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La tentation de l’orient

Le 26 octobre 2009 à 23:13 par Olivier Bellamy

J’ai rencontré Kurt Masur dans un hôtel chic de la rue de Rivoli. Il était prévenu par l’attachée de presse de l’Orchestre national de France que l’entretien devait tourner autour de la chute du Mur de Berlin et avait, m’a-t-on dit, accepté ces conditions. Quelques minutes avant d’entrer dans sa suite, la traductrice (qui le connaît très bien) m’a prétendu le contraire. Le maestro ne souhaitait pas qu’on aborde les questions politiques. J’avais passé la journée précédente à relire la biographie de Kurt Masur et comptais bien le faire parler de la révolution silencieuse de Leipzig et du rôle important qu’il avait joué pendant ces heures troublées de 1989. Kurt Masur a même rencontré François Mitterrand pendant plus d’une heure. C’est dire à quel point il était au centre des négociations. J’ai insisté. La traductrice a parlé brièvement avec le maestro avant que l’on ne se dise bonjour. Elle est revenue vers moi. C’était d’accord ! Pourtant, dès le début, il a refusé d’évoquer cette période. J’ai dû changer d’axe au dernier moment et improviser totalement toutes mes questions.

Même si intérieurement j’étais furieux d’avoir été ainsi abusé, je n’ai pas regretté de m’être adapté à la situation. Lorsqu’on rencontre un artiste de la taille de Kurt Masur, il faut essayer d’être au niveau et d’en tirer le meilleur.

Il a dit des choses très intéressantes sur Beethoven, Mendelssohn, Brahms et a pu livrer le fond de sa pensée sur notre époque. Il porte un constat pessimiste sur les valeurs de notre vieille Europe et estime que nous devrions nous inspirer du dynamisme dont font preuve les pays d’extrême-orient. Il a lui-même épousé une Japonaise et se sent très proche de cette région du monde. Son témoignage a le mérite d’être clair, profond et argumenté. On peut ou non partager ses opinions, mais l’on ne peut pas lui dénier une certaine hauteur de vue et un incontestable point de vue humaniste.

On peut aussi remarquer qu’en citant la devise française (en français), il s’est souvenu d’Egalité et de Fraternité, mais a mis un certain temps avant de se souvenir de “Liberté” qui, pourtant, est non seulement le début de la fameuse triade, mais son indispensable préalable dans l’esprit des Révolutionnaires du XVIIIe siècle.

Voici son programme :

Programme Kurt Masur

9e de Beethoven par K. Masur / Leipzig Live (finale – thème de l’Ode à la Joie

5e de Tchaïkovski – 2e mvt par Orchestre national de France / Masur (extrait)

Mendelssohn : Elias – Air d’Obadiah « So ich mich von ganzem Herzem » (Masur)

Mendelssohn : Symphonie écossaise – Adagio (Masur) (4 à 5 minutes)

Beethoven : Symphonie n° 1 – 1er mouvement (Masur)

Brahms : Symphonie n° 1 – 1er mvt (Masur) (extrait)

Beethoven : Symphonie n° 9 (4e mvt ) Masur

Chostakovitch : Symphonie n° 13 – 5e mvt (Masur)

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Il y a 14 commentaires pour cet article :

1 suavin, le 27 octobre 2009 à 02:59 :

Dear M Bellamy,

Thanks for another brilliant interview yesterday with Kurt Musur, though I regret that you didn’t develop enough on the subject of humanity. I think Mr Musur got much more to say on this and he apparently is very interested to expose his view points. “The decline of the West” should interest many a classical music lover as well as anyone who is concerned with the comparison (not necessary clash) East/West amongst today’s multicultural turmoils.

By the way, is it possible to register the broadcast, as I could not find any link of this under the “podcasts”; if not, is it possible under the other “reécouter”?

Thanks again for your broadcast that I enjoy very much, from your “emission”, I come to distinguish between a real cultural affairs journalist from the political columnists who tangent here and there on
the same subjects.

2 Itié, le 27 octobre 2009 à 09:33 :

Dès le dédut , nous avons bien saisi la difficulté de cet entretien !Monsieur Masur est surement trés modeste , mais pas commode non plus ! Cette émission nous a laissé une impression bizarre et pas mal de déception . Peut-être attendions-nous trop de la part de cette personne si bien placée du point de vue historique et musical !

3 Livadiotti Roberto, le 27 octobre 2009 à 15:15 :

Voilà une émission très intéressante et un programme musical à la hauteur de ce grand chef d’orchestre qu’est Kurt Masur!

4 Renate, le 27 octobre 2009 à 17:27 :

Bonjour, je suis assez d’accord avec Itié. Pour moi, c’était un événement de pouvoir écouter Kurt Masur parler. Au début, la difficulté était palpable. La voix du maestro était brusque et assez froide. Ses mots réflétaient parfaitement son refus d’aborder les questions politiques . J’ai tenté de saisir en même temps ses phrases et la traduction qui en a été faite. C’est vrai que vous avez réussi une belle pirouette vers la fin de l’interview en parlant de Chostakovitch. Cela l’a amené à parler de la Russie. Je n’ai rien entendu concernant la chute du mur à Berlin. En revanche, il a bien voulu évoquer la perte des valeurs dans notre monde acutel. Sans vouloir être irrespectueuse, je ne partage pas du tout l’espoir qu’il place dans la culture actuelle de l’Asie qui est au contraire en train de s’occidentaliser. Merci donc de votre remarque concernant l’économie asiatique - qu’il a balayée, comme si la vraie question n’était pas (aussi) là. Dire que les pauvres dans leur rickshaw sont heureux… Bref, je crois que vous êtes arrivé à “en tirer le meilleur”, Olivier. Tout le reste, “le géant” Beethoven, Brahms, Mendelssohn, évidemment un régal.

5 Livadiotti Roberto, le 27 octobre 2009 à 19:54 :

Je suis d’accord avec Renate pour dire que la façon de parler de Kurt Masur était assez froide,mais le programme qui privilégiait la symphonie romantique allemande était un régal et naturel de sa part,car c’est son répertoire,mais il y a eu une diversion avec la 5e de Tchaikowski,sans doute une des oeuvres majeures de ce compositeur.Quant à Chostakovitch,ça ne fait pas partie de mes musiques préférées.J’ignore si Masur a dirigé des oeuvres de musique lyrique.

6 Caroline, le 28 octobre 2009 à 14:47 :

Malgré un début difficile, très belle interview….et après tout n’est pas normal de rencontrer quelques petits imprévus quand on se retrouve face à un tel personnage, magnifique !! !!! Merci pour ce beau moment

7 TG, le 28 octobre 2009 à 19:40 :

I agree with Suavin

8 Renate, le 29 octobre 2009 à 13:36 :

I don’t

9 Livadiotti Roberto, le 29 octobre 2009 à 14:05 :

I didn’t understand completely what Suavin means.

10 Nelly Bailly-Maître, le 29 octobre 2009 à 18:46 :

Au début j’ai écouté en direct et je n’entendais que la voix de la traductrice. Alors j’ai réecouté, tranquillement, et j’ai rencontré un homme extrêmement sensible, généreux. Beethoven, Brahms: oui j’ai aimé.
J’au lu vos commentaires Renate et Roberto: ils me sont toujours précieux (ainsi que tous). Je vous donne mes amitiés ainsi qu’à Françoise et Sandrine qui passeront peut-être nous lire. Et merci Olivier pour vos articles excellents.
A très bientôt. Nelly.

11 Renate, le 29 octobre 2009 à 19:27 :

Cher Roberto, Suavin pense qu’Olivier n’a pas suffisamment développé le sujet de l’humanité, sur lequel -selon lui- Kurt Masur aurait eu envie de s’exprimer davantage. Non seuelement les amateurs de musique classique devraient, dit-il, se sentir concernés par la question de la perte de valeurs du monde occidental, mais tout simplement tous ceux qui sont amenés à comparer ces deux mondes, occidental et oriental, dans cette “agitation multiculturelle” de nos temps modernes. Autrement dit : nous tous. C’est comme ça que je le comprends. Et vous peut-être aussi, Roberto.
Ce que j’ai retenu c’est le reproche du manque de temps accordé au sujet. Mais peut-être que Suavin aura envie de développer davantage.
Bonsoir Nelly, c’est vrai ce que vous dites, il faut réécouter tranquillement pour mieux pouvoir se concenter sur la voix de Kurt Masur. Néanmoins, je n’ai pas tout à fait ressenti la même chose que vous - bien que je sois absolument convaincue que ces propos humanistes étaient vraies et généreux. Comment dire… je n’ai trouvé aucune douceur dans sa voix. Quoi qu’il en soit, nous sommes tous d’accord sur la musique que nous avons entendue. A bientôt, Nelly. Amicalement.

12 Livadiotti Roberto, le 29 octobre 2009 à 23:45 :

Merci,chère Renate pour vos eclaircissements de ces propos de Suavin que je trouve assez confus. Je salue aussi Nelly et toutes les amies. Nous avons aimé la musique et le dialogue d’Olivier avec le maestro.

13 Renate, le 30 octobre 2009 à 13:15 :

Cher Roberto, comme vous dites, retenons la musique (et pour ce qui me concerne, un peu moins le dialogue - mais Olivier n’y était pour rien).
Chère Françoise, pardon, je ne vous ai pas répondu l’autre jour : non, pas de Fiac pour moi, cette année.
A bientôt. Amitiés.
P.S.: Cela me fait penser à autre chose : il n’y a pas longtemps, une personne nous avait écrit en espagnol, du Mexique, au sujet de Claudio Abbado. Est-ce que qn a pu lui répondre ?

14 Didier, le 03 novembre 2009 à 15:15 :

J’ai moi aussi trouvé cet entretien très enrichissant. Kurt Masur nous interpelle en tant qu’Européens sur notre façon d’être et la perte d’une certaine joie de vivre.
J’ai aussi été interpellé par le fait qu’il considère qu’il n’y a pas de grande salle de concert à Paris. J’ai pour ma part un sentiment identique pas comparaison à Londres où j’ai vécu 10 ans. Il semble qu’il y a bien longtemps qu’il n’y a rien eu de neuf à Paris sur ce sujet.


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