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Charles Dantzig, vous avez dit chef-d’oeuvre ?

Le 07 février 2013 à 10:13 par Olivier Bellamy

Olivier Bellamy reçoit Charles Dantzig dans Passion Classique

Pas facile de définir ce qu’est un chef-d’oeuvre qui par nature échappe à l’analyse. L’écrivain et poète Charles Dantzig a relevé le défi de manière littéraire et pas universitaire. C’est-à-dire par petites touches sensibles et non par un pesant pensum. Il élargit le champ de la littérature aux autres arts et en arrive à la danse comme un idéal entrevu : effort prodigieux de l’écrivain pour créer quelque chose qui s’élève dans les airs et qui parvient à une sorte de présent intemporel. Mais il existe de multiples sortes de chefs-d’oeuvre : des grands, des petits, des lourds, des légers, des forts, des fragiles, des chefs-d’oeuvre pour chaque moment de la vie, des chefs-d’oeuvre qui disparaissent comme les étoiles, d’autres qui apparaissent dans une sorte de chaîne ininterrompue où la création humaine tutoie le divin. Avec érudition et subjectivité, Charles Dantzig nous emmène dans son jardin secret littéraire et c’est cela au fond que nous attendons d’un écrivain : qu’il crée un théâtre d’ombres qui prennent chair en nous et qui se mélangent à la vie, à nos rêves, aux grands amours de notre vie. Comme disait tristement Oscar Wilde : je ne me suis jamais vraiment remis de la mort de Lucien de Rubempré.
Voici son programme :

1) Caldara, “Chi con sua cetra”, dans Maddalena ai piedi di Cristo
2) Valse de l’Album pour enfants de Tchaikovsky
3) Field, Nocturne n°1
4) « Duca, duca… ebben » Rigoletto de Verdi

4 “madeleines”

1) “Voi che sapete” des Noces de Figaro
2) “4 Chords of the Apocalypse” de Julian Casablancas
3) Satie, Gnossienne n°1
4) Joel Grey, “If you could see her” dans Cabaret

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Il y a 14 commentaires pour cet article :

1 HOLDRINET, le 09 février 2013 à 19:47 :

Le chef-d’oeuvre littéraire n’est-il pas plus subjectif que les chefs-d’oeuvre reconnus comme tels,en peinture, en musique,chefs-d’oeuvre plus universels peut-être?
Allez, à vos copies!

2 Sandrine, le 09 février 2013 à 20:57 :

Pas encore écouté l’émission. Beau sujet de dissertation. Mais je sèche complètement. Si l’on est familier avec la langue dans lequel il est écrit je ne vois pas de différence avec les autres arts… Qui ont d’ailleurs sans doute aussi leurs codes? C’est malin Claudette : voilà que je ne vais plus penser qu’à votre question!!!! Allez donnez nous une piste !

3 HOLDRINET, le 10 février 2013 à 13:57 :

Je n’ai pas de pistes!
Prenons l’exemple de la musique que nous partageons. Il y a les grands-chefs d’oeuvre reconnus, “Le Messie” de Haendel,
les “Passions” de Bach tant d’autres merveilles, puis ceux que nous ressentons,
décidons comme tels, plus personnels parcequ’ils nous transportent, nous élèvent
nous appartiennent. Je sais que la peinture peut se vivre ainsi.

J’écoute à nouveau Ch. Dantzig cet après-midi!

4 HOLDRINET, le 10 février 2013 à 15:33 :

J’ai retrouvé ce qui m’a amenée à ce questionnement; c’est la divergeance d’opinion entre l’invité et Olivier concernant le personnage de Cervantes. Très intéressant d’ailleurs.
En y repensant, je me suis demandé qui, parmi les mélomanes de tous temps,à travers le monde, pourrait se dire indifférent à Bach, Haendel, Beethoven Schubert, etc…etc? Qui parmi eux pourrait trouver le Messie insupportable;l’oeuvre de Mozart discutable?

5 Roberto Livadiotti, le 10 février 2013 à 17:28 :

La question de Claudette,un vrai sujet de dissertation,m’a réveillé de la “torpeur” qui m’envahit dans ce blog,à l’écoute des différents invités. Oui,je pense que les oeuvres littéraires sont plus subjectives,quoique la peinture l’est aussi,n’est-ce pas? Mais de grandes oeuvres littéraires et surtout poétiques comme par exemple celles de Dante,Hugo,Lamartine,Shakespeare…peuvent figurer au panthéon des chefs d’oeuvre de l’art,comme celles des grands musiciens et des grands peintres. Je ne développerai pas plus ce sujet,je laisse ce soin à d’autres.
Où est donc Patrick,on ne l’entend plus.

6 Sandrine, le 10 février 2013 à 17:42 :

Oui Roberto a raison; merci Claudette de nous avoir réveillés. Je vais de ce pas enregistrer Ch. Dantzig. Je reviendrai si j’ai des idées…

7 marie-alsace, le 10 février 2013 à 19:24 :

Et bien Claudette, c’est une bonne idée que de nous faire « bouillir le cerveau » un dimanche. Heureusement qu’il existe des œuvres pour le plaisir des sens, cela fait oublier la médiocrité si courante en ces temps prolifiques d’œuvres en tout genre et Internet, en cela, libère les énergies. Pour ma part, j’atteins mes limites et préfère ne pas écrire plus de bêtises ou de théories fumeuses. Chef d’œuvre, c’est un brin subjectif tout de même !!!!! ;-)

8 Markorel, le 10 février 2013 à 20:13 :

Croyez-vous que l’on puisse donner une “définition” d’un chef d’oeuvre ? Est-ce que le propre de l’art (littéraire, musical, poétique, chorégraphique, …) n’est pas justement d’échapper aux définitions et d’appartenir au ressenti du coeur ? L’émotion ne se rationnalise pas, alors pensez ! le chef d’oeuvre !
Il reste du domaine de l’intime et appartient à ce que notre intériorisation nous délivre comme sentiments. Parfois ces sentiments se partagent, parfois non, et c’est toute la magie et l’intéret de l’appréciation que l’on a des choses.
A titre personnel, je ne partage pas l’opinion de M. Dantzig (un tantinet péremptoire à mon humble avis) à propos de Cervantes qui nous donne un sujet de reflexion intemporel.
Qui n’a pas ses moulins ? Qui n’a pas sa Dulcinée du Toboso ?

9 HOLDRINET, le 10 février 2013 à 23:28 :

Décidément très dense cette émission!
J’ai réécouté l’émission pour la troisième fois. Ne riez pas…je découvre encore.
Par exemple, Ch.Dantzig dit que dans sa recherche, il a trouvé multes ouvrages sur les chefs d’oeuvre musicaux aucun en littérature. ça questionne non?
A propos de Cervantes, Olivier réagit en disant ” un chef d’oeuvre peut diviser!”
CH.Dantzig de répondre:” Il s’agit de littérature”!Puis, “contrairement à la musique, le livre n’existe que s’il est lu”. (je cite toujours).
La question de départ étant :la notion de chef d’oeuvre plus subjective en littérature qu’en musique? La question de la subjectivité ne me paraît pas si simple à définir.
Je ne prétends pas vouloir donner une définition du chef d’œuvre, Markorel. Je n’exclus pas la subjectivité non plus.

“Les plus beaux cimetières que je connaisse ce sont les livres de nos bibliothèques que nous ne lisons pas”. cette phrase magnifique de l’invité était incroyable pour moi car je viens de lire ” l’ombre du vent” de Carlos Ruiz Zafon, paru en poche. A Barcelone, un homme emmène son garçon dans un lieu qui s’appelle: le cimetière des livres oubliés… Très prenant et original.
Je ne vous dis pas que c’est un chef d’oeuvre…

Je termine, pardon d’être si longue, en revenant à l’émission qui se termine par Caldara et sa musique baroque raffinée à l’extréme.

“Il faut se donner une raison de vivre.
La peinture nous montre ce qu’il y a de beau.
La musique exalte. Elle a un pouvoir immédiat sur la vie.
L’écriture nous permet de découvrir la complexité du coeur de l’homme.”
Eric Emmanuel Schmitt.

10 HOLDRINET, le 10 février 2013 à 23:32 :

“moult”

11 Sandrine, le 13 février 2013 à 14:24 :

Claudette, je n’ai pas plus de réponse à votre question après l’écoute de l’émission, mais simplement, l’envie de chasser de mon vocabulaire le mot de chef d’œuvre, que je ressens à peu près comme ce que sont les décorations (avec tout le respect que je leur dois) à un héros.

12 HOLDRINET, le 13 février 2013 à 22:43 :

J’ai posé la question, mais comme vous Sandrine, je n’ai pas de réponse véritable.
L’échange était intéressant ce qui nous a permis de le prolonger.
A chacun ses émois, ses frissons, ses révélations! C’est tellement bon comme ça.

Par contre, je ne sais pas si vous connaissez l’émission du dimanche soir,(critiques littéraires, théâtrales ou cinéma) “Le Masque et la plume” animée justement par Jérôme Garcin, invité hier par Olivier.
Ce dimanche était consacré aux livres. Ils ont démoli et le livre et
CH. Dantzig,à l’exception de Patricia Martin, d’une manière assez violente, particulièrement Olivia de Lamberterie qui était d’une agressivité limite.

13 Patrick Delaunay, le 14 février 2013 à 17:57 :

@ 5 : bonjour Roberto. J’ai écouté Charles Dantzig tout à l’heure. Belle et bonne émission. Quand même, pour recenser ainsi les chefs-d’œuvre, il faut être soi-même un peu cuistre, mais aussi grand lecteur !
À mon avis, cinquante ou cent ans de recul sont nécessaires afin d’entériner le chef-d’œuvre. Alors, ça devient un truc poussiéreux, bon pour les musées ou la Pléiade.
Lorsque Dantzig parle de la jeunesse, de l’éternelle jeunesse du chef-d’œuvre, non, il ne s’agit pas de jeunesse, à mon sens, mais de fraîcheur — et de date de péremption. D’ailleurs, les écrivains, les romanciers, à quelques rares exceptions près, ne donnent le meilleur d’eux-mêmes qu’après trente ans. Faut connaître la vie pour être écrivain. Seuls les poètes et les compositeurs écrivent des chefs-d’œuvre autour de vingt ans.
Satie se disait jeune, il a toujours l’air vieux.
Ce n’est pas Edouard Dujardin qui inventa le monologue en littérature au début du vingtième siècle, mais Fiodor Dostoïevski en 1864 en publiant “Mémoires écrits dans un souterrain”, véritable chef-d’œuvre, lu il y a long, aimerais le relire, prêté le livre, pas rendu, fréquent. Ça commence comme ça : « Je suis un homme méchant.» Roman qui influença à peu près tout le monde, la littérature du vingtième siècle, à commencer par celle de Freud… Henry Miller, etc.
Cela dit, j’aimerais lire le livre de Dantzig.
Bien aimé son commentaire relativement à la Gnossienne n°1 d’Erik Satie : “C’est l’exemple même de la tragédie de la légèreté.”
Et : “Les gens n’aiment pas les artistes.”
Je relève une contradiction. Charles Dantzig parle de la vanité de Céline, plus loin dit ceci : “Aucun créateur n’est modeste”. Faudrait savoir. Céline était un orgueilleux jouant le modeste. Il avait tout compris. Il menait son monde en bateau, en croisière… comme Eve Ruggieri. Si on le flattait, il disait : oh je n’ai pas inventé grand-chose, juste l’équivalent du bouton de col, ma petite musique… Dantzig a bien évidemment une dent contre Céline. C’est un proustien. Là où il se trompe encore, c’est que la prose de Céline est musicale, c’est un poète en littérature, ça sonne, grâce au jeu des voyelles et des consonnes, et non pas seulement, Sir Olivier, grâce aux points de suspension et d’exclamation ! André Breton disait : “Les mots font l’amour”. Ici, ils sonnent. C’est une sorte de musique en effet, de danse aussi, Céline n’a-t-il pas écrit plusieurs ballets ? pour ses danseuses…
J’aime beaucoup ce film : “Cabaret”, ses chansons.
Pour finir : pour comprendre et saisir telle époque, ce ne sont pas les chefs-d’œuvre du passé qu’on doit lire, ce sont les mauvais livres, regarder la mauvaise peinture, de nos jours les mauvais films. Les créateurs de chefs-d’œuvre sont des êtres d’exception. Ils sont dans leur époque et au-dessus, en deçà et au-delà, ils transcendent, ils sont singuliers. Le mauvais art, lui, est pluriel, et reflète bien une société. C’est comme si je sortais avec une fille qui ne possède pas de portable, iPod ni Internet, mais qui serait cultivée, brillante, profonde, et, en même temps, avec une autre, toujours collée au Smartphone, reliée, jamais seule, coiffée du casque de l’iPod quand je suis pas là, rivée à ses écrans, à FB, couchant avec l’un de ses portables même (c’est arrivé), comme si c’était un jouet, une fausse peluche techno, un… Laquelle des deux représenterait plus notre sale époque ?
Aussi : la subjectivité n’empêche pas la reconnaissance du chef-d’œuvre. Exemple : je ne suis pas fan de Picasso, mais pourtant prêt à reconnaître à Guernica le titre, le statut de chef-d’œuvre. Il rassemble là ses thèmes de prédilection en une sorte de fresque poignante. Ce qu’on sait moins, c’est que cette œuvre monumentale, l’une des trois peintures les plus connues au monde, a été réalisée avec l’aide de Dora Maar, peintre elle-même et de bon conseil, l’égérie des surréalistes, intellectuelle transformée en paillasson par le super-macho, le maître franco-espagnol, l’une de ses maîtresses du moment, c’est-à-dire un peu avant 1939.
(Pas écouté Frédéric Vitoux, mais hâte.)

14 HOLDRINET, le 14 février 2013 à 18:32 :

Une CORRECTION à mon No 12; je l’ai rédigée hier, je m’aperçois qu’elle n’est pas passée…
Il ne s’agit donc pas de O. de Lamberterie, pour la critique acerbe à CH. Dantzig, mais de Nelly Kaprielian.

Tout à fait d’accord avec vous Patrick, pour Satie et la Gnossienne No 1.
Merci pour “la subjectivité n’empêche pas la reconnaissance du chef d’oeuvre”.


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