De passage à Paris, Alfred Brendel a réservé sa seule interview à Passion Classique, à l’occasion de la réédition de son livre Réflexions faites (Buchet-Chastel). C’est une grande joie pour les auditeurs de Radio Classique, car tout ce que dit ce pianiste de légende et grand écrivain sur la musique est à la fois profond et teinté de malice.
Il est venu le 27 janvier dernier (jour anniversaire de la naissance de Mozart) avec beaucoup de simplicité. Il s’est attardé pour écouter un nocturne de Chopin par Alfred Cortot, comme on goûte un grand vin ou que l’on admire un tableau dans une église. Sa gentillesse a ému tout le personnel de notre station, en rang d’oignon pour le saluer. Et pourtant, dans le taxi qui l’avait conduit jusqu’à nous, il s’était blessé au visage en se cognant contre la portière. Il était surtout inquiet que l’on voie le sparadrap qui pansait sa blessure lors de la traditionnelle photo pour ce blog.
Quatre ans après ses adieux à Vienne dans le Concerto Jeunehomme (sic) de Mozart, à soixante-dix-sept ans, Alfred Brendel demeure un personnage central du monde musical.
En soixante ans d’activité intense, cet immense artiste ne se sera jamais éloigné de l’éthique définie par Marcel Proust pour qualifier le génie de la Berma jouant Phèdre : être « une fenêtre ouverte sur le chef-d’œuvre ».
Né en Moravie, issu de la tradition austro-hongroise, il s’est concentré avec le temps sur le répertoire qu’il connaissait parfaitement : Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Liszt.
Beethoven parce qu’on ne parvient jamais à en faire le tour. Haydn et Liszt parce qu’il fallait les défendre et qu’il était l’un des mieux placés pour accomplir cette tâche. Mozart parce qu’il est peut-être le plus difficile, le plus paradoxal et le plus stimulant des compositeurs pour un artiste épris de perfection. Enfin Schubert, parce qu’il reste peut-être le plus proche de son cœur.
La totalité de cet entretien (plus certaines réflexions supplémentaires) seront retranscrites dans le prochain numéro de Classica.
Voici le programme que j’ai concocté a posteriori (avec son approbation) pour illustrer cette émission :
Beethoven : Sonate op. 10 n° 3
Fantaisie en ut mineur de Mozart K 475
Schumann : « Des Abends » (Fantasiestücke)
Schubert : Sonate en la mineur D 537 « Allegretto quasi andantino »
Liszt : Vallée d’Obermann « live recording » in Great Pianists of the XXth Century n° 14
MOZART : Les Noces de Figaro « Deh vieni non tardar » (Suzanne) par Ingmar Seefried-Karajan
Brahms : Concerto n° 1 – finale (avec Colin Davis)
Haydn : Sonate en mi mineur Hob XVI :34 – 1er mvt « Presto »
Chopin : Prélude n° 4 (Alfred Cortot in Great Pianists in the XX Century n° 21)



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