Accueil  >  Etonnante et secrète Marlène Jobert
Flux RSS

Etonnante et secrète Marlène Jobert

Le 07 décembre 2009 à 01:55 par Olivier Bellamy

 Olivier Bellamy et Marlène Jobert

1. J’avais invité Marlène Jobert il y a quatre ou cinq ans dès que j’ai lu ses contes pour enfants autour de la musique et son attachée de presse n’avait pas donné suite. J’avais trouvé cela étrange. Quand elle est enfin venue, à la faveur d’un partenariat avec Radio Classique, j’ai mieux compris sa réserve. C’était une sorte de timidité, une peur d’être mal comprise ou de paraître illégitime. Quand on a que sa passion et son amour (tardif) de la musique comme seule armure, on hésite parfois à descendre dans l’arène des médias spécialisés où certains sont prompts à juger, à ricaner voire à mépriser. Ce n’est évidemment pas le cas de Passion Classique, mais Marlène Jobert à quitté les plateaux de cinéma pour la table de l’écrivain et elle s’est habituée à la douceur protectrice de l’ombre, au silence rassurant de la solitude. Ses contes pour enfants ne sont pas seulement débordants d’imagination et pourvus des ingrédients qui forgent les bonnes histoires, ils initient de manière fine et subtile les enfants à la musique classique. Elle avait le trac avant de commencer l’émission. Sa timidité m’a rendu mal à l’aise. Heureusement, tout s’est dissipé dès que le rouge s’est allumé. A la fin, nous nous sommes embrassés comme de vieux amis. Une émission en direct est un vrai challenge, il faut du courage pour en accepter les risques : et si le mot juste vous manque ! Un drame pour un écrivain qui a habituellement le temps de mâchonner son stylo jusqu’à ce qu’il vous arrive. Marlène Jobert manque au cinéma. Mais elle manquerait aux enfants et à la musique si elle y retournait tout à fait. Difficile pour une femme aussi entière et perfectionniste de se partager.

2. Notez sur vos tablettes : vendredi 11 décembre, émission exceptionnelle avec Fanny Ardant.

3. Ce week-end, j’étais à Vienne pour enregistrer l’émission du réveillon de Noël avec la mezzo-soprano Vivica Genaux qui sort un disque magnifique consacré à Vivaldi chez Virgin Classics. Je suis allé l’entendre au théâtre an de Wien où ont été créés les 5e et 6e Symphonies de Beethoven, ainsi que son 4e Concerto de piano. Un charmant théâtre. Elle y chantait Il Mondo della Luna de Haydn (qui n’a pas le génie de Mozart dans l’opéra) sous la direction de Nikolaus Harnoncourt, qui fêtait ses 80 ans. L’après-midi, j’ai fait une escapade au Kunst Museum pour voir la sublime salle des Bruegel l’Ancien et la magnifique collection de peintures flamands.

4. Je ne résiste pas à l’envie d’entrer dans la discussion lancée dans les commentaires : Beethoven est-il un compositeur romantique ? On peut difficilement répondre par oui ou par non. Il est à la charnière. Il n’est plus un classique, c’est sûr, car il fait éclater le cadre de Haydn et Mozart, même s’il touche peu à la composition de leur orchestre. Mais il est trop vaste, trop singulier, trop révolutionnaire, trop multiple pour correspondre à l’étiquette romantique. Et c’est un peu trop tôt. L’acte de naissance du romantisme musical, c’est la Symphonie fantastique de Berlioz en 1830, date de la fameuse création d’Hernani de Victor Hugo. Beethoven est mort depuis trois ans. Sa Symphonie Eroïca porte les germes du romantisme, mais les Concertos n° 20 et 24 de Mozart aussi. Et la Fantaisie chromatique et fugue de Bach l’annonce également. Mais peut-on dire que les derniers quatuors ou les dernières sonates de Beethoven appartiennent au romantisme ? Non, ils le dépassent et tendent déjà la main au XXe siècle. Schumann m’apparaît le seul vrai compositeur purement romantique. Chopin a encore des côtés classiques et des audaces qui dépassent le romantisme (le finale de sa Sonate n° 2), Brahms a un oeil vers le baroque, Liszt est aussi multiple que Beethoven… Ce n’est pas étonnant car Schumann est le compositeur le plus littéraire de tous et le romantisme est avant tout un mouvement littéraire. La discussion existe aussi avec Debussy : est-il “impressionniste” ou “symboliste” ? alors que ces catégories appartiennent de manière privilégiée à la peinture ou à la poésie. Les périodes en art ne sont pas des cases, ce sont des mouvements. Rares sont les grands créateurs qui puissent s’y rattacher totalement.

Tags : , ,
Lien permanent | Rétrolien

Il y a 14 commentaires pour cet article :

1 Fabrice Bluszcz, le 07 décembre 2009 à 11:26 :

C’était bien sympathique mais s’il vous laît, pourquoi enduire votre invité de ces mots baveux : merveilleuse, géniale… Réécoutez-vous, on se croirait dans le Jeu des Mille francs (encore qu’ils soient modérés en présentant les villes d’accueil)ou dans un podium de Conforama le dimanche. Tant d’adjectifs frise le ridicule… Bref, de la mesure avant toute chose ! J’étais désolé pour elle… Désolé aussi d’afficher ces remarques mais bon, c’est la loi du blog à commentaires…

2 Françoise (40), le 07 décembre 2009 à 13:02 :

Marlène Jobert fut dans notre jeunesse, parmi tous nos amis, notre actrice préférée. Son joli minois, sa voix, et son talent bien sûr.
Heureusement que vous invitez parfois des gens “qui n’y connaissent rien mais qui aiment … et partagent”. Au moins cela nous permet - à nous qui aimons et qui “essayons d’y comprendre quelque chose” - de nous sentir moins seuls !
Elle a choisi un très joli programme. C’était très touchant quand elle s’adressait à vous - à nous - comme aux enfants auxquels elle raconte …
“Merveilleuse” - “géniale” ? Oui, dans certains cas cela pourrait être assommant. Avec Olivier, NON. C’est sa personnalité. Qu’il ne change rien, nous l’aimons ainsi.
Certains revendiquent le droit de dire et d’écrire ce qu’ils pensent ? Alors, laissons à Olivier celui d’utiliser les mots qui lui conviennent.
Bonne journée à tous.
Très amicalement.
Françoise

3 Daniel, le 07 décembre 2009 à 16:58 :

D’acc avec Fabrice !
A passer la brosse à reluire à tout le monde, on ne la passe dans les fait… à plus personne et c’est même un affront pour les gens de réelle valeur.

Mais c’est une habitude dans ce monde factice loin de la réalité des choses.

Olivier et sa cours bien pensante à fini par m’agacer. Je ne l’écoute plus beaucoup à présent…

4 Renate, le 07 décembre 2009 à 18:26 :

Ah ! Cela faisait longtemps…
La cour (sans “s”, s.v.p. et qui “a fini”, et non “à fini”. Lorsqu’on critique, il faut être à la hauteur), la cour donc vous salue bien, Daniel. Apprenez-nous vite la réalité des choses, nous sommes impatients.
Les commentaires d’Olivier :
- Le 11 décembre est bien noté.
- Lucky you d’avoir été encore à Vienne ! Et le Kunstmuseum comme cérise sur le gâteau. Oui, Nikolaus Harnoncourt fête ses 80 ans, je l’ai lu ce week-end dans la presse.
- Beethoven : comme pour Goethe, on (se) pose souvent la question. Olivier et Roberto ont raison. Bien qu’il soit encore considéré en Allemagne comme un classique (”Komponist der Wiener Klassik”), on est d’accord pour dire qu’il a ouvert les portes au romantisme musical. Donc, comme le dit Olivier, il est à la charnière.
Amicalement.
P.S.: Bluszcz, ne soyez pas désolé, Marlène Jobert est une grande personne, elle saurait se défendre. “Le jeu des mille francs” et “Podium de Conforama”, vous avez l’air de bien connaître… est-ce que ça rendrait baveux ?

5 Françoise (40), le 07 décembre 2009 à 20:09 :

Eh oui, Renate, on avait presque oublié … et je ne résiste pas à l’envie de mettre mon grain de sel.
Ni Fabrice, ni Daniel ne nous font part de ce qu’ils ont pensé de l’invitée elle-même. Pas un commentaire sur la (merveilleuse) “conteuse” qu’elle est. Et ses choix musicaux ? Les ont-ils entendus au moins ?
Puisque je suis revenue sur cette page, je le redis, c’était une bien belle émission, où régnait - comme c’est très souvent le cas et particulièrement ces deux dernières semaines - une … intelligence ambiante.
Très amicalement
Françoise à Sanguinet

6 Daniel, le 07 décembre 2009 à 20:30 :

Renâaatte… ne soyez pas ratiocineuse… Un fin gourmet savoure en silence s’il n’a rien à prouver ; ce qui ne semble pas être votre cas.
Françoise, j’ai rapidement “zapé” l’émission car j’ai éprouvé le même malaise que Fabrice.

7 Livadiotti Roberto, le 07 décembre 2009 à 22:47 :

L’émission avec Marlène Jobert était intéressante et je crois me souvenir que ses choix ne manquaient pas d’intéret,quant à la discussion sur Beethoven,je pense (Renate et Françoise etes d’accord)qu’il a donné le départ au romantisme musical,mais comme Bach,il est au-dessus de tout classement.

8 Françoise (40), le 08 décembre 2009 à 11:38 :

Cher Roberto,
Vous me flattez en suggérant mon accord … mais de ce que je crois - et en grande partie grâce à vous - je dirais oui. De même pour le “hors classement”.
Excellente journée.
Très amicalement.
Françoise

9 Renate, le 08 décembre 2009 à 16:43 :

Dâânieell, comme vous êtes drôôôle. Je n’étais pas visée et n’avais donc rien à prouver (voyez ?). En même temps, vous n’avez pas si tort : “Schweigen ist Gold”. Par rapport à vous, cela pourrait bien devenir ma devise. Soyez donc remercié :-)

10 hadjani, le 09 décembre 2009 à 01:07 :

J’ai douceureuseument écouté Marlène et je la pense plus que Kafkaienne, Beethoven a lancé le grand départ des frasques et autre imaginaire rromanticomusical, merci lady Marlene Jobert…

11 Florent, le 09 décembre 2009 à 17:56 :

D’ailleurs, je vous signale que Vivica Genaux sera en concert le lundi 14 décembre au Théâtre des Champs-Elysées, avec Europa Galante sous la direction de Fabio Biondi. Olivier, j’espère que l’on s’y croisera!

Un ancien petit stagiaire.

12 Daniel, le 10 décembre 2009 à 12:56 :

Vous êtes bien belle Renate ; charme, élégance, sans doute grande culture…

Je fais “patte douce”

13 Brunel, le 15 décembre 2009 à 01:11 :

Eh bien moi je suis déçue de la réaction de certains auditeurs. Olivier, j’avais envie de vous écrire (même à une heure tardive de réécoute) que cette émission est l’une des plus belles de l’année.
Je suis trop jeune pour connaître bien l’actrice, mais quelle voix, quel humanisme, et quel programme!
Cela m’a rappelé des bons souvenirs, lorsque j’avais emporté des comtes en musique aux enfants du soleil à Madagascar, les fous rires (sur les airs de Papageno), leur écoute attentive, la musique brise la glace. Ce livre est encore dans le vrai esprit de Noël (ce qui devient si rare…)
Et vous aussi vous vous livrez dans ce concerto de Mozart, sublime… Je lis actuellemnt un livre merveilleux: La rivière et son secret de Zhu Xiao-Mei. Elle raconte comment Mozart est le seul qui a échappé à l’épuration/auto critique de son conservatoire. Je suis sûre qu’une émission avec elle serait très profonde.
Bonnes fêtes et merci!

14 gisele millot, le 02 janvier 2010 à 17:21 :

Fidèle de votre émission,jj’aimerais csavoir où on peut se procurer le CD “divertissement pour orchestre” de L.Bernstein que j’ai entendu un matin sur radio classique .Merci de me répondre.


Donnez votre avis !






ombre