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Agnès Letestu, étoile assoluta

Le 30 novembre 2010 à 10:18 par Olivier Bellamy

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Qu’il est long, difficile, escarpé le chemin qui conduit au firmament du ballet de l’Opéra de Paris, la plus belle compagnie de danse au monde. Agnès Letestu l’a gravi avec courage, mais possède l’élégance (et la réserve consubstantielle à l’esprit de troupe) de ne pas s’appesantir sur les obstacles qu’elle a pu rencontrer. Quand on est danseuse étoile, on se doit de montrer que tout est facile, simple, naturel : cela fait partie de la magie du spectacle.
Et puis, elle nous a glissé une confidence. Un jour, un danseur du corps de ballet est tombé, face contre terre, pendant la représentation, alors qu’elle était sur scène. Que faire ? Courir pour le secourir ? Ou continuer quoi qu’il arrive ? La réponse a claqué en musique, par la voix de Freddie Mercury : “The Show must go on”. Les âmes sensibles et délicates s’en émeuvent. N’est-ce pas un signe d’insensibilité, incompatible avec l’esprit de l’art ? Ceux qui ont vu “French Cancan” de Jean Renoir ne s’en étonnent pas. Cela fait partie du jeu, même si c’est un jeu parfois cruel. Le déroulement d’un spectacle ressemble parfois au Débarquement sur la plage d’Arromanches : celui qui est en première ligne doit avancer coûte que coûte, même si ses camarades tombent autour de lui, sous la pluie des balles et des obus. La victoire est à ce prix. Dans un documentaire qui lui était consacré, Karl Lagerfeld ne disait pas autre chose : “La mode fait rêver le monde entier, mais c’est aussi un monde dur. On n’oblige personne à y entrer et personne n’y est indispensable.” Vous hésitez, vous reculez, dix personnes sont prêtes à prendre votre place. C’est ainsi. On ne devient pas Rudolf Noureev ou Margot Fonteyn avec de bons sentiments. Il faut savoir ce qu’on veut. Ce qui ne signifie pas que l’on est un monstre. Chercher à écraser l’autre ne marche pas, car il s’agit d’une aventure collective. Mais à chacun son rôle. Les étoiles doivent briller sans cesse, sinon rien ne vous empêche de réintégrer la nuit bienfaisante du corps de ballet… La carrière d’une danseuse étoile est courte. A quarante-deux ans, vous êtes à la retraite. Vous pleurez deux fois : le soir où vous êtes nommée étoile et le soir au cours duquel vous faîtes vos adieux. Entre les deux, il faut tenir, durer, endurer, souffrir, subir, et vous consumer dans l’allégresse de 19 h 30 à 22 h. Agnès Letestu nous a raconté les derniers moments de la carrière de Rudolf Noureev : épuisé par la maladie qui le rongeait, alité sur scène, livrant ses indications de chorégraphe tout en économisant ses forces, mais avec la même lueur dans les yeux qu’à ses débuts, la même rage de vaincre, galvanisé par les feux de la rampe jusqu’à son dernier souffle. On ne devient pas artiste. On l’est jusqu’à la dernière goutte de son sang, ou l’on va planter des choux.
Voici son programme :
- Lac des cygnes.
Madeleines:
-Chopin prélude en ré mineur (n° 24)
-Queen “show must go on”
-Chopin 2e mouvement du 2e concerto pour piano
Programme
-Sonate de Liszt pour piano en si mineur ( avec Martha Argerich )
-(Chopin Grande Polonaise brillante op.22
-Edvar Grieg concerto pour piano en la mineur 2e mvt Adagio
Mélodies d’amour :
-Schubert:trio Opus 100 D929 (andante con moto)
-Sergei Rachmaninov concerto pour piano et orchestre n°2 en ut mineur op.18
3/Allegro Scherzando (Richter)

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Il y a 6 commentaires pour cet article :

1 Eliane, le 30 novembre 2010 à 12:09 :

Nous devrions intervertir les rôles, que dire après un aussi beau papier qui résume si bien le parcours de l’étoile!! Bravo Maestro même si vous m’avez “piqué” une métaphore……
Agnès Letestu parle avec “passion” de SA PASSION, que demander de plus?
Exigence, discipline de fer et rigueur dans le travail quotidien, souffrance corporelle, jalousie, voire dureté en scène………tel est le lot commun de nombreux artistes pour accéder au plus haut niveau de leur art, pour devenir l’Etoile!! Toute rupture dans le rythme de travail se répercute dans le corps, c’est lui qui décide de tout (le traître) et met fin prématurément à une carrière.
Richter et Rachmaninov : que du bonheur!
Chopin et Liszt : même chose bien sûr, plus que le programme, c’est, à nouveau la personne qui a pris le dessus en nous captivant par ses propos.

2 Françoise (40), le 30 novembre 2010 à 13:09 :

Pas aimé Litz, pourtant interprété par la grande Martha !

3 Erica Roche, le 30 novembre 2010 à 19:03 :

Très agréable émission! Pourquoi ne pas inviter d(autres danseurs -Jose Martinez par exemple ou Karl Paquette (que j’ai beaucoup apprécié dans Le Lac des Cygnes)?La première fois que je suis allée au ballet à Paris au début des années 70, et donc avant l’arrivée de Noureev, c’était l’horreur totale - quelle métamorphose depuis! Quand je pense à quel point Claude Bessy a été vilipendiée pour sa dureté voir sa cruauté, alors que tout le monde sait à quel point la carrière d’un danseur est dure, un véritable sacerdoce. Maintenant nous pouvons voir le résultat époustouflant du travail des 2 car même le corps de ballet est sublime - et je suis très exigeante. J’ai beaucoup aimé le programme d’AL - y compris le Liszt, et je l’ai trouvée charmante et moderne!!

4 Maria, le 02 décembre 2010 à 10:15 :

Magnifique Agnès¡¡
Invitez d’autres danseuses, comme la nouvelle et belle Emilie Cozette¡¡¡

5 catherine Dubreuil dessinatrice, le 02 décembre 2010 à 21:00 :

Elle parle bien Agnès, de sa vie d’étoile de sa passion chevillée au corps, elle a la cohérence de son chemin ardu pour arriver au sommet et la simplicité de ceux qui ne trichent pas…d’ailleurs comment tricher avec son corps, elle est dedans et il lui permet de toucher le ciel pour nous et d’accéder à cet autre monde : celui des danseurs de haut niveau, des athlètes, des acrobates: de tous ceux qui savent de l’orteil au cheveux que tout , à chaque instant , ne tient qu’à un fil…

6 Claudine, le 09 janvier 2011 à 12:49 :

Je découvre aujourd’hui seulement les précédents commentaires concernant Agnès LETESTU ; preque tout est dit dans les propos d’Eliane, Erica et Catherine ! Les danseurs (notamment ceux de l’opéra de Paris) sont les artistes pour lesquels j’ai la plus grande admiration et pourtant, la plupart des gens ne les connaissent pas et pour cause, la télévision les ignorent trop souvent. Merci pour cette émission que j’ai écoutée plusieurs fois ; on aurait envie de rencontrer Agnès LETESTU et de parler de cette passion de chaque instant qu’est la danse et qu’il est si difficile de partager !!! J’ai également beaucoup aimé son choix musical. Alors, à quand d’autres émissions avec des danseurs de l’opéra ?


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