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Jordi Savall, un sage d’aujourd’hui et de toujours

Le 06 février 2010 à 12:25 par Olivier Bellamy

Rencontrer Jordi Savall est un privilège rare. Je le dis pour moi comme pour les auditeurs car ce que nous avons vécu ensemble avec lui est exceptionnel. Il n’y a rien à raconter sur ce qui s’est passé en-dehors de l’émission. Il a été courtois, a parlé au téléphone avec un ami, a mis ses lunettes noires pour se reposer d’un voyage fatiguant. C’est lorsqu’il joue ou lorsqu’il parle de ce qui lui tient à coeur que Jordi Savall se révèle tout entier. C’est un artiste des pieds à la tête. Mais pas seulement. C’est aussi un être spirituel car, ainsi qu’il l’a rappelé, “l’art pour l’art conduit à Auschwitz”. Ce qui fait de nous des hommes, selon lui, c’est la mémoire. La mémoire des chefs-d’oeuvre oubliés auxquels il n’a cessé de rendre vie, pas uniquement pour leur beauté, mais parce que l’âme humaine s’y trouve contenue. Ce que nous sommes au plus profond et au plus grand de nous-mêmes se trouve dans ces musiques oubliées. Mais il n’est pas seulement tourné vers le passé. Pour lui, la musique, c’est ici et maintenant. Et s’il se tourne vers Jérusalem, ce n’est pas uniquement parce que c’est le berceau de notre civilisation, c’est que la tragédie humaine s’y déroule depuis des siècles et perdure sous nos yeux. En dehors de toute polémique et sans accuser qui que ce soit, il a rappelé qu’on vivait à Gaza dans des conditions indignes. S’il joue des musiques juives, arabes ou chrétiennes, c’est pour souligner ce qui nous rapproche et non pour séparer les peuples dans ce qu’ils ont de plus intime. D’ailleurs, religion veut dire “relier” et non “opposer”.  C’est à Jérusalem qu’est né le concept d’humanité et c’est peut-être là qu’il va se détruire.

Jordi Savall n’est pas ni un homme politique, ni un prêtre. C’est un musicien dans la signification la plus profonde et la plus complète du terme. Un homme parmi les autres, qui donne de la joie, qui soulage les douleurs et qui entretient de toutes ses forces et de toute son âme la mémoire de ce que nous sommes.

Voici son programme :

Flavit Auster Codex Las Huelgas (Montserrat Figueras, Lux

      Feminae)  (Jordi aime particulièrement ce morceau)

3 musiques d’Alia Vox

      Laïla Djan - Ensemble Kaboul (Ludi Musici N°1, alia vox 9833)

      Folias Criollas (Ludi Musici N°22)

      Circumdederunt me   Cristobal Morales (Alia Vox)

3 pièces qu’il affectionne

      Bach : Variations Goldberg - Glenn Gould,

      Pavane pour une Infante défunte Maurice Ravel

      Fratres Arvo Part version orchestre à cordes

 3 pièces rappelant l’enfance

      El testament d’Amelia (chanson catalane)

      Louis Amstrong

      Ave Maria de Victoria

S’il joue des musiques afghanes, ce n’est pas seulement

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Il y a 5 commentaires pour cet article :

1 catherine Dubreuil dessinatrice, le 06 février 2010 à 20:53 :

wouaouh!!!!!!!! quelle voix……on l’écouterait des heures…….

2 Resclause, le 08 février 2010 à 01:53 :

Un concentré d’intelligence, de connaissance et d’humanisme.
La plus belle illustration de ce que représente l’Artiste. Comme Daniel Barenboim, un espoir là où la politique échoue.

3 P-Y Dremière, le 08 février 2010 à 09:31 :

On a, une fois encore, eu le sentiment d’être près, tout près, de l’excellence.
Merci à vous, MM. Savall et Bellamy !

4 Renate, le 08 février 2010 à 19:04 :

Oui, l’émission a frôlé la perfection, en émotion, en intelligence. Que dire d’autre ?
MERCI.

5 Françoise (40), le 08 février 2010 à 23:38 :

Catherine, Reclause, P-Y, Renate … j’ajoute mon nom à la liste, car oui “la perfection”, on l’a vraiment frôlée.
Un grand merci.


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