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Fazil Say, un pont entre les cultures

Le 06 février 2010 à 13:08 par Olivier Bellamy

Olivier Bellamy et Fazil Say sur Radio Classique

1. Fazil Say a deux missions. Faire connaître la musique occidentale dans les coins les plus reculés d’Anatolie, en Turquie, où il a vu le jour, voire dans les banlieues les plus défavorisées d’Istambul, où il réside, et faire connaître au monde la musique de son pays. En tant que compositeur, il utilise donc les rythmes, les couleurs et les mélodies de son terroir. Il s’est inspiré également des textes des plus grands poètes turcs, notamment Metin Altiok, assassiné par des extrémistes musulmans.

Mais l’on est toujours cruel envers ceux qui se dressent au-dessus de la mêlée. Dans les pays occidentaux, la critique a eu la dent dure envers ce Turc qui osait jouer à sa manière Bach, Mozart ou Beethoven. On a souri avec condescendance à l’égard de ses oeuvres qui s’éloignaient d’une avant-garde tapageuse sans prendre en compte l’extrême complexité de sa musique qui se cachait derrière ses séductions “folkloriques”. Dans son propre pays, on l’a accusé d’être déviant et de s’éloigner d’une ligne officielle. On l’a traîné dans la boue lorsqu’il est allé jouer en Israël. On a censuré ses oratorios inspirés de poètes “malfaisants”.

Le meilleur moyen de le connaître est d’aller l’entendre les 9 et 10 février au théâtre des Champs-Elysées à Paris.

2. Qu’on me permette de répondre au commentaire qui suit l’article sur Nicole Bru. Un auditeur me reproche d’avoir utilisé le terme de “anciens délinquants” à propos de certains musiciens de l’Orchestre des Jeunes Simon Bolivar. Dans le contexte, il ne s’agissait pas de stigmatiser un passé difficile, mais d’évoquer l’oeuvre humaine de Monsieur Abreu, créateur du “sistema” au Vénézuéla. J’ai rencontré plusieurs musiciens de cet orchestre et tous m’ont dit qu’ils seraient probablement tombés dans les filets d’une bande de voyous s’ils n’avaient pas eu la chance de trouver une structure, une dignité et un idéal en entrant dans cet orchestre. L’un des musiciens de cet orchestre a même déclaré : “J’ai échangé un révolver contre une clarinette”. Dans le terme “délinquant”, il fallait entendre la malédiction qui a poussé Jean Valjean à voler un pain et à se retrouver au bagne. Monsieur Abreu a été le Monseigneur Bienvenu de tous ces gosses désemparés, qui dit aux gendarmes : “C’est moi qui ai donné ces chandeliers à l’homme que vous avez arrêté” et qui dit à Jean Valjean : “Fais le Bien maintenant !” Sauf que Abreu leur a demandé de faire le Beau pour s’éloigner des voies du Mal. Bien sûr, il n’y a pas que d’anciens “délinquants” dans les rangs de l’Orchestre Simon Bolivar, mais l’oublier c’est lui retirer sa dimension humaine et existentielle. Ce n’est pas dévalorisant que de le rappeler. Au contraire ! Et ce n’est pas parce que l’Orchestre joue aujourd’hui à Salzbourg ou dans les grandes capitales qu’il faut oublier ce pourquoi il a été conçu. On peut aussi prétendre que le tango n’est pas né dans les bordels d’Argentine !

Voici le programme de Fazil Say :

Oeuvres avec lesquelles il entretient une “relation personnelle”:

1) Stravinsky: Sacre de printemps: Danse Sacrale / Cleveland

Orchestra/Boulez (L’enregistrement de l’année 1969!) juxtaposé à

   Fazil’s version pour deux pianos de la Danse Sacrale

Madeleines

3) Goldberg Variations, Aria / Glen Gould (Le deuxième enregistrement de

l’année 1981!)

4) Mozart: Zauberflöte: Der Vogelfänger bin ich ja / Dietrich

Fischer-Dieskau, Karl Böhm, Berliner Philharmoniker

“Katibim” avec  Zeki Müren. C’est la chanson qui a inspiré Fazil pour le

3ème mouvement de son concerto pour violon. Il aimerait aussi juxtaposer

ces deux oeuvres.

Programme :

- Beethoven, Symph. No.7, 2ème mouvement / Carlos Kleiber

- Beethoven, Concerto pour piano No.3, 3ème mouvement / Wilhelm Kempff,

Ferdinand Leitner, Berliner Philharmoniker

- Art Tatum: Tiger Rag

- Schumann: Dichterliebe: No.1 et No.5 / Fritz Wunderlich (Deutsche

Grammophon)

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Il y a 8 commentaires pour cet article :

1 Patrick de BORREDON, le 06 février 2010 à 20:39 :

Question étonnante posée à votre invité turc: A part une petite partie, la Turquie n’est pas en Europe, mais en Asie. Nous parlons de “l’Union Européenne”, pas de “l’Union Mondiale”, sinon pour quoi ne pas demander à la Chine au Japon à l’Australie si leur population ne veut pas rejoindre l’Union “Européenne”. Si vous voulez que la Turquie rejoigne les 25 pays d’Europe, il faut d’abord changer le nom de l’Union. Après on pourra voir.
Ce n’est pas compliqué de se souvenir des cours de géographie du primaire!!!!

2 Françoise (40), le 07 février 2010 à 00:00 :

1) Bien qu’utile, la traduction simultanée gêne un peu la spontanéité de l’interview. Mais votre commentaire palie parfaitement ce léger inconvénient.
2) “délinquants” … serait-ce encore un “gros mot” ? Je suis désolée de constater qu’il y a de plus en plus de mots qu’il ne faudrait plus dire. Zut alors ! Appelons un chat un chat. Qu’y avait-il de si choquant ?
Olivier, bravo pour vos commentaires qui sont toujours aussi instructifs et pour l’intérêt que vous portez à nos propres écrits.
Très amicalement.
Françoise à Sanguinet

3 TG, le 07 février 2010 à 02:30 :

C’est pas toujours facile. Excuser moi celle là l’était. En tout sa composition est très belle, pleine de profondeur.

4 Livadiotti Roberto, le 07 février 2010 à 10:28 :

Emission plus intéressante que celle de l’an dernier avec le meme invité.

5 Livadiotti Roberto, le 08 février 2010 à 12:59 :

Très juste ce que dit Patrick de Borredon.J’ai aussi toujours pensé que la Turquie ne fait pas partie géographiquement ni historiquement de l’Europe,sinon pourquoi ne pas integrer aussi la Syrie,le Liban,l’Irak et la Jordanie,etc…? Qu’ils fassent l’Union de l’Asie Mineure,c’est plus normal.

6 Samuel Rosenfeld, le 08 février 2010 à 19:40 :

A chaque fois qu’Olivier Bellamy recoit un pianiste on a tout simplement une émission géniale! Petite anecdote-souvenir: à la sortie d’un concert à Lille, où ma femme et moi étions allé écouter Fazil Say, ma femme le voit passer dans la rue. Comme elle avait adoré le concert (notamment Black Earth, de F.Say) elle va juste lui dire merci. Là dessus F. Say nous a invité à boire un pot au café d’en face. Grand moment! Il nous a montré sa partition de la première symphonie de Bernstein, qu’il venait de jouer devant le public de Lille. Il nous a expliqué ses notes sur la partition etc… C’est vraiment un type épatant! Nous l’avons aussi écouté en concert sur le sacre du printemps, GE NI AL.

7 Françoise (40), le 08 février 2010 à 21:44 :

Patrick de Borredon, quand vous dites “si vous voulez que la Turquie rejoigne les 25 pays d’Europe, il faut d’abord changer le nom de l’Union. Après on pourra voir”. Pour moi, c’est tout vu. C’est non !
Et comme vous le dites cher Roberto, (c’est une réalité, la Turquie ne fait pas partie géographiquement ni historiquement de l’Europe) pourquoi pas tous les pays que vous avez cités ? Et l’Iran pendant que nous y sommes. Il ne manquerait plus que cela …
Bonne soirée.

8 fonseca, le 09 février 2010 à 11:25 :

bonjour olivier
j’aime trop vos emissions pour critiquer. mais les commentaires lus ci-dessus montrent comment la musique n’est pas hors du temps mais se mixte avec des sensibilités autres que l’harmonie du son. je suis sûre qu’il y aurait une emission interessante à faire avec ces gens qui justement nous façonnent imperceptiblement et notamment les faiseurs de tendances. Permettez moi de vous suggèrer un nom françoise Serralta la redactrice des cahiers du Futur de l’Agence de style Peclers à Paris. ce serait passionnant que vous puissiez lui demander si nos goûts musicaux sont orientés par la Tendance
merci pour toutes vos emissions


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