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Alfred Brendel : “illuminer l’oeuvre de l’intérieur”

Le 17 février 2012 à 12:17 par Olivier Bellamy

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De passage à Paris, Alfred Brendel a réservé sa seule interview à Passion Classique, à l’occasion de la réédition de son livre Réflexions faites (Buchet-Chastel). C’est une grande joie pour les auditeurs de Radio Classique, car tout ce que dit ce pianiste de légende et grand écrivain sur la musique est à la fois profond et teinté de malice.
Il est venu le 27 janvier dernier (jour anniversaire de la naissance de Mozart) avec beaucoup de simplicité. Il s’est attardé pour écouter un nocturne de Chopin par Alfred Cortot, comme on goûte un grand vin ou que l’on admire un tableau dans une église. Sa gentillesse a ému tout le personnel de notre station, en rang d’oignon pour le saluer. Et pourtant, dans le taxi qui l’avait conduit jusqu’à nous, il s’était blessé au visage en se cognant contre la portière. Il était surtout inquiet que l’on voie le sparadrap qui pansait sa blessure lors de la traditionnelle photo pour ce blog.
Quatre ans après ses adieux à Vienne dans le Concerto Jeunehomme (sic) de Mozart, à soixante-dix-sept ans, Alfred Brendel demeure un personnage central du monde musical.
En soixante ans d’activité intense, cet immense artiste ne se sera jamais éloigné de l’éthique définie par Marcel Proust pour qualifier le génie de la Berma jouant Phèdre : être « une fenêtre ouverte sur le chef-d’œuvre ».
Né en Moravie, issu de la tradition austro-hongroise, il s’est concentré avec le temps sur le répertoire qu’il connaissait parfaitement : Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert, Liszt.
Beethoven parce qu’on ne parvient jamais à en faire le tour. Haydn et Liszt parce qu’il fallait les défendre et qu’il était l’un des mieux placés pour accomplir cette tâche. Mozart parce qu’il est peut-être le plus difficile, le plus paradoxal et le plus stimulant des compositeurs pour un artiste épris de perfection. Enfin Schubert, parce qu’il reste peut-être le plus proche de son cœur.
La totalité de cet entretien (plus certaines réflexions supplémentaires) seront retranscrites dans le prochain numéro de Classica.
Voici le programme que j’ai concocté a posteriori (avec son approbation) pour illustrer cette émission :
Beethoven : Sonate op. 10 n° 3

Fantaisie en ut mineur de Mozart K 475

Schumann : « Des Abends » (Fantasiestücke)

Schubert : Sonate en la mineur D 537 « Allegretto quasi andantino »

Liszt : Vallée d’Obermann « live recording » in Great Pianists of the XXth Century n° 14

MOZART : Les Noces de Figaro « Deh vieni non tardar » (Suzanne) par Ingmar Seefried-Karajan

Brahms : Concerto n° 1 – finale (avec Colin Davis)

Haydn : Sonate en mi mineur Hob XVI :34 – 1er mvt « Presto »

Chopin : Prélude n° 4 (Alfred Cortot in Great Pianists in the XX Century n° 21)

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Il y a 18 commentaires pour cet article :

1 Guillemette, le 17 février 2012 à 15:53 :

Merci cher Olivier pour cet entretien magnifique. Cette rencontre entre Alfred Brendel et vous, je l’espérais depuis longtemps. Je n’ai pas été déçue ! Avec une petite pensée particulière pour Samuel qui ne partage pas mon admiration pour ce grand pianiste…Qu’en a-t-il pensé ?

2 Roberto Livadiotti, le 17 février 2012 à 16:22 :

Un entretien intéressant et un programme musical à la hauteur de ce grand pianiste. Je ne saurais donner une opinion très sûre,mais dans le répertoire germanique et “chopinesque”(?)je le crois comparable à A.Schnabel,Edwin Fischer,W.Kempff,etc…sans pouvoir donner une liste exhaustive,pt.être M.Pollini et Hélène Grimaud…

3 Lily, le 17 février 2012 à 16:36 :

Une rencontre exceptionnelle .
J’étais à ses « adieux » , en récital, et avec orchestre, moments qui restent gravés dans ma mémoire et aussi parce que je savourais ma chance de le voir jouer en public pour les toutes dernières fois.
Il fallait le voir arriver sur scène, la démarche sautillante, le front dégarni, avec des lunettes énormes, au piano des mimiques déformant parfois son visage.. .mais quel piano …
A une dame à la fin du concert venue le féliciter et lui dire que tout aurait été parfait si un vieux ronchon dans les premiers rangs n’avait pas arrêté de marmonner, il répliqua, je cite : « mais c’était moi madame », avec un grand éclat de rire ..
Et dernier clin d’oeil de ce drôle de farceur à l’apparence si sérieuse, terminer sa carrière, à Vienne -comme il se doit-, avec le bien-nommé « Jeunehomme » !! .
Monsieur Brendel, maintenant c’est dans mon petit salon que j’écoute vos Schubert, Mozart, Beethoven, Haydn … Puisque dans votre nouvelle vie d’autres arts qui vous sont chers vous attendent.

4 Lily, le 17 février 2012 à 16:37 :

Passion ardente et fiévreuse, puissance, lutte, tendresse …
une des plus belles sonates du divin Mozart, l’ut m. K457 (1er mvt)
et Brendel dans ses grands jours
http://www.youtube.com/watch?v=S8U9pbnfhG8

5 marie-alsace, le 17 février 2012 à 19:19 :

Belle réussite ce Passion Classique, Alfred Brendel homme facétieux, artiste aux grandes lunettes si sérieux et si inspiré quand il joue, mais qui m’a fait sourire lorsqu’il a dit “la musique, elle est dormante, nous (les interprètes) sommes là pour l’embrasser pour qu’elle se réveille” un tantinet kitsch, tout de même ;-) Encore bravo et merci pour cette heure inoubliable…..

6 Patrick Delaunay, le 17 février 2012 à 21:36 :

Les Alfred, il ne s’en fait plus.
Moule cassé.
(Cette métaphore, la musique belle au bois dormant, les interprètes qui d’un baiser la réveillent, ressuscitent, la font vivre et… être aimée — je développe, file la métaphore, sans l’enfiler —, beau !)

7 Martine Sonneville, le 17 février 2012 à 23:45 :

Bravo, merci pour cet entretien enrichissant avec Alfred Brendel

8 COURTAUT.Monique, le 18 février 2012 à 14:02 :

Alfred Brendel est aussi l’accompagnateur de Dietrich Fischer -Dieskau,dans un Winterreise de Schubert,filmé à Berlin en janvier 1979,dans la Villa Siemens .Avant l’arrivée du printemps.

9 HOLDRINET, le 18 février 2012 à 23:16 :

Un Dieu du piano Alfred Brendel.
Je n’ai pas eu comme Lily la chance( un peu triste les adieux…) d’assister à ses derniers récitals. Il y a longtemps maintenant que j’étais allée deux fois, l’écouter au Th des CH Elysées. Grands moments. Très profond certes, mais je découvre l’homme malicieux dont parle Olivier. La photo est parlante!

10 Solly, le 20 février 2012 à 16:59 :

Bonjour à tous.
De retour après quelque temps d’absence, mais sans R. qui n’est pas en mesure actuellement de contribuer, je préfère substituer mon pseudo au sien pour plus de clarté, afin de participer de temps à autre. Il y aura sans doute un temps de modération.
Je tombe sur Alfred Brendel. R., qui l’admire profondément aurait sans doute aimé détailler son art, surtout en ce qui concerne les textures sonores, sur lesquelles il adore broder sous forme de métaphores plutôt délirantes, qu’il s’agisse de voix ou de piano! Mais je ne suis pas aussi douée que lui en cette matière. Pour Brendel, peut-être aurait-il comparé sa texture de fond à quelque chose comme un velours frappé mat - due à la préparation spéciale de ses pianos, en quoi ils peuvent se reconnaître souvent - sur laquelle les plans sonores, tous azimuts, et les mélodies, se détachent avec une grande netteté paradoxale, puisque rien dans le jeu précis, s’il ne suscite aucune brume enveloppante, ne crée non plus le moindre angle vif, la moindre brillance fatigante ou sans nécessité. (Pas mécontente de mon imitation de R., il se marrerait. Encore manque-t-il ici le rapport qu’il aurait fait à l’art de certains peintres, coloris, profondeur de champ, mais je me sens là bien impuissante à me ressouvenir de tout ce qui fit le sel de nos conversations dans ces sujets!) Ce petit jeu terminé, que je tenterai de vous épargner à l’avenir, je me permets un propos plus personnel sur l’émission proprement dite.
Je n’ai guère ressenti ce personnage comme aussi malicieux que vous le dites. Aucune raison de mettre en doute sa gentillesse, qu’Olivier Bellamy nous représente dans son billet; toutefois, à l’écoute radiophonique de ses propos, j’ai eu le sentiment que cet artiste fait preuve d’un assez incroyable orgueil hautain et solitaire. Seuls les “pères” compositeurs semblent mériter sa vénération. Il respecte aussi beaucoup, dit-il, les pianistes chefs, mais s’arrête curieusement à un von Bulow que personne n’entendit jamais parmi nous et pour cause (merci par exemple, pour un Barenboïm). Le vieux Cortot excepté, tous les autres géants du piano se seraient-ils donc tous ingéniés à tuer les “pères”, Gould évidemment à leur tête? Il s’exprime de façon calme, plutôt doucement sarcastique que malicieuse, mais impitoyable. C’est son droit, mais on peut le remarquer. J’ai également été sidérée par sa fermeture - d’esprit? de perception? - au jazz et à toute autre musique (avec une dose de modération assez artificielle, donc inutile, sur le jazz - craint-il d’en dire vraiment du mal? - que, de son aveu, il ne ressent pas). Etonnant, ces faiblesses (certains diraient leur force) chez ces génies.
Je conserve à l’artiste merveilleux qu’il est mon admiration, il est mon préféré, à très peu d’oeuvres près, dans Beethoven, Liszt et Schubert, pas rien!

11 Patrick Delaunay, le 21 février 2012 à 14:22 :

Il est à la fois amusant et rassurant d’entendre quelqu’un d’immergé dans sa partie.
Il faut savoir se borner, sans doute.
Bien le bonjour.

12 COURTAUT.Monique, le 21 février 2012 à 16:26 :

Bonjour Solly,
Heureuse de vous lire,présentez mes souhaits de prompt rétablissement à Renny.
Si dans le Gers,il est possible de recevoir Mezzo,allez vite squatter,et vous pourrez Voir Brendel:hier soir ,il a expliqué et joué les trois dernières sonates de Schubert sur Steinway(1976)et aujourd’hui ,nous aurons les D958 et 894à la même époque.
Quand on entre avec cette profonde recherche dans l’univers d’un compositeur,on laisse loin derrière le commun des mortels,et quelque part on est seul.Le “philosophe sauvage du clavier”

13 HOLDRINET, le 21 février 2012 à 17:20 :

Solly, je joins aux souhaits de Monique, les miens, pour un rapide rétablissement de Renny.

J’affectionne Schubert depuis toujours; les émotions mêlées de sa musique me sont proches. “la jeune fille et la mort”, le “stabat Mater”, me bouleversent particulièrement. Schubert interprêté par A.Brendel,c’est un pur moment de grâce.
Merci Monique pour ce programme de la soirée.
Solly, même avec un temps de modération bien compréhensible, continuez de nous écrire et de nous donner des nouvelles.

14 Lily, le 21 février 2012 à 17:54 :

Comme dit Patrick (11 ) « dans sa partie » , mais aussi dans sa patrie ..avec ses « pères ».
Brendel ou l’orgueilleux effacement de l’interprête .
Brendel est malicieux –même très malicieux. Il se plait à dire que « rire » est une de ses occupations favorites.
En l’écoutant dans ses Schubert, il raconte que son maître Edwin Fisher lui disait : « vous l’interprêtez comme s’il était votre oncle ».
(« Musique côté cour côté jardin » Buchet Chastel).
Bonjour à Renny.

15 Sandrine, le 21 février 2012 à 18:06 :

Solly, heureuse moi aussi de votre retour, en espérant bien sincèrement que Renny aille bien et puisse vous rejoindre vite. (PS/ bien d’accord avec vous sur vos commentaires de cette interview). Bonjour à Renny !

16 Solly, le 21 février 2012 à 23:03 :

De 11 à 15: merci pour R., et pour votre accueil.
11, 12, 14: Je ne suis pas toujours rassurée, ni amusée, par les perspectives bornées ou les proclamations de propriété d’une spécialité, même en sous-entendu. Mais Brendel prouve haut la main (les) qu’il ne faut pas s’arrêter aux faiblesses d’orgueil ou autres. Lily parle avec justice de l’orgueilleux effacement de l’interprète, qui prend tout son sens avec A.B. et fait écho au ” philosophe sauvage du clavier “. Tout cela forme une tour d’ivoire formidablement fructueuse!
14: Humour anglais? Oui, mais il mène où? Humour français? Le Français a de l’esprit (merci), mais pas d’humour! Humour allemand? Mais oui, il existe… et apparemment le grand pianiste autrichien s’en réclame: c’est vrai, elle est là sa malice. Et ça peut mener à Schubert …

17 Patrick Delaunay, le 22 février 2012 à 12:27 :

De 16 à 16 : Se borner, pour approfondir.
Un musicien classique n’est pas un musicien de studio (variétés).
Un écrivain n’est pas un journaliste.
Un Cocteau, pas un Proust.
Il s’est cru César, il n’a été que Pompée.

18 mgrf84, le 25 février 2012 à 16:57 :

Oui comme le dit Monique, la leçon ultime de piano est visible sur Mezzo, courez-y vite pour entendre l’incroyable Alfred présenter et jouer les dernières sonates de Schubert.
On y redécouvre en particulier l’évidence du génie musical avec la dernière D960 qui dans cette exécution me semble être tout simplement la plus belle pièce de piano jamais écrite.


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