Accueil  >  Fabrice Luchini : Baudelaire en vrille
Flux RSS

Fabrice Luchini : Baudelaire en vrille

Le 21 juin 2010 à 09:35 par Olivier Bellamy

Dès que Fabrice Luchini ouvre la bouche, on sait qu’on ne va pas s’ennuyer. Son ton déclamatoire et sifflant peut en agacer certains, mais mettre autant de passion pour réciter (par coeur) à la radio des vers de Baudelaire et convoquer tout à la fois Céline, Muray, Chrétien de Troyes ou Flaubert est plutôt un signe de bonne santé médiatique.

Bien sûr, lorsqu’il estime que Léo Ferré “fait du Ferré” en mettant Baudelaire en musique, on sourit en pensant qu’il pourrait tout aussi bien s’appliquer ce reproche à lui-même, mais faire le plein dans des théâtres en lisant des grands textes et mettre sa popularité au service des poètes ou des penseurs mérite les plus vifs éloges.

En musique, Fabrice Luchini est plus discret. Il avoue ses limites. On ne saurait lui en vouloir puisqu’il parle avec intelligence et feu de ce qu’il aime. Voici son programme :

Chopin : Barcarolle (Nelson Freire)

- - madeleines: Killy watch Johnny Hallyday

            Mathilde est revenue Jacques Brel

            Mozart concerto n° 21,mvt 2

- autres morceaux: Mozart Zaïde Sandrine Piau ou grand air de Pamina

                  Mozart requiem Karl Böhm « Lacrymosa »

Wagner : Tannhauser « O du mein Holder » (Fischer-Dieskau)

                  Carmen Callas

                  Duparc invitation au voyage Gérard Sousay

Claude Debussy : Harmonies du soir (mélodie)

                  L’Albatros (Baudelaire-Léo Ferré) par Léo Ferré

Lien permanent | Rétrolien

Il y a 14 commentaires pour cet article :

1 Eliane, le 21 juin 2010 à 23:47 :

C’est vrai, Luchini, soit il fascine, soit il irrite, tout dépend du contexte : plateau télé (avec spectacle à la clé) ou scène de théâtre. Pour l’avoir vu dans Céline, je dois dire mon admiration pour sa mémoire phénoménale, c’est hallucinant! Il en use d’ailleurs de façon parfois excessive en truffant toutes ses phrases de citations. Il aime la littérature plus que tout, il jongle avec les mots qu’il prononce d’ailleurs non sans une certaine “jouissance” et utilise toutes les figures de style à sa portée.Quant à son programme
j’aime beaucoup l’expression d’Olivier : question musique c’est plus discret. C’est le moins que l’on puisse dire mais il en a d’ailleurs parfaitement expliqué les raisons.Tout le monde n’a pas la chance de naître dans un environnement musical, je suis consciente de MA chance.
Que dire alors de son programme? je ne vais pas recommencer à faire l’éloge du concerto n°21, du requiem de Mozart, du grand air de Pamina ou de Maria Callas!! Vous ne m’en voudrez pas?
Johnny n’a jamais été ma tasse de thé même si je suis de la même génération que Luchini, je suis finalement bien ennuyée, reste Léo Ferré que j’ai beaucoup écouté et que j’ai vu sur scène lors d’ une de ses dernières apparition, sa mémoire lui faisant alors défaut, il tenait ses petits papiers entre les doigts, je garde cette image
émouvante dès que quiconque prononce son nom .
Voilà pour ce soir
Je vous laisse à vos rêves.
Amicalement
Eliane

2 TG, le 22 juin 2010 à 08:09 :

Je l’aime assez Luchini, parce qu’il n’est pas politiquement correct, parce qu’il est cultivé, peut-être même érudit, parce qu’il est impertinent avec tout le donneurs de leçons de salon (il y a en tellement). Quant à sa madeleine Johnny ! Que dire? : Johny est comme ce vieil oncle casse pied et vulgaire mais que l’on connaît depuis toujours, son mérite c’est qu’il est là dans notre paysage, un objet un peu kitch, une sorte de mauvaise imitation de tout ce qui est américain et en cela il est bien de chez nous… il fait partie du paysage et peut être qu’un jour il nous manquera ce viel oncle alcoolique qui nous a tant fait hausser les épaules. Après tout c’est peut-être cela son mérite.

3 JOUGLA, le 22 juin 2010 à 13:14 :

Lorsque Luchini ouvre la bouche, c’est pour
s’écouter parler. certes il est érudit mais on sait par avance qu’il va faire référence à Céline et Guitry etc…allant de citation en citation…Est-ce vraiment cela l’érudition ? Le savoir sans âme ? Luchini c’est un spectacle permanent. A la première représentation, il épate et puis…Le problème c’est que c’est toujours la même ! Impertinent avec les donneurs de leçons ? Mais il n’a de cesse d’en donner ! ! ! Il en donnerait preque postmortem à Léo Ferré…
Il n’a pas joué le jeu de l’émission: il a donné une énième représentation …OUi, c’était une fois de plus (de trop ?) “Luchini en vrille”…Olivier fût remarquable de patience et de délicatesse comme il le fût avec Alain Finckielkraut !!! Geneviève

4 Françoise (40), le 22 juin 2010 à 16:01 :

J’adore voir jouer l’acteur Fabrice Luchini et j’aime autant l’entendre parler. C’est vrai, cela devient souvent et très vite du spectacle, mais il est comme cela ! Et entendre si bien parler, c’est loin d’être désagréable … par les temps qui courent !
Ses choix musicaux m’ont, pour la plupart, bien plu.
Quant à Johnny, je rejoins TG dans son commentaire.
Bonne fin d’après-midi à tous.
Amicalement.
Françoise
P.S. Je n’ai pas eu l’impression qu’Olivier ait eu besoin de faire preuve de patience … Pas plus d’ailleurs qu’avec Alain Finckielkraut !

5 Erica Roche, le 22 juin 2010 à 17:01 :

Chère Françoise, tout comme vous j’adore aller écouter FL, même au point de pousser le vice à voir 2 fois le même spectacle, parce qu’en fait ce n’est jamais tout à fait la même chose.Son programme musical m’a bien plu dans l’ensemble (ce n’est pas tous les jours qu’on entend Duparc).Pour ce qui est de Johnny, j’ai déjà remarqué qu’il existe un genre de snobisme en France de la part des gens qui se considèrent “intellectuels” vis-à-vis de certains talents populaires de leur vivant. C’est le cas de Michel Audiard, très décrié de son temps et devenu très chic maintenant. Même chose pour Coluche. Alors, l’avenir nous dira pour Johnny…Je profite de cette occasion pour vous dire que je me retire dans mon smog natal pendant 2 petites semaines…Bonne continuation avec les émissions de PC. Je pourrais peut-être consulter le blog de là-bas. je vous embrasse tous.

6 Françoise (40), le 22 juin 2010 à 20:24 :

Bonnes vacances chère Erica. Je vous embrasse aussi.

7 Geneviève Jougla, le 22 juin 2010 à 22:31 :

Bonsoir Françoise,
Je voudrais nuancer mon propos. En effet, le “bien parler” est très agréable, mais entendre quelqu’un s’écouter parler comme FL le fait très souvent m’irrite.Je trouvais très joli de la part d’Olivier de comparer une partition de notes à une partition de mots mais Luchini dans sa “fulgurance modernissime” (Oh! la moqueuse!)n’a pas relevé. Dommage !
Quant à la patience, j’avoue, c’est sans doute moi qui en ai manqué…Cette émission est pour moi une conversation pas une interview. Olivier est plus dans la maïeutique que dans le questionnement, c’est plus intime, plus doux, plus humain, authentique. A.Finckielkraut comme Luchini sont restés dans leur monde, ont à la limite “caché” leur sensibilité derrière les mots, leurs mots.Je les ai ressentis comme figés dans leur intellect, passionnés tous les deux , tutoyant l’hystérie par moment.Mais ils sont coutumiers du fait l’un comme l’autre.Je suis très sensible à la voix humaine, à celle d’Olivier en particulier qui nous offre d’innombrables camaïeus d’émotion, d’attention, de sourire, de maîtrise, d’écoute. Voilà pourquoi j’ai parlé de patience; le terme est impropre; c’est plus de la retenue, de la délicatesse…
Le livre de François Jullien “Les transformations silencieuses” illustrent parfaitement la voix d’Olivier…ce pointillisme vocal de l’âme dont les nuances sont si ténues qu’elles en élargissent le champ (chant) d’interprétation.
Je vous embrasse et vous souhaite une très douce fin de soirée. Geneviève

8 Eliane, le 22 juin 2010 à 22:47 :

Oui Erica, j’ignore où vous allez exactement mais je vous souhaite d’excellentes vacances.
Je vous envoie une bise de Bretagne

9 Livadiotti Roberto, le 23 juin 2010 à 19:29 :

J’ecris,pas pour apprécier le programme de F.Luchini,mais surtout pour souhaiter de bonnes vacances à Erica et Jean Louis.

10 Françoise (40), le 23 juin 2010 à 22:01 :

Chère Geneviève,
Désolée de n’avoir pas compris le sens que vous donniez à “patience”. Merci pour votre gentil mot explicatif.
Même si sa façon de s’écouter parler (FL)ne me gêne pas, je peux tout à fait comprendre qu’elle vous irrite. Après coup, vous avez raison quant à la “partition de notes et de mots” ; son manque de réaction est regrettable. Je ne l’avais pas noté. Mais peut-on être parfait lors d’une interview ?
Je vous embrasse moi aussi et espère que votre soirée est aussi douce que la nôtre.
A bientôt.
Françoise

11 Geneviève JOUGLA, le 24 juin 2010 à 12:28 :

Chère Françoise,
C’est adorable de votre part de me répondre aussi gentiment! En effet, on ne peut être parfait lors d’une interview. Mais l’on se doit d’être VRAI lors d’une conversation. Et au risque de me répéter, pour moi, cette émission est une conversation “intime” quoi qu’ écoutée par des milliers de personnes…Il y a une couleur, un ton, une ambiance…Je suis très sensible à l’écoute d’Olivier; l’écoute de l’autre est rare de nos jours. FL prend toujours ses interlocuteurs comme “tremplin” pour faire son numéro.Il est comme ça, point. Ceci étant,je lui reconnais un respectable talent. Sans être méchante, on est en droit de se demander si l’hypermnésie en est un ? Pour Martha Argerich, l’hypermnésie est un moyen, pour FL..??? Toutefois il met à la portée de tous certains textes. terminons sur une note positive !
Je vous offre un bouquet de rayons du soleil de Montpellier! Jolie et douce journée !
Je vous embrasse. Amitiés. Geneviève

12 Françoise (40), le 24 juin 2010 à 13:35 :

Chère Geneviève, vous répondez à ma curiosité … Je me demandais dans quelle région vous habitiez ! Merci pour votre bouquet de rayons de soleil. Je le mets dans notre vase déjà bien rempli (enfin comme l’a écrit par ailleurs notre ami Mohammed).
Une journée, pour moi, pleine de préparatifs pour le dîner avec les amis que nous recevons ce soir. La soirée sera, encore, bien douce.
Je vous souhaite tout le bonheur possible. Ainsi qu’à tous nos amis blogueurs bien sûr.
Je vous embrasse.
Françoise (Sanguinet)

13 catherine Dubreuil dessinatrice, le 10 juillet 2010 à 14:09 :

…savoureux commentaires autour de mon Fabrice!…il faut dire qu’il avait la voix cassée à force de “donner” pour Murray! et quelle jubilation, autant sur scène que dans la salle: un pur régal! Merci Fabrice d’être aussi génèreux avec le public…qui te le rend bien.C’est un homme qui s’implique et qui apporte, avec Luchini on n’est jamais déçu, comme le dit si bien Olivier dans son texte de présentation… j’avoue que là le Fabrice était pas au mieux de sa forme, mais même fatigué il apprend et fait toujours ressentir quelque chose qu’on engrange pour nous personnellement, ne serait-ce qu’entendre 10 fois le même vers de Baudelaire, prendre chaque mot un à un dans son coeur, dans son âme, dans ses oreilles…qui vous donne cela aujourd’hui d’une façon si entière ?!… et toujours avec un soupçon d’hystrion (sign: acteur) et d’humour qui nous fait nous ouvrir plus …ce que l’on ne ferait pas si facilement avec un professeur sentencieux, si cultivé soit-il. Merci Fabrice. Quand à son “Jonnhy”(j’aime beaucoup le commentaire de TG trés juste-c’est vrai que c’est branché de dire du bien de Jonnhy chez les intellos-c’est d’ailleurs assez ridicule car ce sont ceux-là même qui le méprisaient.. La Fontaine Balzac et Molière en parlent nettement mieux que moi, et d’ailleurs j’aime mieux Eddy Mitchell…non pour l’indispensable Fabrice c’est plus une part d’enfance et n’oublions pas qu’il est un adepte du karaoké: qui a vu, ou imaginé, Fabrice Luchini “à fond” sur “les neiges du Kilimandjaro” ou “les portes du pénitencier ” comprendra aisément que ce n’est pas une pause, c’est de la jubilation boomerang sur le public- dont je suis une adepte absolue- à Marseille on dit “on se régale”, si c’est un poseur c’est un poseur de mots à la manière d’un artisan qui fait de beaux carrelages de salle de bains (…je dis salle de bains au hasard à cause de la châleur), moi non plus je ne suis pas une intellectuelle, enfin…pas trop j’espère….

14 Patrick Delaunay, le 29 juillet 2010 à 22:26 :

J’avais raté cette émission, et voilà, c’est réparé. Magistral. Prodigieux Luchini. Quelle passion ! Et quand les citations sont aussi bonnes, on en redemande. En fait, ce n’est pas pour distribuer des compliments à l’un ou à l’autre, si je me mets ce soir au clavier. Je voulais très précisément signaler que le poème de Rimbaud : “Les corbeaux”, par Léo Ferré, sur un air de tango, est une grande réussite. De même que “Spleen”, j’y pensais et, surprise ! à la fin de ce Passion classique, c’est passé. Ou encore, cet autre poème de Baudelaire : “Une charogne”, toujours par Ferré. Ajoutons, de Verlaine : “Ame te souvient-il”. Jamais rien entendu d’aussi triste. Cioran eût aimé, s’il ne l’a écouté, lui qui selon ses mots n’a “jamais raté une occasion d’être triste”. Je pensais à ces quatre poèmes mis en musique et chantés, tout au long de l’émission, et l’un d’eux, finalement, a été mis à l’épreuve. Par ailleurs, il me paraît naturel qu’un chanteur mette sa personnalité (forte dans le cas d’un Ferré), dans un texte, et que le comédien soit plutôt au service du dit texte, sans emphase, mais la neutralité n’existe pas, et l’un et l’autre servent l’auteur et ses vers ou sa prose, mais nuisent à la voix intérieure du lecteur, au cinéma qu’il se fait, lequel ne relira jamais plus comme avant, innocemment j’allais dire, un texte chanté par Léo Ferré ou lu par Fabrice Luchini. Cela dit, on est heureux d’entendre ce qu’on a aimé ou adoré, dit ou chanté par un ou une de talent, qui nous le fait comme redécouvrir.
Voilà, c’est tout.


Donnez votre avis !






ombre