveux. Il est arrivé et tout a paru très naturel. Wim Wenders m’a confié qu’une de ses assistantes écoutait l’émission depuis ses débuts et qu’elle était impressionnée qu’il en soit l’invité. Ça m’a fait rire et ma nervosité est tombée d’un coup. J’imagine que les acteurs parviennent assez bien à être tout de suite eux-mêmes sous sa direction, à être le personnage en oubliant le trac, le jeu, les pièges de l’ego et tous ces petits poisons de l’âme. Tout s’est passé comme dans un rêve. Profond, fluide et sensible à la fois. Du grand art.

Voici son programme :

1) Alexandre Desplat from “Every Thing Will Be Fine” ,

2:51 “Tomas’ Theme”

2:20 “The Discovery”

2) “Karma Police”, played by Christopher O’Riley 4:37

3) René Aubry: “Naufragés du Temps” from the album “Mémoires du Futur” 5:07

4) “Der Leiermann” from “Winterreise” by Schubert, sung by Christine Schäfer 4:00

5) Glen Gould: Bach, French Suite #1 in D minor, BWV 812 Sarabande 2:50

Madeleines:

6) David Darling: From CD: „The Tao of Cello”: “What Is Firmly Grasped Cannot Slip Away” 2:27

7) Henry Purcell “When I’m Laid in the Earth” 5:00

8 ) “Für Elisen” by Beethoven ca 3:00

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Il y a du Louis-Ferdinand Céline chez Jean Raspail. Le Céline qui, face à Pierre Dumayet, compare son destin, à celui d’une chienne de traîneau, la plus raffinée de la meute, choisie comme guide de l’expédition parce qu’elle sent les crevasses. Sa violence - elle aboie fort - est indispensable à la survie du groupe. Mais sa violence est insignifiante comparée à la violence de la guerre, à la grossièreté et à la vulgarité des hommes. Il y a de la légèreté aristocratique dans la voix de Céline. J’ai ressenti une sorte de cousinage dans celle de Jean Raspail.

Voici son programme :

- Wagner, La chevauchée des Walkyries.
- Bach, Cantate “Weinen, Klagen, sorgen, Zagen”
- La petite musique de nuit de Mozart
- Chorale De L’Eglise Saint-Serge - Dieu est avec nous

Madeleines :

- Milord - Piaf
- Non rien de rien - Piaf
- L’hymne patagon

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Il a ce visage intelligent qui plaît aux femmes de goût. Et ce regard mélancolique qui trahit des déconvenues anciennes, des désirs inassouvis, des amours en pointillé. La non réalisation sentimentale offre un terrain fécond au réalisateur de films. Le cinéma est plus beau que la vie, disait François Truffaut. Un seul être vous manque et les salles obscures se repeuplent. Ainsi va le septième art.
Voici son programme :

Classiques :

- Bach, Concerto after Vivaldi BWV575 Sicilienne par A Tharaud

- Chostakovitch, premier piano Concerto premier mouvement par Matsuev

- Poulenc, Sonate pour flûte et piano 1er ou 2

- Ravel, Concerto en sol 2ème

Madeleines :

- Ravi Shankar (par exemple la musique du salon de musique)
- Velvet Underground I am sticking with you
- La musique de Mancini du générique de Breakfast at Tiffany’s

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Rachid Arhab, du CSA au RSA

Le 21 avril 2015 à 09:21 par Olivier Bellamy

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Tant de dirigeants ou d’élus du peuple rejoignent leur corps d’origine après leur mandat. Pourquoi un sage du CSA n’aurait-il pas le droit de réintégrer sa rédaction avant un “sas de désinfection” de trois ans ? Bizarre.
Il vieillit plutôt bien, Rachid Arhab. Mélange de rigueur, d’humour et de sensibilité. Et un beau visage d’homme droit.
Voici son programme :

Classique : Eurydice de Gluck (J’ai perdu mon Eurydice)

Cancion y Danza numéro 6 de Frederico Mompou par Véronique
Fiszman,

Valse numéro 2 de Chostakovitch

7éme de Beethoven(2éme mouvement)

Madeleines :

Ma Liberté de Reggiani

Ma plus belle histoire d’amour de Barbara

Tizi Ouzou (La Maison Bleue) D’Idir et Maxime Leforestier.

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L’écriture est un mystère presque aussi grand que la musique. Même si “le mot est rebattu, et l’arabesque éternellement vierge”, comme l’a souligné Colette, il n’est pas défendu de s’engouffrer dans la langue française toutes voiles dehors et les mâts vers le ciel.
La liturgie naturaliste de Muriel Barbery tente dans La vie des elfes d’approcher la magie du monde et de percer les secrets des relations avec l’invisible.
Avec ses yeux d’écureuil et sa voix de mésange, l’écrivain transmue L’élégance du hérisson en une aventure plus osée, périlleuse. Vermeer veille sur Maria et Clara. Mozart tend l’oreille.
Voici son programme :
Classiques :

- Don Giovanni, Mozart, Ouverture.
- Roméo et Juliette, Prokofiev, Ouverture.
- Didon et Enée, Purcell, Kirsten Flagstad, (When I am laid on earth).
- Bach, Suite pour violoncelle (n’importe laquelle), Yo Yo Ma.

Madeleines :

- Bande originale de Samurai Champloo : Obokuri Eeumi, version vocale.
Ikue Asazaki - Obokuri Eeumi (Samurai Champloo OST)
- Paco de Lucia, Flamenco Virtuoso (Jazz Club), plage 5, Llanto a Càdiz.
- Billie Holliday.

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La radio est un spectacle. Et principalement la radio en direct. Spectacle intime, vocal, mystérieux, mais spectacle tout de même qui demande de la générosité et de la sincérité. Je suis toujours émerveillé quand un invité se donne à 100 %, oubliant sa promo, s’offrant une récréation et offrant du même coup à l’auditeur quelque chose d’exceptionnel, de non convenu, de spontané. Avec de l’humour et de l’autodérision : “Le baryton s’intéresse à la soprano, la soprano s’intéresse au ténor et le ténor s’intéresse à… l’argent.”
Vittorio Grigolo a été formidable. Comme ont pu l’être à ce micro Rolando Villazon, Roberto Alagna, Angela Gheorghiu, Teresa Berganza, Mirera Freni. Libres, vrais, drôles, émouvants. Sans tomber dans la facilité si contemporaine de l’attaque personnelle, du coup de gueule surjoué, de la petite phrase assassine qui fait le buzz.
Ce que je ne savais pas - l’aurais-je su, c’eut été moins vrai et intrusif - c’est que le ténor italien était en proie à un sentiment amoureux, et innocemment, intuitivement, je l’ai amené sur un terrain sensible. Du coup, n’écoutant que son impulsion, il nous a gratifiés d’une lettre intime à l’objet de son tourment totalement improvisée et très belle, sur le fameux intermezzo de Mascagni. Une raison de plus pour l’aimer notre “Pavarottino”. Si aimer contribuait un tant soit peu à consoler du mal d’amour, comme le clou de girofle sur la dent qui souffre.
Voici son programme :
Intermezzo Cavalleria Rusticana
Something’s Coming from West side Story
C’era una Volta in America by Ennio Morricone
Tosca, Lucevan le stelle

Take my breath away
Without you (I can’t live if living is without you), Mariah Carrey version
Dimmi quando tu verrai by Tony Renis

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L’évocation de la Révolution des Oeillets lui a fait monter les larmes aux yeux. Le souvenir de Barbara lui offrant un bouquet de roses pour la remercier d’avoir patienté à la porte du studio aussi.
Mais l’on retiendra en outre son éclat de rire quand, qualifiant sa compatriote Maria-Joao Pires de “caviar”, elle ajouta : “Moi, je suis la morue du peuple.” Avant d’ajouter confuse : “le poisson bien sûr.” Plat national oblige.

Voici son programme :
Boléro de Ravel
Valse sentimentale de Schubert
Ave Maria de Gounod


Madeleines :
Grândola, Villa Morena, la chanson de la Révolution des œillets
Dalida : Gigi
Barbara : J’m'en balance

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Il écrit avec ses tripes. Clair dans sa langue, sombre en lui-même. Vocifère dans le tonneau de Diogène. Mais argumente posément. Honnêtement. Ce n’est pas un faussaire, pas un petit marquis de la philosophie. Il a lu, beaucoup lu. Il écrit beaucoup. A croire qu’il ne dort jamais. Il se trompe forcément, et le reconnaît, enfonce des portes ouvertes, et l’admet, vitupère à tout va, se fait le champion de l’anti-système, pourfend la tour d’ivoire, mais ce n’est pas de la philosophie de comptoir. Plutôt un gueuloir raffiné et intelligent. Il se rêve probablement le Jean-Jacques Rousseau de notre temps. Autant raillé qu’admiré. Il n’en a cure : il existe. Ce qui est capital pour un existentialiste.
Voici son programme :
1. Wagner, Prélude au III° acte de Tristan
2. Callas, Puccini, Tosca
3. Berlioz, une mélodie de Les nuits d’Eté
4. Varese, Amériques

5. Pink Floyd, Atom Heart Mother
6. Mylène Farmer , Je te rends ton amour
7. Alain Bashung, Venus

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ombre