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L’extravagant Mister Duchâble

Le 21 juin 2011 à 10:58 par Olivier Bellamy

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Quel personnage ! Un vrai Don Quichotte de la musique, qui parcourt la France sur un pianocipède ou un piano dans une deux-chevaux, en guise de Rossinante. On l’aime alors qu’il ne fait rien pour cela. Il agace certains de ses collègues par son franc-parler et son humour à froid, bien qu’on pourrait dire de lui (comme Sancho Pança à propos de son étrange maître) : “non seulement il ne fait de mal à personne, mais il ferait plutôt du bien à tout le monde.”
Il aurait voulu être garde forestier, songe à entrer dans les ordres (comme Franz Liszt), prépare le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle, fuit les salles de concerts et les circuits internationaux pour vivre la musique à sa manière, tout en s’occupant de sa maman de 96 ans. C’est un pessimiste gai, un lucide délirant, un orgueilleux ne craignant pas le ridicule, un rationaliste épris de spiritualité, un égocentrique au grand coeur, qui tente à tout prix de donner un sens à ce qu’il fait tout en étant conscient de l’absurdité des choses. Un tissu de paradoxes, plein d’élan et qui va de l’avant, chargé de musiques du passé et d’amours anciennes. Un homme debout !
Voici son programme :

Concerto numéro 2 en la maj. de Liszt

Requiem de maurice Duruflé ( début ) par Plasson

Un bal transcription de Liszt d’Hector Berlioz (Symphonie fantastique) par FRD

Fêtes de Debussy (2e mvt de Nocturnes)

Et trio pour clarinette alto et piano « des Quilles » de Mozart le final

Les trois madeleines :

Charles Trenet : que reste il de nos amours

Rimsky Korsakov : troisième mouvement de Shéhérazade

Jean Ferrat: que c’est beau la vie

Les trois morceaux symbolisant :

La vie : la vie parisienne

L’amour : mort d’Isolde par Carlos Kleiber

La mort: agnus dei du requiem de Saint-Saëns ( Mercier, Piquemal )

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Il y a 7 commentaires pour cet article :

1 Erica Roche, le 21 juin 2011 à 16:48 :

Naïvement, je pensais que pour tout interprète de haute volée, la consécration ultime que représente une programmation toute l’année dans les salles de concert les plus prestigieuses ne pouvait être qu’une consécration personnelle, les deux choses étant forcément indissociables. Et puis on découvre d’une part Alexandre Tharaud qui accepte le système tout en s’accordant des congés sabbatiques de plusieurs mois, et pour qui le fait de pouvoir aller acheter son pain relève du miracle, et d’autre part le cas plus extrême de François-René Duchâble. Combien peuvent ils être à se trouver dans ce cas de figure? C’est vrai que ce genre de sacerdoce nécessite au moins autant de sacrifices que les satisfactions qu’une telle carrière ne peut apporter. Plus encore que l’épisode du piano dans le lac, c’est le personnage qu’incarne Albert Dupontel dans “Fauteuils d’ Orchestre”, inspiré de l’expérience de F-R D qui m’a fait prendre conscience de ce problème. Quelle perte pour les habitués de ces salles, dont je fais partie! Espérons que les enfants des écoles et les pensionnaires des établissements pénitenciers, qui font partie de ses nouveaux spectateurs, l’apprécient à sa juste valeur. et espérons qu’un jour il retrouvera le chemin des salles de concert traditionnelles (plus conventionnel que celui des cols montagneux à vélo et plus banal à ses yeux que celui de St. Jacques de Compostelle). Dans cette attente, peut-être vaine, on a pu apprécier son superbe programme. J’étais particulièrement heureuse d’entendre Suzy Delair dans “La Vie Parisienne” , version Jean-Louis Barrault que j’ai en vinyle.

2 marie-alsace, le 21 juin 2011 à 18:17 :

F.R Duchâble, il y a déjà eu des personnalités singulières invitées dans Passion Classique, mais lui il est hors norme !!!! J’ai bien aimé. Je l’avais écouté à Strasbourg dans un de ses derniers concerts en 2003, comme “conncertiste traditionnel”. Je vais le voir et l’écouter ce mercredi à la cité de la musique à Strasbourg. Cela sera certainement aux antipodes des concerts donnés au Festspielhaus de Baden. La 8ème symphonie de Mahler par l’orchestre de Bamberg a fait trembler les murs, c’était magnifique….mais parmi le public, il y en a tout de même qui ne mérite pas cette chance d’écouter des interprétations musicales aussi remarquables …… !!! Pas demain qu’une grande partie du public “austère” de Baden, va “se réchauffer”. F.R Duchâble ne risque pas de traverser le Rhin….pourtant cela leur ferait du bien à cette partie de public.

3 cinule, le 21 juin 2011 à 19:03 :

Dérangeant, tambour battant, affolant par ses décisions et ses projets…Mais son passage m’a fait réfléchir..un peu tristement tout de même à imaginer tous les maîtres désertant les salles et prônant que l’on n’a pas besoin de musique lorsqu’on est “bien” occupé.

Oui, je me suis posé la question : qu’est ce que je recherche dans l’écoute de toutes ces mélodies?
Les heures passées depuis ont décanté les propos..
Je lui laisse bien volontiers la responsabilité et le bonheur dans ses choix et je me régale en continuant d’écouter Radio Classique et ses invités ébouriffants parfois, intéressants toujours, mélomanes obligatoirement….Oui, je ne suis pas seule à avoir soif de symphonie, concerto, sonate , solos et j’en passe..
Le programme contredisait les propos avec bonheur!
Bonne route au marcheur ainsi qu’à notre journaliste globe trotteur…

4 Eliane, le 21 juin 2011 à 23:25 :

RENAISSANCE de François René Duchâble, le plus atypique et déroutant des pianistes virtuoses français , capable d’afficher des opinions peu consensuelles voire contestataires……des propos cinglants, a ressenti un jour l’irrépressible besoin de vivre la musique d’une manière conforme à ses voeux en mettant un terme fracassant à sa carrière.. Il parle avec honnêteté jusqu’à dire, de son public (par le passé) “il y a chez le passionné un petit côté névrotique, hystérique qui me déplaît”. A méditer chez les mélomanes que nous sommes.
Il est particulier, curieux, original, il intrigue François- René….difficile d’en placer une……quel débit, il est un peu fatiguant à écouter (en pleine nuit)…. toutefois il est salutaire voire indispensable qu’il existe des artistes comme lui, il dérange, il choque, il se démarque, il dit les choses et ne laisse pas indifférent. D’où son parcours, peu commun, à présent il vit son art comme il aime, il joue comme il aime c’est pourquoi Erica, il ne reviendra jamais dans le circuit traditionnel, il a trop souffert!!.Tant mieux pour lui, (dommage pour nous certes) car quel virtuose, quelle sensibilité musicale!!!…..je l’ai vu et entendu, avant son changement de direction, dans le 5é concerto de Beethoven : Hallucinant…bouleversant…il porte la musique de Beethoven dans sa chair, dans ses muscles, dans son ADN…il en est si proche, c’est une évidence car il exprime et restitue, dans son jeu cette plénitude d’amour qui résonne dans toutes les oeuvres Beethovéniennes. Il ne manquait, ce soir là que le prodigieux Carlos Kleiber à la direction!!!
Plus nous avançons dans l’émission, plus le personnage est fascinant et plein de surprises. Il nous a offert un magnifique programme musical, reflet de sa personnalité. Merci au” Grand illustrateur sonore ” comme il se définit à présent.

5 marie-alsace, le 23 juin 2011 à 22:53 :

Fabuleuse soirée offerte par FR.Duchâble et A.Carré à la cité de la musique à Strasbourg, hier soir. Cet échange entre le pianiste et le récitant/acteur nous a fait voyager au grès des œuvres jouées par FR.Duchâble et nous a fait partager les rencontres de Liszt avec d’autres musiciens et poètes. Ce fût un enchantement, il y a une telle complicité entre les deux artistes. Nous quittons avec plaisir le monde d’aujourd’hui, pour aller se balader et rêver. D’ailleurs dans les œuvres choisies, il y avait le poème de Lamartine « ” Ô temps ! Suspends ton vol… » Et puis FR.Duchâble met une telle intensité, une telle passion, une telle sensibilité dans son jeu, et A.Carré s’en fait l’écho avec ferveur. Je serais bien restée toute la nuit à les écouter. Pour rester avec le monde du piano, je viens d’écouter « en différé » l’émission avec S.Diluka. Très agréable moment passé avec une artiste qui recherche, au-delà de la technique, la quintessence de la création d’une composition musicale, par opposition à d’autres interprètes plus “limités à leur technique pianistique” (je crois, finalement que je n’ai pas beaucoup aimé le concert de Lang Lang …..) Elle l’a si bien évoquée avec Schumann mais aussi dans son interprétation de Grieg à Bergen et je suis bien contente d’avoir écouté cette pièce de piano.

6 kty, le 23 juillet 2011 à 11:56 :

François-René Duchâble est à la musique ce que Michel Onfray est à la littérature : un génie, empreint d’une rare lucidité , une intelligence allant à mach 3 , une intransigeance impétueuse,le même débit, ne pratiquant pas la langue de bois, vivant dans le monde d’aujourd’hui et non dans une bulle protectrice le protégeant de la souffrance d’autrui, une ascétique honnêteté, et puis cette incandescente passion …

7 denyse, le 31 juillet 2011 à 01:05 :

Je vous recommande ici les masters-classes données par FR Duchable une fois par an à l’Ecole Normale de Musique Cortot de Paris, devenues une tradition : le programme 2011/12 prévoit des séances les 5 et 6 mars 2012 (je n’ai pas encore le programme précis,mais il s’agit de l’étude des grands concerti de la période romantique)c’est gratuit, il faut aller au moins 1h avant le début, il y a la queue) ; il commente, illustre, joue la réduction d’orchestre,se livrant avec une énergie,passion,humour,un “bagout”étourdis-sants,ne laissant rien passer… Tout sauf ennuyeux,les élèves sélectionnés étant au plus haut niveau bien entendu.


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