Comment devient-on journaliste musical ? Rédacteur en chef de Classica, chroniqueur à L’Express, Bertrand Dermoncourt a donné sa réponse. Lorsqu’il a découvert la Symphonie n° 40 de Mozart (après avoir écouté The Cure en boucle), il a cherché à se procurer toutes les versions discographiques pour les comparer. Un critique était né. Un musicien aurait cherché des partitions des sonates pour les jouer. Un journaliste préfère écouter. On peut arriver à une connaissance aussi vaste de la musique, aussi fine, aussi juste en l’écoutant à travers différentes interprétations qu’en la jouant. C’est un autre chemin. Parallèle. Certains instrumentistes se moquent des critiques en disant : “Qu’ils jouent et ils pourront juger” (surtout lorsqu’ils ont reçu une mauvaise critique). Alors qu’ils ont parfois une vision moins large de l’étendue des possibilités d’une oeuvre qu’un critique qui a tout écouté. Mais jamais un critique n’aura une vision aussi profonde d’une oeuvre s’il n’est pas entré dedans avec son corps, sa chair et son esprit. Certains critiques sont trop péremptoires et s’imaginent détenir la vérité. D’ailleurs, moins ils sont compétents, plus ils sont péremptoires. Il faut bien cacher son ignorance par de l’arrogance. Or il n’y a pas une vérité en musique, mais plusieurs. Et si aucune interprétation ne peut prétendre à y accéder, un avis extérieur encore moins.
Le but d’un journaliste musical, Bertrand Dermoncourt nous l’a dit, n’est pas tant de juger et de distribuer bons et mauvais points que de faire partager sa passion. Dès qu’il s’agit de “passion”, on peut se tromper, être injuste, aveugle, mais on aime et c’est là l’essentiel.
Certains musiciens ne voient le critique que de manière égocentrique. Si ce dernier reconnaît leur valeur, il sera paré de toutes les qualités, mais s’il l’ignore, il sera forcément mauvais, vendu, voire un imposteur.
C’est qu’ils ignorent que le but d’un journaliste n’est pas de les encenser ou de les châtier, mais d’entretenir avec ses lecteurs une relation intime, non d’idées, mais de goût. Car la valeur du critique réside dans son goût, sa sensibilité, ses connaissances aussi, et la manière dont il les fait partager.
En une heure et demie, Bertrand Dermoncourt nous a fait partager sa passion de Bach avec des interprétations de styles et d’écoles très divers. Son Tout Bach publié dans la collection Bouquins est à mettre entre toutes les mains.
Voici son programme :
début de la Partita n°2 par Perahia/Sony
- Miles Davis : album Kind of blue (morceau So What) / Sony
- The Cure : album 17 Seconds (morceau Play for today)/Universal
- Mozart : Symphonie n°40 par Karajan (version 1960) / Decca
Programme
- début de la Passion selon St Jean (chœur d’ouverture) par Harnoncourt/Teldec (version 1994)
- Concerto brandebourgeois n°5, 1er mouvement par J. Savall/Naïve
- Cantate BWV 82 “Ich habe genung” (1er mouvement) par Dietrich Fischer-Dieskau et Karl Richter/Arkhiv
- Variations Golberg par Hantaï/Mirare
- Suites pour violoncelle par Fournier/DG


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