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Laurence Equilbey et la Saint-Jean

Le 28 mars 2013 à 11:21 par Olivier Bellamy

Avez-vous déjà visité les stations du Chemin de Croix et le Golgotha à Jérusalem ? Moi oui, avec un ami israélien qui m’y avait conduit. Le guide était un marchand local, un professionnel du tourisme à la sauvette, et quelque chose ne fonctionnait pas. Il n’était pas un religieux, ne semblait même pas chrétien. C’était comme aller à Disney Land. Or pas de syndrome de Stendhal à Disney Land. Pas d’émotion, pas de recueillement, pas d’éblouissement.
Contrairement à Laurence Equilbey, je pense qu’on ne peut pas diriger la Passion selon Saint-Jean de Bach si l’on n’est pas croyant, ou, même temporairement, frappé par la grâce comme Claudel devant le treizième piler de Notre-Dame de Paris.
C’est la raison pour laquelle le chef d’orchestre Otto Klemperer s’est converti au christianisme : pour diriger la Saint-Matthieu.
D’ailleurs, si Jésus n’est pas le fils de Dieu, cette histoire ne marche pas. C’est l’explication la plus… logique. Sinon, c’est un faits-divers. Sinon, Bach a composé un opéra. Or ce n’est pas le cas. Sinon c’est une histoire de fou. Sinon Jésus est un illuminé, Marie est une folle ou une menteuse, et Joseph est un cocu naïf. Ça ne tient pas la route. Ça ne fait pas une Passion, mais une tragi-comédie. La seule explication, c’est qu’il est le fils de Dieu. Et qu’il a été livré par les siens. L’erreur, le crime succédant au crime, serait de penser qu’il a été tué par “les” juifs. Non, mais il a bien été tué par “des” juifs. Ses frères. Qui ne sont pas coupables devant l’Histoire, car il fallait bien que la prophétie s’accomplisse. “Tout est accompli”… Quand Mel Gibson le filme, ce serait de l’antisémitisme. Et quand Jean l’écrit, c’est un texte saint ?
Si l’on n’y croit pas quand on dirige ou quand on chante cette oeuvre, c’est au mieux une admirable interprétation, mais dont l’essence a été perdue. Comme une mère qui aimerait son enfant par devoir sans croire qu’il est la merveille des merveilles, la lumière de sa vie, l’amour vrai, sacré, fondamental et inconditionnel. Comme le disait le pianiste Yves Nat : “Je prie, donc Dieu existe.”
Voici le programme de Laurence Equilbey :

Madeleines

Gluck Orphee et Euridice Ballet des ombres heureuses Gardiner/EMI

n°1 CD 2, à 1′50 (partie centrale, solo de flûte)

Alfven uti var hage North/Ericson/accentus / naïve

Classiques

Mozart / Concerto n°23 / Adagio / Harnoncourt/sony

Mozart / Messe en ut mineur / Kyrie / Insula Orchestra/Accentus

Farrenc/ Symphonie n°3 / Adagio/Allegro/ NDR/Label Cpo

Beethoven/ Symphonie n°6 / L’orage / Harnoncourt

Berlioz / Nuits d’été / Villanelle / Gens/Ondine

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Il y a 13 commentaires pour cet article :

1 HOLDRINET, le 28 mars 2013 à 12:35 :

Je trouve cet article déplacé, d’une intolérence qui m’étonne de la part d’Olivier Bellamy.
Ces chefs d’oeuvres sacrés seraient-ils accessibles aux seuls croyants??? “un faits divers”??? Qu’est ce qu’une “explication logique” vient faire là?
Je ne pense pas que tous les chrétiens soient de votre avis. Ma fille, mes petits enfants sont “les lumières de ma vie, mes merveilles”.
Vais-je être excommuniée?
Quant à votre visite du Golgotha avec un guide nul “même pas chrétien”!!!
Vous êtes dans la démesure poussée à l’extrème.

Merci L.Equilbey pour votre intelligence et pour votre oeuvre déjà si vaste.

2 Roberto Livadiotti, le 28 mars 2013 à 16:24 :

C’est bien Olivier,j’ai aimé votre texte et comme vous,je crois difficile de diriger une oeuvre sacrée comme cette “Passion selon Saint Jean de Bach,sans y croire,même si parfois, on peut être sujet au doute,comme beaucoup de croyants et tous ces grands compositeurs, de Monteverdi à Beethoven,qui ont composé de si belles oeuvres sacrées étaient croyants.

3 Itié, le 28 mars 2013 à 17:56 :

La déception d’Olivier au Golgotha je la comprend . En escaladant le mont Moïse , dans le Sinaï , je m’attendais à un moment exceptionnel . Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une foule venue des 4 coins du monde pour admirer le lever du soleil , des campeurs. Des groupes éparpillés écoutaient leurs guides dans leur langue , il fallait faire abstraction de tout ce monde pour se concentrer sur la signification de ce lieu et son histoire .

4 marie-alsace, le 28 mars 2013 à 18:36 :

Claudette, j’aime bien votre réaction, elle est vive, elle est sincère.Pour ma part, je partage l’avis de Laurence Equilbey. Nul besoin d’être croyant pour diriger ou écouter des œuvres composées lorsque la chrétienté régnait, sans concession, sur la vie européenne. La connaissance historique, morale, philosophique apporte certainement beaucoup à la compréhension de l’œuvre comme la Passion selon St Jean, plus que son livret qui soit dit en pensant est d’une piètre qualité au regard de la composition musicale. Que Jean Sébastien BACH fut un fervent croyant, nul ne le conteste. L’époque ne se prêtait pas ou peu à d’autres alternatives. La ferveur et la passion religieuses n’accouchent pas que de monstres ou d’abominations, heureusement. Pour autant, au prétexte que des œuvres musicales, architecturales ou philosophiques sont « chrétiennes », doit on exclure, les non croyants ou autres adeptes de religions différentes, de toute compréhension, de toute sensibilité, de toute sérénité, que sais je encore. Non je ne pense pas. La musique est universelle, elle n’a pas de frontière. Bon week end prolongé au coin du feu à toutes et tous.

5 COURTAUT.Monique, le 28 mars 2013 à 18:54 :

Je n’ai pas écouté Saint Jean .
La veille Gerard Lesne avait donné des extraits des Leçons de Ténèbres de Charpentier et Couperin avec viole de gambe ,théorbe,et positif,au CCR de Rueil.
Encore sous le charme des inflexions de sa voix,je n’avais envie d’autre chose ,fut-ce Bach!!

6 COURTAUT.Monique, le 28 mars 2013 à 18:56 :

CRR.
Merci à Laurence de nous apprendre la disparition d’

7 COURTAUT.Monique, le 28 mars 2013 à 19:02 :

Eric Ericson,considéré par Celibidache comme le plus grand chef de choeur.
Il était venu ,il y a quelques années à la Cité de la Musique ,diriger de la musique nordique a capella.Ses disques de Alfven,Stenhammar…sont à découvrir!

8 marie-alsace, le 28 mars 2013 à 19:06 :

Pour en revenir au concert, La Passion St Jean, par le Concerto Köln, le Chœur Accentus dirigés par Laurence Equilbey, j’émettrai un souhait. Je trouve génial ces retransmissions de concerts par Radio Classique. Alors s’il vous plait, arrêtez de saturer le son….ça gâche le plaisir. Quand j’écoute France Musique et que je passe sur Radio Classique d’un clic, je sursaute tellement ça hurle et je me précipite sur le bouton son. C’est tellement saturé que les vieux enregistrements grincent. Et non, ;-) ce n’est pas mon matos….. mais bon je sais bien que ce blog n’est pas l’endroit pour faire ce genre de remarque, et que vous ferez bien comme vous voudrez…mais je l’ai écrit, j’en avais envie depuis……si longtemps. Laurence Equilbey a évoqué très rapidement, trop rapidement, la problématique de la salle et des orchestres baroques. Je n’y connais pas grand-chose mais la musique sur instruments baroques ne s’épanouit pas dans les grandes salles. L’année dernière, j’ai écouté Philippe Herrewhegue avec son ensemble orchestral et chœur le Collegium Vocale de Gent à Baden. C’est une salle plus grande que celle du Grand Théâtre de Provence, elle fait 2500 places, avec pourtant une bonne acoustique, mais cela manquait d’éclat car perdu dans l’immensité. J’ai eu un peu cette impression mardi soir… mais je n’y étais pas, je peux me tromper. Voili voilou. Ah j’oubliais, j’ai beaucoup aimé l’hommage rendu par Laurence Equilbey à Nikolaus Harnoncourt. C’est trop rare et c’est bien triste.

9 Lily, le 28 mars 2013 à 19:33 :

« Les principales raisons de la conversion d’Otto Klemperer étaient des convictions intellectuelles ».
(réf. Ecrits et entretiens Otto Klemperer collection Pluriel).
Egalement comme Laurence Equilbey , je pense qu’un chef peut être ému aux larmes en dirigeant la Saint-Jean , et capable d’en comprendre la nature profonde , qu’il soit croyant ou non .
D’ailleurs Hector Berlioz qui s’affichait franchement athée a composé des chefs d’œuvres religieux.

10 HOLDRINET, le 28 mars 2013 à 20:30 :

Merci Marie pour votre n0 4. Je partage complètement ce que vous écrivez sur la compréhension de l’oeuvre. Quant au décalage entre livret et composition musicale il est consternant dans la Passion et dans bon nombre d’oeuvres.
Oui, la musique comme la peinture sont notre patrimoine culturel à TOUS.
Oui Lily, une oeuvre d’art peut émouvoir aux larmes tous ceux qui ont la chance d’y être sensibles.

11 andree martin, le 29 mars 2013 à 03:19 :

merveilleux moments d’écoute, émotion, délicatesse dans la voix, un grand moment de bonheur au coeur de morceaux très bien choisi

12 Sandrine, le 30 mars 2013 à 06:44 :

Je continue mon monologue en me demandant si la déception qu’un croyant peut avoir en visitant n’importe quel lieu Saint (guide ou pas,touristes ou non) n’est pas du même ordre que celle de Proust arrivant à Balbec. Les choses n’existant pour nous que dans la représentation de notre imagination.

13 Sandrine, le 30 mars 2013 à 07:27 :

Et ainsi il est peut être plus aisé d’être frappé par une émotion lorsqu’on ne s’attend à rien car la réalité vient parfois faire surgir un souvenir enfoui dans notre mémoire et lui même rattaché à une émotion. Bon, j’arrête mes divagations maintenant!


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