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Christophe Malavoy devient Céline

Le 25 mai 2011 à 08:26 par Olivier Bellamy

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1. Certains acteurs “défendent” leur personnage avec une embarrassante ferveur d’avocat. Du coup, ils oublient d’être, ils plaident, et s’éloignent de la vérité. Sans une once d’ego, avec un furieux talent d’écrivain, Christophe Malavoy se glisse dans la peau de Louis-Ferdinand Céline, sans dissimuler ses zones d’ombre, sans l’excuser, sans le glorifier, sans l’expliquer. Il l’incarne. Du coup, l’écrivain maudit se révèle dans sa nudité, sa complexité, son génie, ses souffrances, et toute polémique devient vaine, déplacée, ridicule.
Dans son programme musical, il a fait, sans s’en rendre compte, l’éloge de la légèreté, de la grâce. Il nous rappelle que l’art est un don de soi où la vanité n’a nulle place. Que la recherche du bonheur est une “fausse route”. Vous voulez être “heureux” ? Cessez de rechercher le bonheur ! Vivez ! Un ange passe.
2. Les pianistes célèbres sont-ils heureux ? Pas sûr. Boris Berezovsky nous a dit à la fin de l’émission qu’il lui était agréable de parler des pianistes qu’il aime. Sous-entendu : plus que de jouer. Le don de soi n’est pas chose facile, ce n’est pas une sinécure. A la question : “Pourquoi certains pianistes fascinent-ils plus que d’autres ?”, Ivo Pogorelich avait répondu : “Tout est une question de regard, d’attitude.”
3. Le père de Mendelssohn ne s’est pas converti au protestantisme “pour ses affaires”, mais pour s’intégrer, lui et sa famille, dans la société allemande. Il a même abandonné la banque après sa conversion. Felix Mendelssohn a été plus luthérien que de raison, avec la rage des convertis. Ce sont les nazis qui, en interdisant sa musique, l’ont ramené à ses origines.
Voici son programme :

3 Madeleines
- Casse-noisette de Tchaïkovski
- La musique du film de Jour de Fête de Tati.
- La valse n°9 de Chopin.

5 Classiques:

- Aïda Acte 2 - Gloria all Egitto
- Johann Stauss Polka d’Anne. Op 117
- Benjamin Britten Simple Symphonie (1er mouvt )
- Laudatum des Vêpres solennelles de Mozart par Barbara Hendrix

La vie : JS Bach Concerto pour violon en sol mineur BWV 1056 Largo
La mort : Prologue Sept paroles du Christ de Charles Gounod
L’amour : Nocturne n°2 de Chopin

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Il y a 12 commentaires pour cet article :

1 Lily, le 25 mai 2011 à 12:57 :

Quelle belle surprise que ces 7 dernières paroles du Christ de .. Charles Gounod, et dirigées par le Maître Michel Corboz.
Auront-elles l’effet magique de faire revenir Monique Courtaut sur le blog ?

2 Samuel Rosenfeld, le 25 mai 2011 à 18:57 :

Aaaaaaaaaah Céline! Le deuxième écrivain préféré de Samuel Rosenfeld, juste derrière Albert Cohen: “On est puceau de l’Horreur comme on l’est de la volupté”…

3 Eliane, le 25 mai 2011 à 20:16 :

Moi aussi…. avec également Gabriel Garcia Marquez “Cent ans de solitude” autre chef d’oeuvre….
J’ignorais cette passion de C Malavoy pour Céline, quelle heureuse surprise, un très bel entretien, très intéressant et enrichissant, je vais acheter son livre sans tarder pour les temps morts de l’été.

4 Renny, le 25 mai 2011 à 21:49 :

Je regrette seulement que Malavoy invoque “les souffrances” de Céline pour faire admettre son importance littéraire, face à ses détracteurs. Céline est un immense écrivain, c’est tout. Il suffit de le lire pour en être convaincu. S’il y a souffrance, c’est lui qui en parle le mieux, et à sa façon: son style, son oreille, sa musique, pas son histoire personnelle. Le lire! En parler après! (Malavoy dit très bien cela d’ailleurs). Mais la souffrance ne doit pas être un gage de respectabilité sociale, seulement l’objet de la compassion, et d’un combat contre elle. Un peu plus, et on la glorifierait, et sa compagne, la mort, avec elle! Etonnons-nous de vivre dans la morbidité!
Et n’oublions pas pour autant le petit tas qui remue encore, là dans le coin.

5 Livadiotti Roberto, le 25 mai 2011 à 23:03 :

Olivier a sans doute raison de dire que le père de Félix Mendelssohn ne s’est pas converti au christianisme luthérien pour le besoin de ses affaires,mais pour plus que cela.Il fait référence à l’échange de messages que j’ai eus avec Marie-alsace sur le blog précédent. Et comme je l’avais dit,F.Mendelssohn avait acquis la conviction d’un converti,puisqu’il a composé des oratorios. Au sujet de Céline,j’ai lu avec beaucoup d’intérêt son livre “Voyage au bout de la nuit” à une époque où je ne lisais plus beaucoup de romans,il y a quelques années.

6 marie-alsace, le 25 mai 2011 à 23:36 :

C.Malavoy a une vision de la vie et de la mort très personnelle. Si je me souviens bien (mais pas sûr), il a dit, à peu près, que l’on naissait pour mourir. Certes, personne n’est éternel, heureusement pour certain(e)s, cela serait dur à supporter !!!! (je rigole), mais entre la naissance et la mort, il y a de quoi vivre !!!! en essayant d’en profiter un maximum, au mieux somme toute. Renny, pourquoi la souffrance devrait donner lieu à de la compassion ??? à de l’empathie, peut être !!! Cela doit être mon côté “athée” !!!! (re-joke). Enfin, comme je me sens une envie de couper “les cheveux en 4″ ce soir, je me permets de compléter le commentaire d’O.Bellamy sur “The Mendelssohn family”. Selon ma “compréhension”, la conversion d’Abraham, le père de Félix, est un équilibre entre ses convictions religieuses et la possibilité de faciliter la vie de ses enfants, banquier étant une profession répandue chez les allemands de confession juive. Il a écrit à sa fille Fanny “nous vous avons éduqués,(…), dans la foi chrétienne parce que tel est le credo aujourd’hui des gens les plus civilisés.” Subtile, je trouve. Pour le reste des commentaires (”la rage des convertis”) j’aurai bien un petit commentaire mais j’ai peur que certain(e)s le trouve déplacé.. mon humour est parfois un peu trop caustique…..donc je respecte son avis.

7 marie-alsace, le 25 mai 2011 à 23:45 :

punaise, “j’aurais” et “trouvent” bonne nuit

8 Renny, le 26 mai 2011 à 11:02 :

Chère Marie, j’emploie le mot “compassion” dans son sens étymologique: souffrance avec. Surtout pas comme pitié ou commisération. Je n’en trouve pas d’autre, et il n’est pas parfait non plus. S’il y en avait un qui relie sensibilité et rage à la fois, c’est celui que j’emploierais. S’il existe, suggérez-le moi vite.
Quand à l’”empathie”, je n’y crois pas une seconde, c’est un mot vide, car jamais éprouvé par personne, sauf méconnaissance de soi ou hypocrisie. C’est peut-être ce qui nous sauvera: haïr la souffrance. On peut avoir la force de la supporter pour soi-même, on peut accompagner et aider les souffrants, mais jamais s’y “com”plaire.

9 Dominique, le 26 mai 2011 à 13:39 :

” Schopenhauer opte pour la bonne distance […] Cette bonne distance, il l’appelle politesse. Il est bien clair qu’il en va ainsi de nos rapports avec autrui : trop de proximité nous fatigue, nous use et augmente l’entropie ; trop de distance nous isole et l’on souffre de sa propre compagnie, trop pesante. Un grand pas vers la lucidité est fait lorsque l’homme prend conscience que l’être humain est un animal qui n’est fait ni pour vivre seul, ni pour vivre en groupe. Or le groupe commence avec l’autre. Il suffit d’un seul, et c’est déjà la communauté, avec toutes les douleurs que cela suppose. […] Et il sera plus sage encore de savoir qu’il y a moins de souffrance, dans l’économie des plaisirs et des peines, à préférer un excès de solitude à une exagération des rapports avec autrui.”
(M. Onfray)…

10 marie-alsace, le 26 mai 2011 à 18:43 :

Renny, il est effectivement difficile de trouver un mot ou une expression. Effectivement j’associe la compassion à la pitié (dont acte) et l’empathie, à l’écoute et au respect.

11 Renny, le 26 mai 2011 à 20:43 :

Nous sommes d’accord, Marie. Ces mots ont perdu leur sens fort, et se diluent dans le langage commun et aplati. Mais ce n’est qu’une petite querelle pas nécessairement passionnante pour tous! Amitiés.

12 marie-alsace, le 26 mai 2011 à 22:14 :

un échange, Renny….Bonne soirée


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