Eric-Emmanuel Schmitt est un mélomane bien plus curieux et cultivé que Philippe Sollers. Alors que ce dernier a ses marottes qui ne varient guère, le premier est friand de raretés, de plaisirs exotiques. Tandis que Sollers trompe son impuissance romanesque en couchant dans tous les lits de la littérature, Schmitt honore sa muse de manière méthodique, régulière et efficace. L’un a besoin d’un carburant dont la formule est établie une fois pour toutes, l’autre recherche des harmonies plus diversifiées pour égayer sa monogamie.
Sollers tutoie les grands de la littérature, s’invite à leur table et les met en valeur. C’est son orgueil et son humilité. Schmitt s’empare des grands sujets pour alimenter sa petite musique. C’est son orgueil, la clé de son succès international et, pour certains, sa vulgarité. Il convoque Dieu, le Diable, les grands mystères de la vie, les grands chef-d’oeuvre de l’art (Mozart et moi, Le concerto à la mémoire d’un ange…) et les livre à tous. Son humilité ressemble à celle d’un grand compositeur de musiques de films. Follement doué, intelligent, caractériel, grand travailleur, connaissant tout des arcanes de son art et intarissable comme une fontaine.
La vraie valeur d’Eric-Emmanuel Schmitt, c’est son talent d’équilibriste entre profondeur et légèreté. Il donnerait toute son oeuvre pour une valse de Strauss. C’est sa grandeur. “La tête la plus musicale d’Europe”, disait Brahms du compositeur du Beau Danube bleu. Un titre que pourrait accepter Eric-Emmanuel Schmitt sans rougir.
Voici son programme :
LE MORCEAU ADORE
Le morceau que j’aime par-dessus tout : le chœur de Maurice Ravel, Trois beaux oiseaux du Paradis, la deuxième des Trois chansons pour chœur mixte.
LES MADELEINES
- Pizzicati de Sylvia par Leo Delibes.
- Amour et Printemps (valse), d’Emile Waldteufel.
- éO souverain, O juge, O père », extr. Du Cid de Massenet par Georges Thill.
LES 6 ou 7 MORCEAUX (et leurs interprétations) :
- Le prélude à l’après midi d’un faune, Debussy. Version Boulez ou Abbado
- Concerto n°4 pour piano et orchestre en sol majeur, Beethoven. Deuxième mouvement. Direction Ivan Fischer. Budapest Festival Orchestra.
- Bacchus et Ariane. Suite n°2, Roussel. Bacchanale et Couronnement d’Ariane, Royal Scottish national orchestra, dir. Stéphane Denève, Naxos. (4.30)
- O Lieb, so lang du lieben kannst, S 298, Liszt (poème Ferdinand Freiligrath). Thomas Quasthoff baryton, Justus Zeyen piano, DG. (5:33)
- Nannas Lied, de Kurt Weil et Brecht. Diane Dufresne, accompagnée par Yannick Nézet-Séguin, Atma Classique (3 :45) Ou bien, dans le même disque, Surabaya Johnny, ext. De Happy End, 1929, Brecht aussi, avec orchestre Métropolitain du Grand Montréal. (5 /19)
- Le songe d’une Nuit d’été, Mendelssohn (et Shakespeare), Lied avec Chœur, « Bunte Schlangen, zweigesüngt) . (4 :12) La Chapelle Royale, Collegium vocale Gent, Orchestre de Champs Elysées, Philippe Herreweghe. (Harmonia Mundi)
- Vêpres solennelles d’un Confesseur, extrait : Laudate dominum, Mozart. Lucia Popp, Ambrosian Singers Philharmonia Orchestra sous la direction de Georg Fischer.




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