Accueil  >  Jennifer Larmore, la vie, et Josette Samson François, l’énergie

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1. Née à Atlanta, la ville de Scarlett O’Hara, la mezzo-soprano Jennifer Larmore a commencé sa carrière en France au terme d’une solide formation musicale et scénique comme seules les chanteuses américaines en sont pourvues. Dotée d’un timbre d’une grande beauté, d’une colorature parfaite, elle possède aussi une énergie et un tempérament époustouflants. Elle a particulièrement marqué les rôles rossiniens. Celui de Rosine du Barbier de Séville, qu’elle a interprété près de cinq cent fois dans tous les théâtres du monde et auquel elle a prêté une rouerie irrésistible, celui de Cenerentola, car la bonté du personnage lui est naturelle, et Isabella de L’italienne à Alger, dont l’autorité et l’abattage ne lui posent aucun problème. Les amateurs de raretés lui sont redevables de jolies découvertes. De Monteverdi à Berg, elle a excellé partout. La rencontrer a été un moment de joie.
2. Cette joie s’est obscurcie dans la soirée lorsque j’ai appris la disparition de Josette Samson François, la veuve du grand pianiste. Ceux qui vont souvent au concert ont certainement remarqué ce petit bout de femme aux yeux vifs, au verbe cinglant, au rire clair car elle allait partout. Chez elle, on pouvait croiser Evgeny Kissin, Hugues Gall, la contrebassiste Joëlle Léandre, Madeleine Milhaud, Juanita Argerich (la maman de Martha), le pianiste de jazz Martial Solal et des personnages aussi farfelus que talentueux du monde entier. Elle aimait faire se rencontrer des personnes qu’elle estimait, sans en tirer aucun profit personnel, avec un talent incroyable des relations publiques.
Quand un journaliste lui a demandé un jour qui il considérait comme un génie, Samson François a répondu : “Mozart, Sidney Bechet et ma femme Josette.” Elle était aussi très belle, de père indien et d’une mère professeur de piano, proche d’Alfred Cortot. Son grand coeur, son nom et son énergie inépuisable, elle les a mis au service de la musique et des jeunes musiciens. Non seulement son goût était très sûr - elle savait repérer les vrais musiciens, les vraies natures et vitupérait les vedettes gonflées par le système et la publicité - mais son honnêteté était sans faille. Elle n’avait pas sa langue sa poche et parlait vertement aux puissants, sans ménager les lâches et les imbéciles. On était fier d’être son ami même si son caractère intransigeant n’était pas de tout repos. C’était une véritable originale, drôle, indépendante, exigeante, sans l’once d’un calcul ou d’une compromission. Elle tirait le diable par la queue mais dépensait sans compter pour soutenir un talent auquel elle croyait. Il y a dix jours encore, elle me téléphonait, malgré sa santé déclinante et son coeur fragile, pour défendre une pianiste de très grand talent qui traversait une passe difficile. Toute son énergie était dirigée vers les autres, vers le talent, contre l’injustice. Elle me faisait penser à Juanita Argerich, dont elle était très proche. Elle va beaucoup nous manquer.
Voici le programme de Jennifer Larmore :

3 Madeleines:

1. The Beatles song HELP

2. Traviata SEMPRE LIBRA

3. Edith Piaf singing “je regrette rien”

Classical Music

1.The opening of the “Misere C Minor” of Jan Dismas Zelenka as performed by
the Baltasar-Neumann Ensemble and Choir with the fantastic Thomas
Hengelbrock conducting on Deutsche Harmonia Mundi.

2. Final trio of Strauss’ DER ROSENKAVALIER–

5. “In the Fields” by
John Duke, sung by me on my cd, MY NATIVE LAND

. La vie: Morgen by Richard Strauss

L’amour
1. “Je ne t’aime pas” by Kurt Weill sung by me on my CD “Jennifer Larmore
in Recital” from VAI.

3. La mort: Ich bin der Welt Abhanden gekommen from Gustave Mahler’s

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Il y a 3 commentaires pour cet article :

1 Renny, le 02 mars 2011 à 03:42 :

Jennifer Larmore. Je connais mal cette chanteuse, entendue sur cd dans quelques airs rossiniens seulement. Elle a un timbre particulier et reconnaissable, qui d’ailleurs ne doit pas plaire à tous, la singularité et le vibrato un peu marqué ne faisant guère partie du monde lyrique actuel très lisse et sans relief, où seule compte la virtuosité “époustouflante”. Pour cette dernière qualité, elle ne doit rien à personne. Quel charme( un peu travaillé, ou alors est-ce l’élégance “naturelle” de la Sudiste?) dans son rire très chanté, aux graves tantôt cristallins tantôt veloutés, curieusement proche de celui de Jessye Norman! Quel enthousiasme plein de fraîcheur pour son métier et sa chance! Quelle générosité dans sa conception du rôle de “maîtresse de class”! Superbe. Petite fausse note: le passage sur la crise illustré par l’impossibilité de vendre sa propre maison de Chicago, on s’en ficherait un peu…Plus intéressant: les difficultés actuelles des maisons d’Opéra, mais pas seulement américaines, Jennifer!
Joli programme musical, avec les grandes copines dans l’immortel trio du Chevalier, le Zelenka original, la mélodie américaine.

Et cette francophilie toujours si agréable chez les grands étrangers: voir Villazon, Dame Felicité…

Vraiment adorable.

Renny

2 Itié, le 02 mars 2011 à 12:20 :

Qui donc a rédigé la grille du programme du jour ? Un pivert ? une personne souffrant de Parkinson ?

3 Jacqueline SCHAEFFER, le 07 mars 2011 à 00:55 :

Merci, Olivier Bellamy, d’avoir parlé aussi justement de Josette Samson François, femme de grand coeur qui a tant fait pour les musiciens. Le cimetière ensoleillé l’était encore plus par la chaleur de ses amis.
Salut à la grande dame !
Jacqueline Schaeffer


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