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André Tubeuf : une vie pour la musique

Le 29 avril 2010 à 08:51 par Olivier Bellamy

 Olivier Bellamy et André Tubeuf sur Radio Classique

Peu de musicographes méritent le titre de musicien. André Tubeuf est de ceux-là. Musicien, ce n’est pas seulement écrire ou jouer de la musique, c’est respirer la musique avec son âme et savoir la partager. Comme on peut être poète par nature sans écrire de vers. Proust était musicien, Sartre ne l’était pas et pourtant ce dernier jouait du piano. En lisant André Tubeuf, il est loisible de ressentir cette griserie des sens, cette inflammation de l’oreille interne, ce souffle qui secoue votre imagination et qui vous pousse à vous précipiter sur tel lied de Schubert ou tel mouvement d’un quatuor de Beethoven pour ressentir ce qu’il a ressenti et apprendre à mieux écouter. Il fait partie de cette rare poignée d’élus parmi les critiques musicaux qui ne se contente pas d’apposer son sceau sur un enregistrement, mais qui met toute sa culture et toute sa science de l’écriture au pied d’une émotion profonde et accessible à tous pour peu qu’on se donne le peine d’écouter un trésor comme le “Benedictus” de la Messe en si de Bach le coeur à nu.

Dans cette émission, l’une des meilleures que j’aie eu à diriger (je le dis comme un chef d’orchestre attentif à ce que le soliste puisse exprimer sa vision de la musique et sa part de vérité pour nos chers auditeurs), on pouvait sentir ce lien naturel, familier et sensible entre les petites madeleines et le programme de l’invité, c’est-à-dire entre la musique populaire (où l’art cache l’art) et la grande musique qui nous emmène dans une dimension et une conscience supérieure de l’art.

J’espère que chacun y aura senti ce moment de grâce où le coeur et l’intelligence ne font plus qu’un comme dans une grande interprétation musicale.

Voici son programme :

par dessus tout

Bach : Benedictus de la Messe en si mais seulement si c’est par Anton Dermota

(disque Tahra, TAH 618-619, direction Scherchen)

sinon

Bach : Prélude de la Partita n°1 en si bémol par Dinu Lipatti

ensuite

Beethoven : Cavatine du 13° Quatuor (ou molto adagio du 8° Quatuor) par les Busch ou les Budapest

Schubert : Im Frühling par Hans Hotter avec Gerald Moore

(Emi Références)

Mozart : air de la Comtesse, Porgi amor (Schwarzkopf avec Karajan, la 1° version Emi)

Schubert : Impromptu en fa mineur op 149/1 (ou Andantino de la Sonate en la majeur D 959) (Rudolf Serkin, Sony)

Verdi : Trio final de Forza del destino (Tebaldi, DiStefano, Modesti, dir Votto, Andromeda  ANDRCD 5068)

Madeleines :

River of no return, chanté par Marilyn Monroe

Escales, chanté par Edith ¨Piaf (ou le Disque usé)

Danse avec moi, (de Quai des Orfèvres) par Suzy Delair

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Il y a 19 commentaires pour cet article :

1 Erica Roche, le 29 avril 2010 à 10:37 :

quelle émission extraordinaire - rien à ajouter sinon que votre émotion était perceptible, Olivier, à la façon dont vous aviez retenu votre souffle chaque fois qu’il parlait.Et quel choix de musique -toutes ses pépites d’interprétation que moi, en tous les cas, je ne connaissais pas. Samuel, comment est-ce possible de rester de marbre après ce trio final de Forza del Destino dans une telle interprétation? Voilà un invité à faire revenir autant de fois que possible

2 Françoise (40), le 29 avril 2010 à 12:49 :

D’accord avec vous. Pourtant au début de l’émission, j’ai craint le pire … “Emporter avec soi sur une ile déserte son disque préféré est absurbe” ! Ah bon … et le dire alors !
Heureusement, à part quelques phrases un peu trop longues, ce fut une bonne soirée.
Amicalement
P.S. Olivier, ce Prélude de la Partita n°1 de Bach ne m’a pas vraiment impressionnée.

3 Alain F, le 29 avril 2010 à 15:58 :

ALLÔ LA TERRE, ICI LE CIEL. De la haut où je laisse tomber mon message entre les nuages, au grès du vent, craindrai-je d’avoir été abusé. Le paradis n’est pas où je croyais être ! Quelques angelots « Séraphins » m’ont rapporté qu’il était sur notre vieille terre hier soir. Messieurs vous méritiez d’y être. Vite, je redescend avec pour seuls bagages, les livres de Monsieur Tubeuf emportés précipitamment. Durant mon bref séjour, j’ai cherché en vain Elisabeth Schwarzkopf. Était-elle avec vous ?

4 Renate, le 29 avril 2010 à 17:15 :

Oui, moment privilégié. Je remercie André Tubeuf d’avoir parlé de Schubert en mettant l’accent sur la profondeur de son oeuvre. Il semblerait (lu dans le dernier livre de Pierre Bergé) que Pierre Boulez estime que Schubert ne représenterait aucune perte pour ce monde s’il n’avait pas existé.
C’est affligeant (si ceci a vraiment été prétendu). Donc, encore une fois, merci.

5 Samuel Rosenfeld, le 29 avril 2010 à 17:30 :

Samuel Rosenfeld est très ému. Il vient d’écouter l’émission avec André Tubeuf. Il ne trouve rien à dire. En effet, si Samuel Rosenfeld ne devait garder qu’un seul disque Il hésiterait entre le dernier Lipatti et la sonate D959 de Schubert par Serkin. On parle rarement très bien des choses qui nous émeuvent profondément, alors Samuel Rosenfeld est incapable de parler de l’andantino de la sonate en la majeur de Schubert. C’est juste la musique qui Le touche le plus au monde. La seule chose que Samuel Rosenfeld peut vous apporter c’est un lien. Il s’agit d’un court passage de deux minutes, extrait du film « Le colonel Chabert ». On y voit le début de la bataille napoléonienne d’Eylau, dans un froid terrible… les cavaliers font la revue, se préparent, et chargent. Le tout sur l’andantino d959 du syphilitique… bouleversant… Et le colonel Chabert de dire « La mort c’est rouge. Et puis c’est bleu. Et puis c’est froid. ». Très adapté à cette pièce. Précipitez-vous sur ce cours extrait : http://www.youtube.com/watch?v=slaNADrdPMA
A propos de Franz Schubert, Samuel Rosenfeld vient de lire un livre sur lui. Cela s’appelle « Le requiem de Franz », d’un certain Pierre Charras. Mettons-nous d’accord sur ce que fut Franz Schubert : compositeur génial, poète né, Schubert a tutoyé la mort comme jamais aucun musicien ne le fit, avec une proximité et une intimité complètement confondantes, si ce n’est déroutantes. Bref, Schubert c’est un ange sur terre, un miracle de sensibilité absolue, la grâce incarnée, l’humilité faite homme, la bonté, et puis la tendresse, l’introspection sans fard, toute la beauté du monde… Schubert, c’est TRES important ! Alors comprenez qu’on ne touche pas à Schubert sans une certaine retenue, une certaine distance respectueuse. Aucune distance justement dans ce livre. L’auteur nous plonge dans la tête de Franz Schubert alors qu’alité il s’éteint doucement à l’âge de trente et un ans (Schubert, pas l’auteur du livre, il n’y a pas de miracle). Et l’écrivaillon d’imaginer que Schubert compose dans sa tête un requiem. Et de parler à la première personne. Exercice pour le moins délicat. Dire « je » à la place du géant, il fallait oser. Alors quand c’est pour débiter des semi banalités et des réflexions de comptoir sur l’amour et l’amitié, on tombe de haut. Quant à l’écriture, c’est toujours amusant de voir des gens se prendre pour des écrivains. C’est vrai, c’est divertissant tous ces mots prétentieux, travaillés et choisis, mis bout à bout pour faire littéraire. Ecoeurant ! “Un livre que s’il avait pas existé que la littérature elle aurait pas été pareille” comme aurait dit Desproges…

6 Livadiotti Roberto, le 29 avril 2010 à 17:42 :

Si Schubert n’avait pas existé,le monde aurait été plus pauvre. On peut etre étonné qu’un tel génie ait pu composer un millier d’oeuvres dans une vie aussi brève.

7 Françoise (40), le 29 avril 2010 à 17:47 :

Renate, je ne serais pas étonnée que cela soit vrai ! Ce Monsieur Boulez a bien tenu des propos inconvenants, stupides et injustes envers Luc Ferry ! C’est affligeant, certes ; et quelle prétention !
Entre Boulez et cet excellent Schubert, moi mon choix est fait !
Bonne soirée.
Très amicalement
Françoise

8 Livadiotti Roberto, le 29 avril 2010 à 18:38 :

…et j’ai oublié de dire que le programme musical et la discussion entre Olivier et son invité ont été intéressants.

9 sandrine, le 29 avril 2010 à 22:57 :

Samuel
Vu votre inertie face à l’opéra italien,je ne vous croyais pas capable d’éprouver ce genre d’émotion à l’écoute de cette merveilleuse sonate de Schubert je vous croyais insensible et dénué de tout sentiment, je m’étais trompée! Vous cachez bien votre jeu!
Olivier merci d’avoir invité Mr. Tubeuf, j’ai aprécié sa critique sur Marylin, si souvent décriée et j’ai encore découvert une oeuvre:la Messe en si de Bach.
cordialement
sandrine(84)

10 Guillemette, le 30 avril 2010 à 09:53 :

Sandrine, vous m’ôtez les mots de la bouche dans votre adresse à Samuel ! J’ai moi-même été étonnée que ce cher Samuel partage avec moi ce goût si fort pour la sonate D959 de Schubert que j’ai tellement appréciée dans cette interprétation de Serkin. C’était vraiment une belle émission avec cet homme que je ne connaissais pas mais dont les goûts musicaux sont si sûrs !

11 Itié, le 30 avril 2010 à 10:16 :

Il y a les monuments : Bach , Beethoven . Mon chou-chou à moi , c’est Schubert , une perle discrète mais si brillante ! J’apprécie énormément tous les commentaires qui le défendent !

12 Martine, le 30 avril 2010 à 12:19 :

Merci Samuel pour ce moment d’émotion partagé avec nous, bien dans l’esprit de cette très belle émission avec André Tubeuf : pour moi rien de plus difficile, mais de plus beau, que de décrire et savoir transmettre l’émotion que l’on peut ressentir devant un morceau qui vous touche….
Vive Schubert, qui a réussi le tour de force de nous réunir tous ! :-)

13 Alain F, le 30 avril 2010 à 12:29 :

« Personne qui comprenne la douleur de l’autre, et personne qui comprenne la joie de l’autre. On croit toujours aller vers l’autre, et on ne va jamais qu’à côté. Mes créations sont le fruit de mes connaissances et de ma douleur » Schubert, 1824. A son tour de s’exprimer !

14 Alain F, le 30 avril 2010 à 14:07 :

Schubert suite …Voici ce qu’écrivait un critique musical concernant l’interprétation au disque de la D. 959 par Rudolf Serkin « La vision de cet artiste, - qui ressemble à un astronome et joue comme un ange -, est d’une ineffable poésie. Le mouvement lent, notamment, est d’une beauté telle qu’il fait oublier, le temps de sa durée, qu’une autre forme d’art puisse exister »

15 Bernard Gensane, le 08 juin 2010 à 14:08 :

“Proust était musicien, Sartre ne l’était pas”. Cher Olivier, je sens un petit “political bias” dans l’air. Avez-vous lu ce très beau et fort livre de François Noudelmann Le Toucher des philosophes ?
http://blogbernardgensane.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/01/09/note-de-lecture-n-34.html

16 COURTAUTMonique, le 18 juillet 2010 à 14:11 :

laPartita en si b de Bach est une pure merveille ,surtout lorsqu’elle est jouée par Dinu Lipatti ,vous en avez écouté le Prelude,elle comporte 6 numeros,réecoutez la jusqu’à ce qu’elle vous parle;qui sait: peut-être un jour l’écouterez- vous en boucle?Cela arrive parfois.

17 Dominique Papon Dubois-Ferrière, le 24 août 2010 à 15:02 :

J’ai entendu une réédition de cette formidable interview d’André Tubeuf, un homme exquis et dont le livre, “la 14ème valse” (sur Dinu Lipatti) décrit si bien des moments que j’ai vécus de très près. Son choix du prélude de la Partita était tout à fait approprié, même si je lui aurais préféré le choral “Ich ruf zu dir”, ou les 2….Je regrette seulement qu’André Tubeuf n’ait pu convaincre le festival de Besançon de porter leur choix sur un autre pianiste que Badura Skoda pour marquer le 60ème anniversaire du dernièr récital de Dinu. J’aurais préféré Radu Lupu, qui a eu la même professeure que Lipatti. Ou Nelson Goerner dont le jeu se rapproche beaucoup. Quelle belle émission. Comment la réentendre?

18 COURTAUTMonique, le 25 août 2010 à 18:25 :

Je partage votre réticence sur le choix de Badura Skoda d’autant que Dinu Lipatti est mort trop jeune.Si la décision a été prise tardivement,Radu Lupu n’était peut- être plus libre ,ou les organisateurs ont souhaité saluer la carrière de Badura Skoda.Il nous reste le disque de Dinu.

19 Alain F, le 25 août 2010 à 19:56 :

Cher Monsieur, En réponse à votre désir de réécouter André Tubeuf ou d‘autres invités : veuillez cliquer sur le petit haut-parleur ‘’Réécoutes précédentes émissions’’ et ensuite adhérer au CLUB RADIO CLASSIQUE. Aucune formalité si ce n’est de décliner votre nom et votre adresse e-mail. Très cordialement.


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