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Costa Gavras, étrangement prophétique

Le 18 mai 2011 à 10:13 par Olivier Bellamy

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L’émission avec Costa Gavras ayant été enregistrée avant le « coup de tonnerre » de l’affaire DSK, la manière dont le réalisateur d’origine grecque (sic) parle de la différence qui existe entre « ce qu’on croit et ce qui est » prend un sens étonnamment prémonitoire. Autant en parler puisque cela nous obsède tous.
Il ne s’agit pas d’évoquer le fond de l’affaire puisque, ainsi que l’a justement dit Martine Aubry « tout ce qui est dit est inutile puisqu’on ne sait pas ce qui s’est passé ».
Les commentaires sur cette affaire sont bien étranges. Ceux qui évoquent les frasques sexuelles du directeur du FMI ont l’air de dire de manière assez odieuse : « Il n’y a pas de fumée sans feu » ou « Qui a bu boira », etc. Or on ne sait pas ce qui s’est passé dans cette chambre, pour l’instant. Ceux qui disent : « Je connais Dominique depuis longtemps, il est incapable de violence » font penser à ces témoignages de voisins incrédules et sidérés après qu’un père de famille est accusé d’avoir tué toute sa famille. « Il était si gentil, jamais on n’aurait pu imaginer… »
Pleurer publiquement sur le malheur d’un homme est indigne si ce qui lui est reproché est vrai. Et l’accuser avant qu’il ne soit jugé est tout aussi indigne puisque cela bafoue l’esprit sacré de la présomption d’innocence.
Pour moi, cela rappelle l’affaire Cantat. Je m’étonne que personne n’ait fait le rapprochement. Il y avait ceux qui disaient qu’il était violent et que ça devait finir comme ça, et, de l’autre, ceux qui ne pouvaient pas y croire. Sans entrer dans le détail de l’histoire, c’est l’affaire des juges ou des jurés, on ne peut s’empêcher d’être frappé par la différence entre la justice américaine et la justice française, les médias américains et les médias français.
Beaucoup, ici, ont été choqués par les images d’un DSK mal rasé, épuisé, le regard fermé. On n’a pas l’habitude de voir cela chez nous où les caméras n’entrent pas dans le prétoire. Pourtant, on a pu voir la vérité d’un homme, juger par soi-même, sans se contenter d’un commentaire journalistique. Ces images sont traumatisantes, mais elles sont implacables.
Le système américain nous paraît brutal. Il l’est. Mais en même temps, quelle rapidité dans l’enquête, et quelle rigueur : pas de quartier VIP, tout le monde à la même enseigne. Et ce juge qui n’instruit pas à charge, là-bas, mais qui joue le rôle d’arbitre entre la Défense et l’Accusation. Evidemment, il y a la caricature du système américain, les tabloïds, le puritanisme, l’addition hallucinante des peines, etc. Mais la chose s’est passée chez eux : ils sont les maîtres du jeu. Leur système n’est pas meilleur ou pire que le nôtre, il est différent, car leur histoire est différente. Certes, nous n’avons pas de leçon de démocratie à recevoir d’un pays qui condamne la fellation et met les armes en vente libre, mais la différence de morale entre nos deux pays nous pousse à réfléchir sur l’hypocrisie de nos mœurs, tout autant que sur les leurs.
On a beaucoup parlé, ces derniers temps, du pouvoir des hommes politiques. Je retiens une réplique du Président, le film d’Henri Verneuil (dialogues d’Audiard) : lorsqu’un ami d’enfance lui demande d’intervenir en sa faveur en lui disant « Mais tu peux tout ! » Jean Gabin répond : « C’est précisément pour cela que je ne peux pas tout me permettre. »
Voici le programme de Costa Gavras :

Mikis Theodorakis : Z
5 musiques classiques :

- Brahms : dans hongroise n°1 pour violon et piano
- Handel : Water Music allegro
- Vivaldi : concerto pour violon, mandoline et violoncelle RV 558
- Verdi Forza del destino : ouverture
- Brahms trio n°3 Op 8 Allegro Molto
- Granados : le Goyescas par Karajan Intermezzo

3 Madeleines :

- Les Platters « Only you »
- Chanson Kiss Me Kate « embrasse moi chérie » de Cole Porter
- Une musique grecque

La vie :
« Paris s’éveille » de Jacques Dutronc Paris

L’Amour :
Beethoven : sonate pour violon et piano n°5 1er mouvement
La mort :
Malher : symphonie n°1 en RE M 3ème mouvement

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Il y a 23 commentaires pour cet article :

1 Itié, le 18 mai 2011 à 10:56 :

La musique de Théodorakis me rapelle l’époque où de nombreux grecs avaient émigré à Paris lors du putsch des colonels . Une ambiance extraordinaire pendant un concert Théodorakis à Bobino ! Une joyeuse jeunesse ( pour nous ).
Ce qui choque dans l’histoire DSK , de mon point de vue , c’est l’omerta qui règne dans la presse , qui ne diffuse que les informations qu’elle veut bien ( voir Mazarine et peut-être bien d’autres affaires ).

2 Renny, le 18 mai 2011 à 11:30 :

Très bel invité.
Un esprit ordonné, clair, sans concession, mais doux. Un homme qui sait ce qu’il veut. Un réalisateur magnifique, classique et inclassable à la fois. Une oeuvre artiste, où les idées politiques sont servies par des histoires sensibles et belles. Un homme libre, qui rend un hommage, ô combien important,à une France d’époque qui lui a donné, sinon le sens de la liberté, mais le sentiment que la liberté peut exister, et permis de s’en servir pour la défendre. Et un homme qui place le devoir de gaîté, de joie, au coeur de la vie quotidienne. Une trilogie, vie, mort, amour, très inspirée, parfaite. un éloge de la musique joyeuse, énergique, dynamisante, le programme en atteste.
Petit regret. Olivier Bellamy l’a toujours ramené vers le cinéma et la musique de film - c’est naturel - mais il a dû sentir comme nous qu’il avait beaucoup à dire sur la musique classique (et éventuellement les musiques traditionnelles). Partie remise, OB-One?

3 Françoise (40), le 18 mai 2011 à 12:07 :

D’abord étonnée de votre commentaire sur DSK … Je ne peux malgré tout ne pas y réagir. Ne connaissant absolument pas DSK - je n’ai jamais entendu le concernant que sa relation extra-conjugale au sein du FMI - je ne me permettrai donc pas d’être « odieuse », mais après avoir entendu des langues qui se délient … maintenant !, je pourrais dire « à force de jouer avec le feu … »
La différence entre la justice américaine et la justice française, elle est de taille ! Les victimes ne deviennent pas les coupables et/ou vice-versa. Les affaires sont jugées rapidement, etc. Une femme violée, agressée, on prend sa plainte très au sérieux, sans essayer de voir avant tout si elle n’a pas été provocante, etc.
Quant au fait que l’on ait pu voir toutes ces images avant qu’il ne soit reconnu coupable, c’est vrai que c’est un peu brutal. Mais cela s’est passé aux USA. C’est donc leur système qui doit être appliqué. N’en déplaise …
L’addition des peines ? Pourquoi pas ?
Pas de quartier VIP ? Peut-être, mais quand même quelques « privilèges » dont il dispose probablement parce qu’il n’est pas encore jugé ! Normal, sans doute.
Le pouvoir des hommes politiques, eh oui, certains en ont abusé, en abuse et en abuseront encore. La réplique de Gabin dans le film de Verneuil, c’est déjà loin … Les choses évoluent. Et pas toujours dans le bon sens. Malheureusement.

Itié, je suis d’accord avec vous. Mais après avoir entendu un débat de journalistes sur le sujet hier soir, ceux-ci faisaient état du fait qu’ils ne pouvaient pas tout dire n’ayant pas les moyens financiers pour se défendre, on peut les comprendre !
Un programme musical plaisant.

4 Françoise (40), le 18 mai 2011 à 12:08 :

… en abusent

5 Dominique, le 18 mai 2011 à 12:39 :

Il faut “profiter de la vie”, oui mais… “mettre de la vie dans les jours” comme le cancérologue cité par la vieille dame a bien dit cela ! La Musique est là comme exutoire ou comme espoir…
Monsieur Costa Gavras m’a émue dans son rapport à la mort : plutôt seul car obligé, inutile d’en rajouter pour ses proches, la souffrance est déjà suffisante… une belle leçon d’humanité supplémentaire que cette émission ! Merci.

6 Eliane, le 18 mai 2011 à 13:45 :

J’ai été profondément choquée (au sens de choc) par l’affaire DSK.
Le papier d’Olivier est bien écrit, il n’y a rien à ajouter : soit les faits seront avérés et c’est très grave, soit ils ne le seront pas, et c’est aussi très grave…….
Cinéaste très engagé, Costa Gavras est né en Arcadie, dans le Péloponnèse comme ma mère, il n’en fallait pas plus pour que j’aime plus que tout son cinéma et les combats qu’il y dénonce……
Mikis Theodorakis ( noms de mes deux sereins quand j’étais enfant) compositeur et penseur grec, un extrait des plus connus de musique baroque avec les” Water music” de Haendel, tout aussi connu et pour le plus grand plaisir de Samuel (hi hi)Verdi et sa Force du destin……Puis l’univers Brahmsien avec le 1er trio opus 8….
et puis …….
Une pensée émue pour ma mère, perdue dans son monde et qui esquisse un sourire quand je lui fais entendre, non pas le concerto de cor de Mozart joué tant et tant par mon père n non mais cette musique qui lui rappelle ses racines…..
http://www.youtube.com/watch?v=lF3zt_Gj3uk
Me Polla filotita…………

7 Lily, le 18 mai 2011 à 13:57 :

Il m’a émue aussi Dominique de l’avoir dit ainsi sans détour.
J’ai savouré cette émission et trouvé les propos de Costa Gavras intelligents, posés, et sincères.
Avec l’Aveu et bien sûr Z , c’est son film Music Box qui m’a captivée.
Sa Très belle trilogie a été commentée avec justesse.

8 Françoise (40), le 18 mai 2011 à 15:29 :

Chère Eliane, qu’ils sont doux et touchants vos mots relatifs à votre maman … Son sourire est peut-être la plus jolie réponse qu’elle puisse vous faire ? Courage tendre amie.
Françoise

9 Dominique, le 18 mai 2011 à 16:08 :

Jolie mélodie, Eliane, empreinte de tendresse comme celle que l’on éprouve pour sa maman. Bien à vous.

10 c.holdrinet, le 18 mai 2011 à 16:40 :

Absente encore, je n’ai pu entendre Costa Gavras dont les films nous ont tous marqués bien sûr.

Vous parlez si tendrement de votre Maman, Eliane, c’est si “doux”, comme le dit Françoise. La mienne, âgée, a fait un grave AVC, il y a quelques semaines. C’est la raison de mes éloignements fréquents.
un peu “perdue dans son monde”, elle aussi, mais, gardant de temps à autres suffisamment de lucidité pour demander des nouvelles de ses arrières petits enfants.
La musique pour la vôtre, les tout petits pour la mienne, des fils fragiles qui les retiennent parmi nous. Mais tout cela est si douloureux. Et pourtant, leur sourire aussi discret soit-il, nous donne l’espoir d’un instant de bien être dans leur désarroi. Peut-être chère Françoise.

Je serai là pour un prochain rendez-vous nocturne Eliane, à l’écoute, pour moi, de C.Gavras, et de “Forza del destino”, loin de Ravenne…

Pardon de m’être épanchée, ce sont ces liens dont on parlait récemment, les nôtres.
Claudette

11 Françoise (40), le 18 mai 2011 à 16:56 :

Toute ma sympathie chère Claudette dans ces moments difficiles. Ne vous excusez pas. Ainsi que vous le dites, ce sont “nos liens”, ceux que nous avons réussi à créer sur ce blog.
Je vous fais une grosse bise.
Françoise

12 marie-alsace, le 18 mai 2011 à 18:10 :

Le respect de l’être humain, et ce quelque soit sa faute, est la meilleure façon de respecter les victimes. Exhiber DSK ou d’autres, à la vindicte médiatique est pitoyable mais c’est bien aux USA que « le people » est à son zénith……..Quant à la justice américaine !!!!!! c’est comme leur système de santé et de protection sociale, je préfère largement être en France ou même dans quelques pays de notre vieille Europe, même si….En tous les cas, la comparaison entre les juges français et US est (disons) un « tantinet incomplète » (ah ces journalistes !!!!!) “:-)” Les procédures et l’esprit des justices, française et américaine, sont tellement dissemblables. Sur ce, l’affaire DSK ne me préoccupe pas plus que cela, il y a bien plus grave, c’est plutôt pathétique, isn’t it. Pour revenir à Costa Gavras, je suis une adepte de ses films, je partage les idées de Renny sur l’homme, la description est parfaite, il n’y a rien à ajouter.

13 Livadiotti Roberto, le 18 mai 2011 à 19:14 :

C’est juste ce que vous dites,marie-alsace,au sujet de la justice américaine et de leur protection sociale inégalitaire,bien que je ne me soucie pas trop de ce qui arrive à DSK!Je lui souhaite de s’en tirer le mieux possible,sauf s’il est vraiment coupable de viol.Quant à Costa-Gavras,j’ai trouvé son discours et ses choix plutôt intéressants.

14 Renny, le 18 mai 2011 à 19:44 :

Méliane, Claudette, et peut-être d’autres parmi vous, vous partagez un bien lourd fardeau d’inquiétude filiale, merci pour l’expression de votre tendresse.

15 Dominique, le 18 mai 2011 à 20:34 :

Claudette, je pense à vous aussi… La tendresse pour cette maman qui nous a portée est inestimable et le soutien à lui apporter quand elle devient fragilisée, indispensable. Je connais votre force à toutes et vos mamans le savent bien mieux encore. Bien amicalement.

16 Eliane, le 18 mai 2011 à 20:59 :

Françoise, Claudette, Dominique et Renny : je vous embrasse, vous ne pouvez pas savoir combien vos mots me touchent. Merci du fond du coeur.

17 c.holdrinet, le 18 mai 2011 à 21:02 :

Vos chaleureuses pensées sont un soutien précieux qui aide à tenir bon tout au long de cet accompagnement difficile pour tous ceux d’entre nous qui le vivent ou l’on vécu.
Je remercie de tout coeur, chacun de vous.

Claudette.

18 c.holdrinet, le 18 mai 2011 à 21:04 :

” l’ont vécu”…

19 Anne., le 18 mai 2011 à 23:11 :

Une petite anecdote à propos de nos mamans perdues dans leur monde : la mienne, maintenant disparue, chantait un jour, dans un moment de lucidité: “Plaisir d’amour ne dure qu’un moment”. Elle s’est interrompue et a ajouté: “Le reste, je ne chante pas, c’est trop triste!” Cela prouve que, malgré leurs absences, nos mamans continuent d’être là et qu’elles ont besoin de nos sourires, de nos paroles et de nos regards! Dur chemin à parcourir que ce chemin de la vieillesse….

20 Anne., le 18 mai 2011 à 23:14 :

Choquée comme vous Eliane par ce” battage” médiatique autour de DSK! S’il est coupable, quel destin que celui d’un homme promis aux plus hautes fonctions et qui voit son avenir s’écrouler….
Magnifique chanson de Dutronc :”Paris s’éveille” pour évoquer la vie!

21 Anne., le 18 mai 2011 à 23:35 :

Il est clair aussi que s’il est coupable des faits qui lui sont imputés, la destinée de sa victime a quelque peu basculé aussi….

22 Itié, le 09 juin 2011 à 18:22 :

L’émission du 18 mai fut hélas la dernière . Renny a souhaité qu’il revienne, et non , c’est fini …Que le poête repose en paix .

23 Renny, le 09 juin 2011 à 18:32 :

Aujourd’hui? Quelle tristesse, quel regret…


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