Accueil  >  Castrat Diva
Flux RSS

Castrat Diva

Le 06 octobre 2009 à 10:51 par Olivier Bellamy

Olivier Bellamy et Cecilia Bartoli

1. Cecilia Bartoli est un concentré de passion et d’énergie. Le feu intérieur qui la consume n’est jamais exempt de charme et d’humour. La revoir est toujours un moment d’exception. Son projet autour du répertoire des castrats permet non seulement d’entendre de la très belle musique, mais aussi de se replonger dans une époque passionnante. Comme la Chine des “Epouses et concubines”, nous assistons avec l’école napolitaine des castrats à un moment où l’art piétine totalement le respect et l’intégrité de la personne humaine. Chaque année, 4 000 enfants sont mutilés sur l’autel de l’art. Ces gosses de huit ans issus de milieux populaires sont éduqués et pris en charge. Cours de musique, d’histoire, de philosophie… A seize ans, les meilleurs éléments montent sur scène ou chantent à l’église. Les autres sont renvoyés à leur triste sort. Stériles, ils ne peuvent se marier et sont souvent montrés du doigt. La prostitution ou le suicide semblent constituer leur unique avenir. Farinelli et Cafarelli ont été les dieux de cette époque. On les acclame, on les adule. La concurrence est rude pour les autres. Et puis, les castrats cesseront de plaire. On se détournera de leur art et ils deviendront comme ces stars du cinéma muet figées dans leur gloire passée.

2. Qu’on me permette de répondre au commentaire de Bernard (merci à notre fidèle Françoise de m’avoir défendu) qui me reproche un manque d’empathie en évoquant avec légèreté le sort des enfants mutilés dans le but d’en faire des castrats. Je comprends votre émotion et je regrette sincèrement de vous avoir choqué. Toutefois, il ne s’agissait pas en l’occurrence d’émettre un avis personnel (il faudrait être un monstre pour ne pas être touché par la misère de ces enfants dont beaucoup sont morts à cause du manque d’hygiène que vous rappelez justement), mais de faire réagir Cécilia Bartoli, qui, elle-même, ne l’avez-vous pas noté, a eu un petit rire en rappelant que ces castrats n’osaient dire la vérité sur leur mutilation et évoquaient une morsure de chien. Ce n’était pas un rire moqueur, mais un rire de sensibilité. Le ton de la conversation était léger. Je pense que l’on peut dire des choses graves sans s’appesantir et sans prendre un ton de circonstance. D’autres l’ont compris ainsi, pas vous, c’est dommage et je le regrette. 

Quant à la phrase “Rien de grand ne se fait sans sacrifice”, elle mérite certainement un développement. Ce n’était pas un jugement de valeur, mais une remarque sans doute trop elliptique. La conquête de la liberté est une grande chose et elle a exigé des sacrifices. La défense du territoire aussi. Ceux qui sont allés à la guerre ne l’ont pas choisi.  Bien sûr, tuer des enfants pour former un castrat peut apparaître frivole en comparaison. Mais c’était une autre époque. Beaucoup d’enfants mouraient, pas seulement à cause de la castration. Et l’on était animé par une foi du beau et du grand qui exigeait tous les sacrifices. On ne peut pas juger cela avec une sensibilité d’aujourd’hui. La construction des pyramides ou des cathédrales a exigé des milliers de sacrifices humains. Aujourd’hui, au premier mort tombé d’un échafaudage, on arrêterait immédiatement la construction de Notre Dame de Paris. Il ne s’agit pas de condamner ou d’excuser, mais de remettre les choses en perspective. Certains peuvent remarquer que la médiocrité de notre époque s’explique par le refus du sacrifice. La société démocratique a fait le choix de préserver la vie humaine et d’offrir une protection sociale à chacun, qu’il soit puissant ou misérable, et l’on serait tous scandalisés si ce principe fondamental était remis en cause. Car c’est notre sensibilité d’aujourd’hui. Mais il n’en a pas toujours été de même. Loin de moi l’idée de préférer le passé au présent, mais, encore une fois, méfions-nous d’une réaction émotive et épidermique lorsqu’on évoque l’histoire.

Quant à ma remarque sur les castrats qui ressemblaient à des chapons dodus, je ne vois pas ce qu’elle a de déplacé. Comme le disait Napoléon : “Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas.” C’était le sens de ce raccourci. 

Voici le programme de Cecilia Bartoli :

Madeleines:

1. Aida – Marcia trionfale

2. Mina (pop) – song “brava!”

3. Tosca – Pastorello sung by Cecilia aged 8 in DVD “Maria”

Programme Classique:

4. Mozart – Cosi fan tutte – Quintetto dell’Addio Act I « Di scrivermi ogni giorno…” –  Karajan EMI

5. Rossini – Italiana in Algeri – Finale 1mo atto “Nella testa ho un campanello” – version Marilyn Horne

6. Händel – Lascia la spina – Jaroussky

SACRIFICUM

7. Track 1 Bonus CD : Broschi – Son qual nave

8. Track 4 CD : Porpora – Parto

9. Track 12 CD : Caldara – Quel buon pastor

Tags : , , ,
Lien permanent | Rétrolien

Il y a 8 commentaires pour cet article :

1 Jacques L, le 06 octobre 2009 à 14:39 :

Pour l’émission en elle même, en 7 lettres:
“j’ai aimé”
Mais pour le blog, en 8 lettres j’aime beaucoup moins “chilhood” et en 9 lettres “classical”
quant à “sacrificum” en 10 lettres…….

2 Françoise (40), le 06 octobre 2009 à 17:44 :

A Jacques L
Désolée de contrarier votre humour, mais “ChilDhood” comporte … 9 lettres !
Moi aussi, j’ai aimé l’émission.
Cordialement
Françoise à Sanguinet

3 Jacques L, le 06 octobre 2009 à 18:00 :

Autant pour moi, Françoise!
Merci

4 Livadiotti Roberto, le 07 octobre 2009 à 09:39 :

Emission intéressante et voix phénoménale.

5 ArnoR, le 07 octobre 2009 à 13:30 :

http://www.minamazzini.com/news/
Pour l’extrait de Mina, C’est Mina Mizzini dans un album de 1965 intitulé “Mina & Gaber Un’ora con loro”.

Merci pour ces moments délicieux.

6 Bernard PASCAL, le 10 octobre 2009 à 23:14 :

M. Bellamy, j’ai été profondément choqué par des propos que vous avez tenus à l’antenne dans cette émission: “chaque fois que l’on veut faire quelque chose de grand, de beau, il faut faire des sacrifices”.. sauf que ces “sacrifices” étaient SUBIS par ces enfants de 8 ans environ. “On n’enlevait pas tout… juste les testicules, ce n’était pas une castration totale, ils avaient une vie sexuelle normale”: qu’appelez-vous donc castration? Quant à leur vie sexuelle et leur santé, vous avez l’air de peu vous en soucier, de même que l’intervention réalisée dans l’échoppe d’un barbier napolitain dans des circonstances d’hygiène et d’anesthésie plus que douteuses…
Enfin, vous avez parlé avec une voix amusée de ces “gros bébés, un peu comme des chapons”, qu’ils finissaient par devenir avec les années.
Je crois rêver. je me demande si l’empathie est quelque chose que vous pouvez connaître. Je suis effaré de penser qu’en plein 21ème siècle de tels propos puissent être tenus par quelqu’un de votre niveau intellectuel.

7 Françoise (40), le 11 octobre 2009 à 12:47 :

A Bernard PASCAL
Il est toujours imprudent de ressortir de leur contexte certaines phrases.
Avez-vous lu le commentaire d’Olivier ? Si oui, relisez-le !
Cordialement.
Françoise à Sanguinet

8 Brunel, le 17 mars 2011 à 17:16 :

Lien temporaire pour les amateurs de beau chant (ici dans un superbe décors)

http://videos.arte.tv/fr/videos/cecilia_bartoli-3756510.html


Donnez votre avis !






ombre