Accueil  >  Gabriel Yared : “rendre à la musique ce qu’elle vous donne”

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Autodidacte, travailleur acharné, créateur d’une oeuvre originale et singulière au cinéma, Gabriel Yared a étudié le contrepoint sur les conseils d’Henri Dutilleux pour enrichir son langage : “On ne peut pas être un bon architecte sans connaître la résistance des matériaux.”
Il a une jolie formule pour définir l’art de la composition : “Faire des cercles concentriques jusqu’au moment où l’oeuvre dit : ça suffit!”
Tout en connaissant la valeur de son travail dans un monde où les exigences se délitent, il reste modeste et reconnaissant envers l’inspiration : “Il pleut sur moi… Il faut rendre à la Musique ce qu’elle vous donne par un travail artisanal… Je n’oublie jamais la source qui vient d’en haut.” Et ce rappel de Debussy qui conseillait aux jeunes compositeurs d’écouter les bruits de la nature plutôt que d’analyser la Symphonie Pastorale de Beethoven. “La musique est partout, dans le vent, la rivière…”
Des propos profonds, clairs et purs, partagés avec sincérité. Et un magnifique programme !
Son actualité :
A la Cinémathèque de France : Rétrospective Gabriel Yared du 30 mai au 10 juin avec ces moments marquants :
-concert de musiques de film (sous forme de Suites ré-orchestrées pour l’occasion) le 30 juin à la Cinémathèque avec un ensemble de 13 musiciens et GY au piano.
-conversations autour de la composition le 2 juin avec Serge Toubiana et Stéphane Le Rouge, et en présence de quelques réalisateurs.
-journées enfants/parents avec Michel Ocelot et GY autour du film d’animation Azur et Asmar.

Projets :
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- Sortie du film Les Saveurs du Palais (Catherine Frot, Jean d’Ormesson) : en septembre.
- Commande du Royal Ballet (Royal Opera House) de Londres pour une oeuvre de 60 minutes “Raven Girl” chorégraphiée par Wayne Mc Gregor et sur un argument de Audrey Niffeneger (dessinatrice et romancière).
- Projet d’un oratorio ou opéra avec Amin Maalouf (qui sera reçu à l’Académie Française le 14 juin) autour de l’oeuvre et la vie de Gibran Kalil Gibran.

Et son programme détaillé et expliqué :
Cher Olivier, J’ai pris le temps de réfléchir à notre émission du jeudi 10.
Tout en m’orientant vers un Hommage à J.S. Bach, je voudrais en profiter pour parler des compositeurs qui ont contribué à “élever” la musique de film, sans avoir eu l’intention délibérée d’écrire pour le cinéma.
Je m’explique : dans mon Hommage à Bach, il y aurait Dutilleux, Mozart, Ligeti et Bartok… et moi .
À part Henri Dutilleux, qui a écrit 4 ou 5 musiques de film dont une pour un film de Grémillon, mais aussi, dont la Première Symphonie a servi de “musique de film” dans le film de Pialat, Sous le Soleil de Satan, la musique des trois autres a souvent été utilisée par des réalisateurs qui ont voulu sortir des sentiers battus et aller fouiller dans le répertoire classique.
Comme si une musique écrite dans l’absolu, pour la Musique, devenait bien souvent la meilleure “musique de film”.

Mozart : tellement utilisé ! par exemple dans Out of Africa (le Concerto pour Clarinette), Batman, American Gigolo, the Big Lebowski,…et même, récemment, dans les Intouchables.
Ligeti : essentiellement par Kubrick le visionnaire dans Orange Mécanique (Atmosphères, Lux Aeterna, Requiem).
Bartok : encore par Kubrick dans Shining (le 3eme mouvement, lent, de la Musique pour Percussions, Celesta et Cordes) et bien des compositeurs de musique de film, notamment Bernard Hermann et Jerry Goldsmith, ont bénéficié, profité, de ses trouvailles rythmiques et de ses couleurs orchestrales (le Prince des Bois, le Concerto pour Orchestre..). ET AUSSI parlons de ses points de vue sur l’espace sonore, par exemple la disposition notée expressément sur la partition de la Musique pour percussion, célesta et cordes où, pour la deuxième fois en musique (après Bach et sa Passion selon St Matthieu), la stéréophonie est préfigurée !!

J’aurais pu, dans cet hommage à Dieu le Père, prendre des pièces de Schumann (Fugues sur le nom de Bach), Liszt (Prélude et fugue sur B A C H), Webern, Honegger, Villa Lobos (BACHianas), Beethoven (Quatuor “Grande Fugue”) etc…mais les choix que j’ai faits nous permettront de parler aussi de musique de film dans le cadre de cette émission spéciale Festival de Cannes. On pourrait parler de Ravel (Don Quichotte), Prokofiev-Eisenstein, Georges Auric, Gershwin, Bernstein, etc…mais est-ce indispensable ?

Hommage à Bach : les 5 musiques que j’ai choisies pour notre émission :
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1-Dutilleux : Hommage à Bach, tiré du recueil pour piano “Au Gré des Ondes”.
2-Mozart : Gigue KV 574 précédée du Menuet en Ré KV 355, (3′50) les deux oeuvres sont écrites pour piano.
3-Ligeti : j’aurais pu choisir le dernier mouvement, le 6eme, de la Sonate pour Alto solo, “Chaconne Chromatique”, en référence à Bach, mais j’ai préféré prendre deux pièces, exubérantes et rythmiques, pour voix a capella :
a-Pletykazo Asszonyok (un canon) (1′07)
b-Eb fél, Kutya fél (1′33)
On trouve ces 2 pièces vocales dans la compilation “LIGETI WORKS” en 9 CD, parue chez Sony . Dans le CD numéro 2, ce sont les pistes 9 et 37 .
4-Yared (j’ai un peu honte de me mettre en valeur, mais j’ai écrit une pièce en hommage à Bach pour le Patient Anglais) : Convento di Sant’Anna(2′36). 5-Bartok : Musique pour percussions, celesta et cordes : 2eme mouvement

Mes 3 “Madeleines” :
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1-Le Cinéma : Claude Nougaro (paroles de Claude Nougaro, musique de Michel Legrand)
2-She’s Leaving Home : The Beatles, Album “Sergent Pepper’s Lonely Heart Club Band”
3-Bach : choral pour orgue “O Mensch, bewein’ dein’ Sünde Gross” de l’Orgelbuchleïn.

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Il y a 2 commentaires pour cet article :

1 marie-alsace, le 27 mai 2012 à 20:49 :

Ces derniers temps j’ai vécu à 2 volts. J’ai écouté quelques PC et notamment Gabriel Yared et je trouve bien injuste l’absence de commentaire. J’ai apprécié son humilité et sa sensibilité, son ton posé et sa passion musicologique. Son programme recherché reflétait parfaitement ses idées.L’évocation du Chef d’orchestre Evgeny Svetlanov par Marina Bower m’a aussi beaucoup intéressée mais l’érudition tant musicale que littéraire de André Lorant m’a impressionnée. Son programme, très original efface certains choix faciles d’autres invités et ce fut un plaisir d’écouter les extraits musicaux. Je n’oublierai pas l’inénarrable et volubile Michel Galabru. Ce fut un moment agréable, surtout qu’il a terminé quasiment toutes ses phrases ;-) !!! et il a une « pêche ». En relisant « Les mémoires d’Hadrien » de Marguerite Yourcenar, celle-ci met en exergue une phrase de la correspondance de Flaubert…. La phrase est la suivante « Les dieux n’étant plus et le Christ n’étant pas encore, il y a eu, de Cicéron à Marc-Aurèle, un moment unique où l’homme seul a été.» A méditer !!! non ????

2 HOLDRINET, le 28 mai 2012 à 13:10 :

Je comptais bien rédiger un commentaire pour l’émission de Gabriel Yared. J’ai été interrompue lors de l’émission; mais ce que j’ai pu entendre m’a beaucoup intéressée. Sa passion ne peut nous laisser indifférents. J’ai l’intention d’ailleurs de le réécouter dans son intégralité!


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