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Michel Dalberto, un prince du piano

Le 09 mars 2010 à 16:59 par Olivier Bellamy

Michel Dalberto et Olivier Bellamy sur Radio Classique

Si les sonates de Schubert sont couramment inscrites aux programmes des récitals de piano, il n’en a pas toujours été de même. Dans les années cinquante, Artur Schnabel était pratiquement le seul. Alfred Brendel a enregistré l’intégrale chez Philips alors qu’on disait que c’était une musique ennuyeuse. Des “divines longueurs” émises par Schumann, on retenait surtout “longueurs”. Horowitz, Richter, Yudina et Lupu jouaient surtout les dernières. Michelangeli se distinguait avec une sonate de jeunesse… En France, Michel Dalberto a été le premier à jouer ce répertoire. D’instinct, il a trouvé le ton juste : à la terrestre et céleste, douloureux et résigné, toujours poétique et charnel.

Il y a un sentiment d’errance et d’émotion profonde chez Schubert qui correspond bien à Michel Dalberto. Enfant trouvé, adopté par des parents aimants et mélomanes. A la fin de l’émission, je lui ai demandé s’il avait voulu retrouver ses géniteurs. Il m’a répondu que l’idée ne lui avait pas semblé bonne. Deux de ses amis, dans la même situation, ont essayé et l’expérience fut décevante. Beaucoup d’efforts pour se voir à nouveau fermer la porte au nez. Autrefois, quelqu’un avait fait remarquer que Michel Dalberto ressemblait à Karajan. Amusé, le pianiste avait laissé dire. Thèse farfelue, mais non dénuée de sens.

Voici son programme :

- Enseignement. Vlado Perlemuter, Mozart, Sonate en La K. 331 (1er mt).

Disque personnel.

- Influences. Arturo Benedetti Michelangeli. Ravel, Ondine.

                    Claudio Arrau. Liszt, Sonate en Si mineur, extrait à

choisir.

- Schubert. Ecossaises à choisir soit par Brendel soit par moi.

- Musique de chambre. Final du Trio pour piano, violon & cor. “Live”

sept. 2009 à Chambéry, avec Renaud Capuçon & David Guerrier. Disque

personnel.

- Orchestre. Wagner, Siegfried-Idyll, WPO, Herbert von Karajan. “Live”

Salzburg 1988. Soit mon exemplaire soit le vôtre.

- Opéra. Otello, duo final du 1er acte (dès “Mio superbo guerrier”).

Voir ce que vous avez comme versions, si possible Domingo/ Freni/

Kleiber.

- Madeleines. Beethoven, Sonatine en Sol HWV 582 (enregistrement

personnel réalisé à l’âge de 5 ans 1/2). Disque personnel.

                     Rachmaninov, 4è Concerto op. 40, Arturo Benedetti

Michelangeli, Philharmonia Orch. Ettore Gracis (n’importe quel extrait).

                     Mozart, Les Noces de Figaro, 1er acte, air de

Cherubin, Teresa Berganza.

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Il y a 11 commentaires pour cet article :

1 TG, le 09 mars 2010 à 17:37 :

C’est vrai qu’il ressemble à Karajan. L’on disant que Delacroix était le fils de Talleyrand. Mois, je ressemble à Woody Allen… Chacun fait comme il peut.
En tout cas quel talent, et ça, cela ne ressemble qu’à lui.

2 Alain F, le 09 mars 2010 à 20:22 :

UN HOMME TRES TOUCHANT ET DE BONS GOÛTS

Deux émissions successives,par le choix des invités,agitent mes souvenirs.
Il y a plus de quinze ans environ,à la Halle aux grains,(l’ivresse y était)j’ai entendu Michel DALBERTO dans le concerto de GRIEG.En bis,si bonne mémoire,il a interprété L’OISEAU PROPHETE(Scènes de la forêt.R.SCHUMANN).Oui je l’ai vu l’oiseau voleter de touche en touche…
Le hasard a fait que le lendemain je me suis trouvé derrière les artistes dans la file d’attente à l’embarquement pour Paris.Quelques phrases ont été échangé.Hélas,j’ai appris plus tard que le jeune chef qui l’accompagnait,EMIL TCHAKAROV,(un des derniers élèves de H.V.K.)avait disparu à l’âge de 43 ans.
Je suis toujours très peiné quand un artiste s’éclipse par les coulisses célestes.
La montagne,le ski,la mer,les voitures rapides,Salzbourg,le Mozarteum etc…me rappelle quelqu’un!
R.PAUMGARNER(prof.et chef)dit un jour à KARAJAN pensant qu’il ne serait pleinement satisfait de la musique qu’il pourrait faire avec ses dix doigts <>
NIKITA MAGALOFF a sans doute eu cette même intuition artistique pour Michel DALBERTO.
Troublant non! On peut souhaiter de tout coeur à Michel DALBERTO d’avoir la même destinée.
Ne vous privez pas du C.D “Un piano à l’opéra”.M.D remplace magnifiquement voix et orchestre.
ISOLDE dans ma chambre tous les soirs s’y meurt…Elle n’en peut mais…
Amicalement

3 Alain F, le 09 mars 2010 à 20:38 :

OMISSION:<>

4 Alain F, le 09 mars 2010 à 21:32 :

OMISSION:
PAUMGARTNER a dit à KARAJAN je vous conseille la direction d’orchestre.
J’ai vraiment besoin de cours de clavier!

5 Samuel Rosenfeld, le 10 mars 2010 à 16:57 :

Superbe émission, superbe programme. L’homme est passionnant! Et cela fait du bien de voir un pianiste qui n’aime pas Chopin, surtout par les temps qui courent :-) . J’ai toujours eu du mal avec Chopin, à part peut-être ses valses (par Lipatti!) et ses préludes.

6 Livadiotti Roberto, le 10 mars 2010 à 17:32 :

Moi aussi j’ai été agréablement surpris par un pianiste qui n’aime pas Chopin(je l’aime bien,mais suis gavé qu’on en parle partout).Par contre,j’aurais préféré entendre autre chose de Beethoven que cette “sonatine” et autre chose de Wagner que ce “Siegfried Idyll”.

7 Françoise (40), le 10 mars 2010 à 21:36 :

Au début, j’ai bien aimé entendre Chopin que, finalement, je connaissais mal. Maintenant, il est vrai que ça fait beaucoup !
Roberto, est-ce que, à vouloir “ne pas faire comme tout le monde”, certains invités se croient obligés de choisir des oeuvres du coup souvent pas très intéressantes ? Il y a tellement de belles choses chez ces immenses compositeurs que sont Beethoven et Wagner …
Bonne soirée à tous.
Très amicalement
Françoise
P.S. Je confirme, l’envoi des commentaires devient une … épreuve de force !
- plusieurs essais : on me demande d’”entrer mon adresse e-mail” … ce qui est fait !!!

8 Livadiotti Roberto, le 10 mars 2010 à 23:30 :

Oui,Françoise,ce que vous dites est vrai,je pense.J’ai du réécrire mon message que j’avais plus détaillé et il a disparu.

9 Steve, le 13 mars 2010 à 12:40 :

Comment peut on parler de Chopin en des termes aussi méprisants ! De tels propos sur des ondes radios sont vraiment choquants. Je pensais que cette émission était plus sérieuse que cela.

10 Cécile Chardon, le 14 mars 2010 à 19:14 :

Je suis soulagée, ça y est ! J’ai enfin trouvé un petit frère ! Un grand frère. Je me sentais tellement seule. Michel Dalberto dit qu’il « s’ennuie lui-même en jouant du Chopin ». C’est bien la première fois que j’entends cette phrase-là dans la bouche d’un pianiste !! Cela paraît tellement dur, inconcevable, pour un pianiste, de dire qu’il n’arrive pas à jouer Chopin… Oser dire ça ! L’avouer… Ah oui alors, ça, c’est un comble…pour un pianiste. On le sait, Chopin nous a bien fait cadeau d’une œuvre magnifique. Alors, pourquoi ? Pourquoi de drôles de pianistes, considérés peut-être comme des bêtes curieuses par leurs congénères, auraient un mal fou à se glisser dans ces notes ? Et pourquoi certains de ces pianistes (comme moi, en toute modestie bien sûr) devraient s’en sentir coupables ? (et, comme à Michel Dalberto, tout au moins pendant plusieurs années, Liszt m’a toujours fait le même effet !…sauf sa sonate en si mineur). Dalberto a l’air de très bien s’en porter, heureusement ! Mais je suppose qu’à ses débuts, cela l’a sûrement perturbé quelque peu. Surtout, comme il l’a dit lui-même, ayant eu pour professeur Vlado Perlemuter (j’avais assisté à un de ses cours d’interprétation. Quel maître !). Une personnalité qui aurait dû l’amener à jouer plus de musique française.
J’aurais eu un certain plaisir à entendre Michel Dalberto parler encore plus longuement de cette réticence à jouer Chopin. Cela reste une telle exception dans le monde des pianistes. Ce qu’il a dit m’a profondément intéressée. N’y aurait-il pas, finalement, une sorte de pudeur, dans cette peur – si c’en est une -, d’entrer à corps perdu, à doigts perdus, dans ces notes tellement pleines, tellement lourdes de sentiments ? Ces notes, ces lingots d’or, seraient-ils trop envahissants ?… Et, pour finir, presque perturbants ?… Sans doute, pour certains pianistes, certains tempéraments, il manquerait chez Chopin, en quelque sorte, « un non-dit » - s’il n’est pas honteux de dire qu’il lui manque quelque chose !!… Non, un manque, juste pour quelques natures de cerveaux… Il m’est difficile de trouver les mots justes. En le jouant, j’ai l’impression de me mentir à moi-même. Pourquoi ? Parce que j’ai le sentiment de ne pas pouvoir trouver en moi tout ce qu’il faudrait ressentir, très profondément, pour recevoir ce flot de romantisme, celui-là, celui de Chopin, et ainsi, le sentiment de ne pas pouvoir restituer « tout ça », en premier à mes propres oreilles, comme il le faudrait, avec une profonde sincérité. C’est sûrement cette sincérité-là qui me manque si souvent lorsque j’entends un pianiste jouer du Chopin. Finalement, est-ce que Chopin ne serait pas le plus difficile à interpréter ?… Car - pour provoquer un peu…-, ce monsieur Chopin n’en dit-il pas trop ? Et ce qu’il dit est si bien dessiné… « Policé », oui, comme le dit Michel Dalberto. Mais, de toute façon, il faut se sentir tellement à la hauteur de tout ce qu’il écrit ! Est-ce possible, une chose pareille ? Heureusement, certains musiciens font des miracles. Et aussi, sans doute, ceux qui nous emportent par leur magie sont les pianistes avec lesquels on oublie l’instrument, pour n’entendre plus qu’autre chose, une voix, venue d’ailleurs, pas de cette boîte noire, de plus loin. Et avec Chopin, ça, « oublier le piano », c’est une montagne à gravir ! Chopin, c’est LE piano, c’est pianistique… Il a si bien écrit pour lui. « Trop bien » ?… Si c’est pas malheureux de dire ça !
Michel Dalberto a beaucoup joué Schubert. Avec lui, on ne « s’épanche » pas de la même façon qu’avec Chopin. Schubert, c’est l’économie des notes, les silences, ce qui n’est pas dit. Une retenue. Parfois violente. Et ce qui est dit vient de quelque part, d’un au-delà. Tout paraît simple, évident, bien que cela puisse être compliqué d’arriver à le faire entendre d’une façon tout à fait entière. Cette musique va comme un gant à Dalberto. Avec Brahms, ce sont d’autres notes, mais le sentiment que l’on a peut parfois être le même qu’avec Schubert. J’ajoute qu’avec lui, on a plus l’impression de « jouer de l’orchestre » que du piano. Brahms n’a pas écrit pour le piano en ne pensant qu’à ce clavier. Alors, l’esprit s’évade, vers d’autres couleurs… Chez Schumann aussi, encore différemment. Sa petite folie jette des notes sur le papier, des notes, elles non plus, pas forcément « pianistiques », ou en tout cas, je le suppose, pas pensées comme telles. Avec Schumann, on oublie le piano, on voit l’homme, tout entier (A propos, on fête Chopin, et si peu Schumann…. Oui, je sais, ce pauvre Robert n’est pas public… Mais après tout, cet homme ferait-il peur ?). Bref, oublier le piano. C’est peut-être ça. Si j’ai bien compris sa pensée, Michel Dalberto, en jouant, voudrait oublier son piano. Avec Chopin, malgré tout son génie, ou justement à cause de son génie, son génie pianistique, on peut, de temps à autre, finir par voir plus le piano que cet homme, caché derrière, celui qui a écrit toute cette musique. On peut finir par se sentir enfermés (voire étouffés !) par ces notes, ces notes de piano, si belles soient-elles. Je sais, c’est un peu fort, d’écrire ça…tant pis ! En fait, c’est un sentiment un peu trouble, difficilement explicable, qui a toujours été en moi. Ce qui est sûr, pour revenir à ça, c’est qu’avec Chopin, Michel Dalberto ne peut vraiment pas oublier ce clavier…
C’était l’histoire d’un petit garçon de cinq ans (depuis ce jour où il n’avait pas su saluer !) qui voulait devenir, plus qu’un pianiste, un musicien. Simplement un musicien. Un bon ! Un musicien…qui ne se prendrait pas pour un pianiste.
Avec mon vieux problème chopinien, je me sentirai désormais un peu moins seule, un peu moins « handicapée du piano ». Merci, monsieur Dalberto ! Et merci, monsieur Bellamy !

11 denise dugay, le 17 mars 2010 à 00:54 :

Trop de Chopin tue Chopin hélas ! Mais pourquoi entend-on toujours “rabâcher”les mêmes nocturnes, mazurkas, alors que d’autres oeuvres restent largement méconnues (par ex.4ème scherzo, allegro de concert,boléro, etc); que les mélomanes que Chopin agace y jettent une oreille, sans parler des Etudes : comment peut-on s’ennuyer avec ces oeuvres magiques ??? Ce qui gêne certains peut-être, c’est cette emprise sans partage que le piano de Chopin exerce sur l’auditeur ou l’interprète ; il ne supporte pas le voisinage, et comme un parfum entêtant, vous poursuit et vous obsède longtemps. Pauvre Chopin, s’il voyait l’excès de zèle commercial que cet anniversaire absurde suscite, il casserait son piano !


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