Le
16
avril
2010
à
09:54 par
Olivier Bellamy

La journée devait être consacrée à Nelson Freire. Elle avait même été annoncée dans Télérama. Malheureusement, le grand pianiste brésilien a déclaré forfait… Il a dû annuler des concerts il y a quelques semaines, suite à une tendinite, a été contraint d’accepter de nouvelles dates et a eu besoin de temps pour travailler. Bref, notre journée est tombée à l’eau. J’ai appelé Michaël Lévinas pour le remplacer au pied levé dans Passion Classique. Il a accepté.
Michaël Lévinas est le fils du grand philosophe Emmanuel Lévinas. Il est même responsable (je ne me souviens plus du terme juridique exact) de l’intégrité de l’oeuvre de son père. Terrain sensible car sa soeur lui conteste ce droit et la presse s’est fait l’écho d’une bien triste bataille qui empêche la publication de textes inédits. N’entrons pas dans ce débat. Michaël Lévinas est compositeur et pianiste. Il enseigne aussi l’analyse au Conservatoire de Paris. Sa sensibilité à fleur de peau, son intelligence et sa vaste culture en font un artiste complet, très français. Pourquoi très français ? Une anecdote me revient en mémoire. Nelson Freire, qui s’exprime avec modération, qui craint le micro et qui est un peu sauvage, m’a dit un jour avec beaucoup d’humour qu’il trouvait les pianistes français très bavards. Intarissables. Et qu’il est toujours surpris de les entendre parler, parler, parler à la radio. Résultat, on n’a pas pu entendre le programme de Michaël Lévinas dans son intégralité. Mais quel passionnant causeur !
2. Mickaël Lévinas me demande de rappeler aux lecteurs de ce blog que Grasset a déjà publié en octobre 2009 , suite à une décision de justice du 30 mai 2009 de la Cour d’Appel de Paris (décision confirmée et renforcée par l’arrêt de la Cour de Cassation du 25 mars 2010) le premier volume des inédits d’Emmanuel levinas . Le deuxième volume est prévu pour septembre 2010 . Il s’agit de l’oeuvre complète en 6 volumes. en co-édition avec l’Institut de memoire et de l’édition Contemporaine (l’IMEC) et le soutien du CNL.
Il ajoute que cette décision fondamentale concerne beaucoup de monde ainsi que le comité scientifique international de “L’edition Levinas” dirigé par Jean-Luc Marion de l’Academie Française.
Voici son programme :
Beethoven symphonie Pastorale “l’orage”
Wagner prélude de Parsifal par Toscanini avec le NBC
Chopin finale de la sonate n° 2 « funèbre » par M. Agerich`
Messiaen 5e ou 6e pièce de la Turangalila Symphonie
Beethoven ouverture Léonore III
Ravel “la Valse”
madeleines… Haydn final de la symphonie N°88 (Toscanini)
Fauré “Après un rêve “avec Magali Leger!
Extrait de mon nouveau CD Schumann et ouverture de mon opéra “Les nègres”
Lien permanent
|
Rétrolien
Alain F, le 16 avril 2010 à 23:58 :
MICHAËL LEVINAS GARANT DE TOUS LES ARTS. Il est une sculpture de l’art Grec qui a illustrée nombre de couvertures de disques (5ième de LVB). Cette œuvre « théâtrale » je la voudrai sur toutes les scènes d’opéra et dans mon salon! C’est LA VICTOIRE DE SAMOTHRACE. Michaël Levinas aime ce marbre et calcaire. Le laisser s’exprimer est lui rendre hommage. « L’immensité de la galerie qui mène à la Victoire de Samothrace et la manière dont les voûtes résonnent m’avertissent: voilà le Louvre. Ce grondement continu, je l’identifie au « houm » tel que le définissait Olivier Messiaen: il y a le bruit du torrent et ce qu’on entend, le « houm », qui est la résultante de ce bruit. Pour moi, les deux mots « houm » et « Louvre » se confondent. Enfant, en me dirigeant vers la Victoire de Samothrace, j’ai compris pour la première fois ce qu’était la perspective. Et moi qui depuis toujours ne peux entendre uniquement un son sans le voir en même temps, j’ai eu à ce moment précis la sensation de la spatialité du son. Je me souviens encore du geste de mon père, déployant le bras, pour me montrer la Victoire de Samothrace. Je ne suis pas étonné qu’elle m’ait frappé: elle est la représentation de ce qu’un appelle la schina en hébreu, c’est -à-dire la présence sacrée, la présence divine, mais aussi la manière dont est représentée dans toute la tradition de l’imagerie biblique l’apparition de l’ange, même si cet ange, ici, est sans tête, et qu’il n’est pas un ange! Il y a là quelque chose de l’ordre de la révélation artistique. Ce que j’appelle en musique la « clé du merveilleux » : on est devant une perspective qui , en réalité, va au-delà de ce qu’on voit. Cette révélation a sans doute une connotation religieuse, mais sur le plan musical, je la lie à l’idée d’ascension. Au bas de cet immense escalier, je suis tout près de la révélation esthétique, de sa dimension sacrée ». La Victoire vue par un musicien
Samuel Rosenfeld, le 17 avril 2010 à 01:50 :
Samuel Rosenfeld a rejoint ce soir sa résidence Lilloise. A l’entrée de la ville une foule bigarrée et innombrable était réunie pour fêter l’événement de son retour en terre natale. De grands flambeaux avaient été allumés pour l’occasion et le petit peuple jetait, en une procession silencieuse et très respectueuse, des pétales de roses sur la route de Samuel Rosenfeld, qui saluait avec langueur depuis sa fenêtre. Pour un peu, Samuel Rosenfeld aurait pu louer à Jean-Benoît XVII sa papamobile blanche et ses gardes suisses. La femme de Samuel Rosenfeld, maudite soit-elle, Sancho Panza du pauvre, prétend que la foule n’était pas si dense que cela, que le grand feu de joie n’était autre qu’un incendie volontaire de véhicule devant les immeubles de Lille Sud et qu’en fait de jets de pétales de roses il s’agissait de « jeunes » encapuchonnés tels des moines qui se détendaient en parsemant la chaussée de bris « de canettes de kro » (ce furent les termes de Madame Rosenfeld qui est issue de basse classe) afin d’essayer de crever les pneus des automobilistes. Néanmoins, les investisseurs floués aveint désertés les lieux et la petite famille Rosenfeld a pu rejoindre ses pénates sans encombres.
Depuis son bunker-refuge de la côte d’opale, construit il y a 70 ans pour protéger la belle amitié franco-allemande que menaçait le Juif et l’Anglais (c’est de l’humour, du Desproges pour être précis
) Samuel Rosenfeld a pu écouter des bribes de Passion Classique. Quelle ne fut pas Sa surprise en entendant le compositeur et pianiste Michaël Lévinas choisir la Valse de Ravel alors qu’Il venait juste d’allumer son poste! Samuel Rosenfeld est bien entendu amoureux de cette œuvre, dans laquelle Ravel laisse libre cours à son imaginaire si particulier et à sa si précieuse ironie. A chaque fois qu’Il écoute cette œuvre Samuel Rosenfeld a l’impression de se retrouver plongé la nuit, en plein hiver, dans une pièce glacée d’un château Autrichien abandonné depuis des siècles. Dans cette grande salle de réception pleine de poussières et de toiles d’araignées résonnerait, à la lueur d’anachroniques néons, La Valse de Maurice Ravel. Les danseurs seraient des squelettes en complets mangés par les mites et les femmes à leurs bras auraient le faciès des Vieilles aux sourires édentés de Goya, avec leurs robes fanées et leurs parures de bracelets et de boucles d’oreilles, comme des richesses qu’elles auraient gardé sur elle par delà le trépas, et la Mort se moquerait d’elles pour ces coquetteries de mortelles prétentieuses, pourtant vouées, comme chacun de nous, à la même terre. Samuel Rosenfeld vous le dit, au delà de l’orchestration sublime, au-delà de la montée de sève orgasmique, au-delà de l’ironie, cette valse est le lieu de ceux qui n’ont jamais existé, l’étrange cohorte des âmes disparues, les limbes où s’égarent les ombres des choses mortes et la moisissure amère de ce qui fut.
Commentaires récents