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Fellag ou se tenir les côtes pour rapprocher les coeurs

Le 13 novembre 2010 à 20:14 par Olivier Bellamy

  Olivier Bellamy reçoit Mohammed Fellag sur Radio Classique

Les madeleines avaient un parfum de fleur d’oranger en ce vendredi, jour du Prophète.

A propos de Prophète, une petite histoire, spirituelle dans les deux sens du terme :

“Le calife vient de mourir. Un mendiant s’assoit sur son trône. Le grand vizir ordonne aux gardes de se saisir de lui.

- Je suis au-dessus du calife, dit le mendiant.

- Tu es fou, dit le grand vizir. Au-dessus du calife, il n’y a que le Prophète.

- Je suis au-dessus du Prophète, dit le mendiant.

- Quoi ! Misérable ! Comment oses-tu ? Au-dessus du Prophète, il n’y a que Dieu.

- Je suis au-dessus de Dieu, répond tranquillement le mendiant.

- Blasphème ! hurle le grand vizir. Au-dessus de Dieu, il n’y a rien !

- Justement, dit le mendiant, je ne suis rien.”

Mohammed Fellag est né en Algérie française. Aujourd’hui, il vit en France, parce qu’il a craint pour sa sécurité, même s’il est une grande vedette de l’autre côté de la Méditerranée et même si le calme y est revenu. Par son humour, sa finesse, sa sensibilité et l’élévation de son esprit, il apporte beaucoup pour la compréhension et l’amitié des deux peuples aux destins étroitement liés, malgré les cicatrices, les peurs et les rancoeurs. Dans ce genre de situations, le silence est un poison et les mots font mal. Fellag a choisi d’en rire. Pas pour oublier, mais pour dissoudre les tensions et regarder vers l’avenir.

Ses spectacles devraient être vus dans les écoles. Espérons qu’il ne sera pas oublié lors de la commémoration du 50e anniversaire de l’Indépendance de l’Algérie, le 5 juillet 2012.

Une auditrice a été blessée quand j’ai parlé de “l’occupation française”. Il y a des mots qui rappellent d’autres situations. Chaque douleur est unique et rien n’est comparable. Mais on se doit de dire ce qui est, sans juger et sans culpabiliser à outrance. On peut aussi dire “disparu” ou “parti” pour éviter le mot “mort”, mais l’essentiel est de se parler, de libérer les coeurs pour mieux les rapprocher.

La très grande douceur de Fellag ont apporté à ce vendredi gris et pluvieux un rayon de soleil et un souffle d’humanité. Bon week-end à tous.

Voici son programme :

Madeleines

1/ Plaisir d’amour par Yvonne Printemps

2/ Djamal Allam, Gatlato

Musique classique

1/ Cintec de dragoste si joc, de Taraf de Haïdouks

2/ Chostakovich: (Allegro non troppo) Symphonie N°8 en do mineur

3/ Luigi Boccherini: Concerto pour violencelle N°9 (Rondo allegro)

4/ Chopin: Sonate pour violoncelle piano Opus 65 (Largo)

“Mélodies d’amour”

1/ Mozart: Petite musique de nuit (allegro) Claude Bolling ( Jazzgang A.

Mozart)

2/ I palami sou de Angélique Ionatos

3/ Léo Ferré, La mémoire et la mer

Concerto d’Aranjuez de Rodrigo par Naciso Yepes

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Il y a 10 commentaires pour cet article :

1 Geneviève, le 13 novembre 2010 à 21:28 :

A l’heure où certains vont à Vêpres, je me rends à Passion Classique et j’y entends avec des mots autres un discours similaire. On y parle musique mais également d’amour, d’humanité, de fraternité, de pardon,d’espoir, de la main tendue vers l’autre, de paix…Que ça sent bon la vraie Vie !
Il y a dans Passion Classique un supplément d’âme que l’on ne trouve nulle part ailleurs…un supplément d’âme que je “goutte à goutte”…
Vous semez des graines de paix…elles germeront un jour…Leclerc, Vignault et Charlebois l’ont chanté! Du fond du coeur Merci ! Geneviève

2 Geneviève, le 13 novembre 2010 à 21:32 :

Votre article est particulièrement touchant et MAGNIFIQUE ! Merci Olivier !

3 marie - alsace, le 14 novembre 2010 à 00:29 :

et à toutes (le week end) Un jour heureux, bienvenue dans la “liberté” pour Aung San Suu Kyi…en espérant qu’elle puisse l’apprécier à défaut de pouvoir s’exprimer
cela fleurait bon la méditerrannée cette émission

4 Françoise (40), le 15 novembre 2010 à 20:06 :

Monsieur FELLAG, plutôt sympathique.
J’aime bien la (jolie) musique orientale. Ce soir, celle choisie ne m’a pas emballée.
Quant à la Symphonie n° 8 de Chostakovich, mes oreilles ne supportent vraiment pas.
Une jolie fin avec le Concerto d’Aranjuez.
Bonne soirée à tous.

5 Livadiotti Roberto, le 16 novembre 2010 à 16:46 :

Comme vous dites,Françoise,personnage sympathique,mais choix musicaux très peu intéressants.D’ailleurs je n’ai pas l’habitude d’intervenir dans ce blog lorsque l’émission ne m’a pas intéressé.Là,c’est seulement pour vous répondre et pour ajouter que mes oreilles n’ont pas supporté,comme les votres,la symphonie de Chostakovitch.

6 c.holdrinet, le 16 novembre 2010 à 18:25 :

Belle émission, riche en effet d’humanité,
de sensibilité et d’intelligence.

Je ne vais pas me fâcher avec le seul membre de la gent masculine qui nous reste, mais tout de même,”choix musicaux
très peu interessants”: j’ai beaucoup de mal comme vous avec cette symphonie de Chostakovich, mais c’est notre problème, notre ressenti. Cela ne nous autorise pas à dire que les choix musicaux des invités sont ininteressants.

7 Françoise (40), le 17 novembre 2010 à 19:05 :

Chère Claudette, SI je disais “très peu intéressants”, ce ne serait QUE “mon” … ressenti. Il me semble que cela pourrait être aussi le cas de mon ami Roberto.
Très amicalement.
Bonne soirée à tous.

8 marie - alsace, le 18 novembre 2010 à 00:02 :

Si je puis, je vous conseille la lecture de l’ouvrage de Solomon VOLKOV “Chostakovitch et Staline” . Vous le lisez et ensuite vous réécoutez les oeuvres du compositeur. Un extrait et commentaire de l’éditeur - ” La musique illumine les hommes et leur donne leur dernier espoir ; Staline lui-même, ce boucher, le savait. ” Ainsi parla le compositeur russe Dmitri Chostakovitch, que ses premières œuvres, dans les années 1920, avaient désigné comme l’enfant prodige de l’avant-garde. Mais cette singularité même devait lui nuire dix ans plus tard, sous le régime stalinien totalitaire, dont les raisons de persécuter les artistes étaient si imprévisibles. Solomon Volkov - qui a collaboré aux mémoires de Chostakovitch, parus en 1980 en français sous le titre Témoignage - décrit de quelle façon cette meurtrière incertitude affecta la vie et l’œuvre du compositeur. Volkov, grand connaisseur de la vie culturelle en Russie soviétique, nous montre le ” fou de Dieu ” qui existait chez Chostakovitch : un homme qui disait la vérité et osait contester l’autorité suprême. Nous voyons comment le musicien a lutté pour rester fidèle à lui-même dans sa musique et de quelle façon Staline alimentait cette lutte, tantôt interdisant ses œuvres, tantôt les encourageant. Nous voyons comment certains des contemporains de Chostakovitch - notamment Mandelstam, Boulgakov et Pasternak - furent victimes des manipulations de Staline et de
quelle manière le compositeur échappa de justesse au même sort. Nous découvrons enfin quel prix psychologique il dut payer pour préserver ce que d’aucuns percevaient comme une réserve ne visant qu’à servir ses propres intérêts et d’autres comme une individualité qu’il avait raison de défendre.Compte rendu révélateur des rapports unissant un des plus grands compositeurs du vingtième siècle à l’un de ses plus impitoyables tyrans.

9 COURTAUTMonique, le 18 novembre 2010 à 16:24 :

Le quatuor Modigliani donne en bis une polka de Chostakovitch,j’ai aimé;la célèbre valse ,j’ai aimé;son opera Lady Macbeth ,je l’ai vu deux fois,pas par masochisme.Imaginons des conditions de vie aussi dures ,aurions -nous envie seulement de musiques jolies et joyeuses!
Nous avons beaucoup de chance dans notre Europe occidentale.Merci ,Marie,je vais le lire.

10 Lily, le 18 novembre 2010 à 18:38 :

J’aime beaucoup son 8ème quatuor à cordes qui est d’une grande force expressive. Galina, la fille du compositeur, raconte qu’après l’avoir achevé, son père a déclaré « je me le suis dédié à moi-même.
(la biographie de Krzysztof Meyer).
Merci Marie de nous avoir si bien parlé de l’ouvrage de Volkof sur ce grand compositeur.


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