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L’amour profond de Nikolaï Lugansky

Le 22 janvier 2010 à 10:51 par Olivier Bellamy

Nikolaï Lugansky et Olivier Bellamy sur Radio Classique
Une vraie rencontre, belle, profonde, avec ce merveilleux pianiste russe. Il est arrivé au studio tout seul, avec sa grosse valise, très en avance. On a revu le programme ensemble. En chemin, il avait voulu changer des choses… A aucun moment, il n’a songé faire sa propre promotion. Lorsque je lui ai dit que j’avais choisi un morceau interprété par lui, il a eu l’air presque gêné. Il était surtout très agité parce qu’il voulait que l’on cale l’extrait des Cloches de Rachmaninoff au bon endroit. On l’a écouté à l’avance : “Non plus loin… presque une minute plus loin… c’est bientôt… oui, là !” Lorsque il a reconnu l’extrait tant attendu, ses yeux se sont embués et c’est comme si plus rien n’existait autour de lui. Ensuite, il a poursuivi, toujours très agité : “Il y a aussi extrait de quatuor de Fauré, très beau, nouveau thème dans développement, très rare dans musique, moi pleurer quand je l’entends…” On a cherché le passage et à nouveau son regard s’est voilé.

Grâce à Nikolaï Lugansky, on a pu comprendre une chose très importante. L’essence de la vie et des choses. On se demande parfois comment le peuple russe a-t-il pu supporter l’époque soviétique. Pourquoi Rachmaninoff était si malheureux aux Etats-Unis ? Pourquoi Sviatoslav Richter n’a jamais voulu quitter son pays alors qu’il aurait pu passer à l’ouest quand il voulait…  Invité à parler de la situation politique dans l’actuelle Russie, Nikolaï Lugansky a tout dit en quelques mots : “La politique, ce qu’on voit à la télévision, ce n’est pas la vie, c’est une toute petite partie de la vie. La vie, c’est… le soleil, le ciel, la nature…” Au tout début de l’émission, il avait remis les choses dans la bonne perspective : “La science, ce n’est qu’une petite partie de la musique, ce n’est pas l’essentiel.” Il avait du mal à trouver les mots, mais son message sonnait clair et pur. A plusieurs moments, j’ai eu moi aussi les yeux humides en l’écoutant dire des choses aussi simples, vraies et profondes.

Voici son programme :

Nikolaï Lugansky : 4e Moment musical de Rachmaninov

Madeleines

-BACH suite n3-aria (Mengelberg)

-SIBELIUS symphonie n° 7 (Karajan)

-RACHMANINOV Les cloches 2e partie (Pletnev)

Programme

-BRUCKNER symphonie n° 9 – Scherzo (Giulini)

-SCHUBERT quatuor à cordes n° 15 (Quatuor Alban Berg)

-MOZART symphonie n° 40

-CHOPIN ballade n° 4 (Samson François)

 -ALBENIZ Iberia livre n° 3 Albaicin (Alicia De Larrocha)

- Fauré : Quatuor avec piano n° 1 – finale – (Quatuor Schumann)

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Il y a 13 commentaires pour cet article :

1 Djeff 13, le 22 janvier 2010 à 15:51 :

Bonjour,Olivier:
MERCI de l’avoir invité ! De cet homme-là, rayonne quelque chose de magique, soit en Cd, soit, mieux, EN VRAI à quelques mètres…Pourquoi ? Mystère mais c’est un fait…et je sais ce que vous pensez tous de lui déjà sur place à Radio Classique.
Bien amicalement à vous.

2 Françoise (40), le 22 janvier 2010 à 16:47 :

Cher Olivier,
C’est rageant. Vous dites toujours tout si bien que nous avons bien du mal à ajouter quoi que ce soit ! Je dirai quand même que j’ai beaucoup aimé votre invité. Son accent (d’accord avec vous pour la beauté des deux langues citées), son talent, sa modestie et ses choix musicaux. Je suis contente que vous vous attardiez sur son commentaire : “La politique, ce qu’on voit à la télévision, ce n’est pas la vie, c’est une toute petite partie de la vie. La vie, c’est… le soleil, le ciel, la nature…” .
Ce que l’on voit à la télévision (et j‘ajouterai les journaux, la radio …), bien sûr que cela fait partie de la vie, mais oui une toute petite partie. Pourquoi ne retenir que les choses tristes ? J’ai fait une expérience, il y a quelques années. J’ai pris un journal et j’ai entrepris de n’entourer QUE les bonnes nouvelles. Eh bien, vous surprendrais-je si je vous disais combien j’ai trouvé de bonnes nouvelles ? Même la météo était - forcément - négative. Et chez notre chère Radio Classique. La présentatrice des informations, Béatrice …, lit (et souvent très mal) sans discernement. Tout sur le même ton. Dernièrement, Haiti et le million d’auditeurs. Pas de différence.
Mais ne serait-ce pas le « reflet » de ce que beaucoup de gens attendent ? Souhaitent-ils voir et entendre autre chose ? Ne « créent-ils » pas eux-mêmes tout cela ? Je me posais la question. Je viens de finir Le Miroir de Cassandre de Bernard Werber. Vais-je encore me poser la question ? Peut-être pas …
En tout cas, merci pour cette belle soirée. Comme nous les aimons.
Bonne journée.
Amicalement
Françoise

3 Samuel Rosenfeld, le 22 janvier 2010 à 17:59 :

Mon émission préférée depuis que je l’écoute (et ca fait un moment…). C’était tout simplement le pied :-)

4 Livadiotti Roberto, le 22 janvier 2010 à 18:33 :

J’ai beaucoup apprécié l’homme et ses reflexions sur la vie,sur la foi et sur la musique.Je pense aussi que Sibelius était un plus grand symphoniste que Prokofiev et Chostakovitch que j’aime très moyennement. Quant à ses choix musicaux,j’ai préféré ceux de Maurizio Pollini,Hélène Grimaud et Nicolas Anghelich.

5 Anais Daly, le 22 janvier 2010 à 21:29 :

Bonsoir Olivier! J’écoute régulièrement vos émissions et je suis toujours ravie de découvrir vos invités. Nicolaï Lugansky était passionnant!
Je voulais vous suggérer d’inviter le grand sociologue et anthropologue Gilbert Durand qui, j’en suis sure, dira de fort belles choses sur la musique et ses rapports à l’imaginaire, au mythe et à la création. Il a écrit un excellent ouvrage intitulé “Beaux-arts et archétypes” dans lequel on peut lire une analyse très pertinente de l’art de l’opéra. on y fait également une lecture très intéressante de l’oeuvre de Wagner, de la révolution que ce dernier a introduit dans l’opéra et de ses personnages décadents.

6 Anne Chim, le 22 janvier 2010 à 22:10 :

J’ai commencé l’émission en route hier soir à la sortie du travail… et à minuit j’ai écouté enfin…. jusqu’au bout alors qu’il fallait se lever tôt…. impossible d’interrompre cet homme…. je suis le musicien maintenant depuis des années…, je l’avais écouté en concert en janvier dernier… mais c’était la première fois que j’entendais sa voix, son accent russe - si beau - sa façon vraie de parler de choses essentielles, profondes. Vraiment ce fut un grand moment. Merci Olivier, c’est aussi grâce à votre talent que des personnes comme celles-là peuvent parler avec leur coeur. Merci !

7 Abate Myriam, le 23 janvier 2010 à 20:00 :

je partage l’avis de Françoise,et serait encore plus critique sur ce que l’on nous onne à écouter à longueur de journée sur toutes les ondes:une soupe uniforme,des commentaires formatés,faits par des gens sans émotions,sans notion de rythmes,bref une offense à l’oreille,quel bonheur de vousécouter et de découvrir vos invités chaque jour.Une grande bouffée d’humanité et d’émotions partagées!N.Luganski si simple et si talentueux!Si Slave!Myriam

8 fouler, le 26 janvier 2010 à 19:48 :

mon émission préférée avec un super présentateur et des invités … whaouh ça m’a laissé sans voix, c’était un moment de pur bonheuroù le temps reste en suspens, une bulle d’oxygéne pour nos oreilles formatées

merci!!!!
signée une fan de 20 ans

9 Nicole Pibeaut, le 27 janvier 2010 à 20:45 :

Très touchant, une sincérité totale et j’adore son petit accent, c’était passionnant et authentique ce qu’il racontait de la Russie, cela me faisait penser quand j’habitais à côté de la cantine du conservatoire Rachmaninoff, on faisait la queue pour un bon Bortch et j’adorait les serveuses russes qui ne parlait que russe et versait la zubrovka comme de leau…….d’autres part, un de vos invités a mentionné le nom du poète Bernard Guimet chanté par une chanteuse dont je ne parviens pas à retrouver la trace sur votre blog, pourtant c’était entre le 10 janvier et maintenant,ce n’est pas la première fois que ce nom est cité souvent avec Ferré et Brassens,mon ami l’avait rencontré dans les années 70
et j’aurais aimé lui offrir ce CD,merci pour toutes vos passionnantes émissions!nicole, une fidèle auditrice

10 Nicole Pibeaut, le 27 janvier 2010 à 20:47 :

Zut!j’ai encore envoyé sans relire, désolée pour les fautes d’orthographe!!!!!!!!

11 R. Boulanger, le 28 janvier 2010 à 16:24 :

Comment peut-on parler aussi bien le français sans l’avoir appris et sans avoir vécu dans le pays ? Et voilà ce pianiste russe qui établit des rapprochements entre Beaumarchais et Pouchkine ! Nikolaï Lugansky s’exprime avec beaucoup d’intelligence et de sensibilité (notamment de Rachmaninov,de Schubert et de Thomas Kakuska du Quatuor Alban Berg).
Bravo pour cet art de la maïeutique que possède très bien celui qui questionne !
Ah oui,c’est bien aussi que vous invitiez des non musiciens qui sont également des passeurs de la musique,ces gens ouverts et charmants,ces non spécialistes en somme qui nous montrent que la musique est bien souvent une part secrète de chacun de nous.

12 Nelly, le 02 février 2010 à 22:27 :

Bonsoir,
J’ai écouté quelque ‘Passion Classique’ sans avoir le temps et la possibilité de répondre.
Nicolai Lugansky, vraiment j’ai aimé. Vous avez aison Fançoise: Olivie dit et écrit des choses que l’on pense et ressent et il les dit avant nous.
Je suis heureuse d’être de retour pous avoir justement le temps de reprendre le fil…
Pour la Folle Journée de Nantes j’étais dans le train avec deux amies mais pas complètement absente.
Je vous envoie mes amitiés avant un ou deux autres commentaires.
Nelly

13 Cécile Chardon, le 05 février 2010 à 22:15 :

Lugansky a prononcé des mots ô combien émouvants.Cette émission a été très belle. Et c’est intéressant de voir comment une personne d’un autre pays, d’une autre culture, peut être tout particulièrement attirée par des compositeurs que l’on n’a pas l’habitude - en tout cas en France -, de mettre au premier plan. Ces Rachmaninoff, Bruckner et Sibélius sont sublimes! Et Lugansky est une bête… Quant à ces pièces d’Albeniz, - Iberia, qui me passionne, et dont je ne joue modestement qu’une petite moitié…-, j’espère qu’il les enregistrera un jour. J’aurais dû aller à son concert! Je corrige: Lugansky est une bête… terriblement humaine.


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