1. Fazil Say a deux missions. Faire connaître la musique occidentale dans les coins les plus reculés d’Anatolie, en Turquie, où il a vu le jour, voire dans les banlieues les plus défavorisées d’Istambul, où il réside, et faire connaître au monde la musique de son pays. En tant que compositeur, il utilise donc les rythmes, les couleurs et les mélodies de son terroir. Il s’est inspiré également des textes des plus grands poètes turcs, notamment Metin Altiok, assassiné par des extrémistes musulmans.
Mais l’on est toujours cruel envers ceux qui se dressent au-dessus de la mêlée. Dans les pays occidentaux, la critique a eu la dent dure envers ce Turc qui osait jouer à sa manière Bach, Mozart ou Beethoven. On a souri avec condescendance à l’égard de ses oeuvres qui s’éloignaient d’une avant-garde tapageuse sans prendre en compte l’extrême complexité de sa musique qui se cachait derrière ses séductions “folkloriques”. Dans son propre pays, on l’a accusé d’être déviant et de s’éloigner d’une ligne officielle. On l’a traîné dans la boue lorsqu’il est allé jouer en Israël. On a censuré ses oratorios inspirés de poètes “malfaisants”.
Le meilleur moyen de le connaître est d’aller l’entendre les 9 et 10 février au théâtre des Champs-Elysées à Paris.
2. Qu’on me permette de répondre au commentaire qui suit l’article sur Nicole Bru. Un auditeur me reproche d’avoir utilisé le terme de “anciens délinquants” à propos de certains musiciens de l’Orchestre des Jeunes Simon Bolivar. Dans le contexte, il ne s’agissait pas de stigmatiser un passé difficile, mais d’évoquer l’oeuvre humaine de Monsieur Abreu, créateur du “sistema” au Vénézuéla. J’ai rencontré plusieurs musiciens de cet orchestre et tous m’ont dit qu’ils seraient probablement tombés dans les filets d’une bande de voyous s’ils n’avaient pas eu la chance de trouver une structure, une dignité et un idéal en entrant dans cet orchestre. L’un des musiciens de cet orchestre a même déclaré : “J’ai échangé un révolver contre une clarinette”. Dans le terme “délinquant”, il fallait entendre la malédiction qui a poussé Jean Valjean à voler un pain et à se retrouver au bagne. Monsieur Abreu a été le Monseigneur Bienvenu de tous ces gosses désemparés, qui dit aux gendarmes : “C’est moi qui ai donné ces chandeliers à l’homme que vous avez arrêté” et qui dit à Jean Valjean : “Fais le Bien maintenant !” Sauf que Abreu leur a demandé de faire le Beau pour s’éloigner des voies du Mal. Bien sûr, il n’y a pas que d’anciens “délinquants” dans les rangs de l’Orchestre Simon Bolivar, mais l’oublier c’est lui retirer sa dimension humaine et existentielle. Ce n’est pas dévalorisant que de le rappeler. Au contraire ! Et ce n’est pas parce que l’Orchestre joue aujourd’hui à Salzbourg ou dans les grandes capitales qu’il faut oublier ce pourquoi il a été conçu. On peut aussi prétendre que le tango n’est pas né dans les bordels d’Argentine !
Voici le programme de Fazil Say :
Oeuvres avec lesquelles il entretient une “relation personnelle”:
1) Stravinsky: Sacre de printemps: Danse Sacrale / Cleveland
Orchestra/Boulez (L’enregistrement de l’année 1969!) juxtaposé à
Fazil’s version pour deux pianos de la Danse Sacrale
Madeleines
3) Goldberg Variations, Aria / Glen Gould (Le deuxième enregistrement de
l’année 1981!)
4) Mozart: Zauberflöte: Der Vogelfänger bin ich ja / Dietrich
Fischer-Dieskau, Karl Böhm, Berliner Philharmoniker
“Katibim” avec Zeki Müren. C’est la chanson qui a inspiré Fazil pour le
3ème mouvement de son concerto pour violon. Il aimerait aussi juxtaposer
ces deux oeuvres.
Programme :
- Beethoven, Symph. No.7, 2ème mouvement / Carlos Kleiber
- Beethoven, Concerto pour piano No.3, 3ème mouvement / Wilhelm Kempff,
Ferdinand Leitner, Berliner Philharmoniker
- Art Tatum: Tiger Rag
- Schumann: Dichterliebe: No.1 et No.5 / Fritz Wunderlich (Deutsche
Grammophon)



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