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Sublime concert de Claudio Abbado en Chine

Le 20 septembre 2009 à 20:14 par Olivier Bellamy

C’est la première fois qu’un orchestre est invité en résidence à l’Opéra de Pékin : oui, vous savez, l’oeuf extraordinaire imaginé par l’architecte français Paul Andreu. Lieu magique, entouré d’eau, que les Chinois ont adopté comme leur symbole (un peu comme nous la Tour Eiffel). Quand on descend les marches à l’intérieur, on aperçoit l’eau qui coule sur le toit transparent. Ensuite, on monte pour se diriger vers la salle et une partie du mur (en verre !) embrasse le ciel, la ville… L’acoustique de la salle moyenne est bien sans plus (il y en a trois dans cet immense espace). Claire, détaillée, un peu sèche quand même… L’orchestre, il s’agit de l’Orchestre du Festival de Lucerne. Toscanini avait créé ce festival en 1938 pour faire un Salzbourg non nazi (c’était après l’Anschluss). Abbado a créé l’orchestre en 2003 après son départ de l’Orchestre philharmonique de Berlin, à cause d’un cancer dont il s’est remis par miracle “grâce à la musique” dit-il. Depuis qu’il est revenu à la vie, il ne veut plus que des expériences musicales essentielles, avec des jeunes ou avec cet Orchestre de Lucerne, qui est un orchestre “de vacances” et dont il a choisi chaque musicien parmi ses préférés. C’est un orchestre de solistes des plus grands orchestres et de jeunes qui le suivent depuis longtemps… On y trouve par exemple à l’alto solo Wolfram Christ, l’alto solo de Berlin sous Karajan et Abbado. L’un des violonistes (75 ans) a joué sous Furtwängler… L’un des contrebassistes est un Vénézuélien qui vient de l’Orchestre de Jeunes Simon Bolivar. Bref, une merveille, un rêve de musicien. J’ai entendu une 1ère Symphonie de Mahler à pleurer. Les Chinois ont accueilli Abbado comme si c’était Zidane ! Avec un enthousiasme inouï. Mais pendant la symphonie, c’était un silence de mort… ou plutôt de vie car chacun avait le coeur qui battait au diapason avec la musique. C’était extraordinaire. La perfection et en même temps un souffle qui vous traversait de haut en bas ! A la fin, tout le monde s’est levé pour applaudir. Les musiciens s’embrassaient entre eux tellement ils étaient heureux !!!

J’ai eu la grande chance et le grand honneur de dîner avec le maestro, sa famille et son docteur après le concert. C’était très émouvant et très gai à la fois. Claudio Abbado ne donne presque jamais d’interview, mais je croise les doigts, sans rien dire pour ne pas importuner le destin… Un jour, peut-être, qui sait. La confiance se construit lentement avec les très grands. Et franchement, pardon pour tous les autres, mais je crois que Claudio Abbado est unique au monde dans sa manière de faire la musique. Ses musiciens font tout pour le rendre heureux, ça se sent, la musique devient plus que belle : profondément humaine, essentielle et chacun le ressent. C’est une expérience bouleversante. Cela va être très difficile d’aller au concert pour entendre d’autres orchestres ensuite. C’est de l’amour pur. Et quand on aime, on devient forcément exclusif !

Je rentre mardi soir. On se retrouve en direct mercredi avec l’écrivain Jean-Claude Carrière. D’ici là, vous avez rendez-vous lundi avec le pianiste David Fray et mardi avec Julia Migenes. Deux émissions enregistrées qui j’espère vous plairont.

Je n’ai pas dit un mot d’Evelyne Dress, l’émission de vendredi, mais je suis trop sous le choc de ce concert. Voici néanmoins, il faut quand même faire son travail consciencieusement, son programme. Amitiés à tous.

Evelyne Dress

- Concerto pour clarinette de Mozart (2e mvt)

Madeleines

- Musique tsigane « Deux guitares » par Yoska Nemeth

- My yiddish Mame (Dora Doll)

- Lawrence d’Arabie

Programme

- In questa Reggia (Turandot de Puccini) par Callas

- Pavane de Fauré

- Ave Maria de Schubert par Barbra Streisand

- Gymnopédie n° 3 de Satie par Ciccolini

- Gershwin : Rhapsody in Blue

- Beethoven : Symphonie n° 5 – 1er mvt

- Musique klezme

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Il y a 9 commentaires pour cet article :

1 Nelly Bailly-Maître, le 20 septembre 2009 à 22:18 :

Bonsoir Olivier! ce soir en vous lisant c’est comme si, à mon retour, j’avais trouvé dans ma boîte aux lettres un courrier de Pékin, d’un ami qui voyage, et qui nous transmet sa joie et ses images qui vont jusqu’au fond du coeur. Excellent fin de séjour. Recevez mes amitiés. Nelly.Bx.33

2 Jean-Yves Malmasson, le 21 septembre 2009 à 09:18 :

Bonjour M. Bellamy, je trouve votre article ce matin et j’en suis encore tout secoué… Vous exprimez en quelques mots émouvants et simples tout ce qui fait mon admiration pour Claudio Abbado depuis près de 35 ans. “Claudio Abbado est unique au monde dans sa manière de faire la musique”. Voilà une phrase clé !

J’étais au concert inaugural de l’Orchestre du festival de Lucerne en 2003, avec cette fameuse interprétation de La Mer de Debussy devenue une référence. Cela restera l’un des plus grands moments de toute ma vie.

Merci en tout cas de nous faire partager vos impressions. Je vous envie d’avoir pu assister à ce concert à Pékin hier soir comme j’envie tous ceux qui ont pu se rendre à Lucerne toutes ces dernières années. Une succession de miracles, heureusement conservés sur DVD.
Pour le prochain il faudra attendre patiemment la venue d’Abbado à Paris le 11 juin 2010 avec l’Orchestra Mozart. J’ai déjà mon billet…

3 Livadiotti Roberto, le 21 septembre 2009 à 16:30 :

Vous avez raison de dire que Claudio Abbado est un des plus grands chefs d’orchestre. Ce n’est pas pour rien que les membres de l’orchestre philharmonique de Berlin l’ont choisi pour chef à la suite de Furtwaengler et Karajan.

4 Renate, le 21 septembre 2009 à 17:00 :

Absolument d’accord, Roberto. Cher Olivier, merci pour ce récit passionnant de Pékin. Très impatiente d’écouter ce soir David Fray (vais essayer de ne pas rater le début), demain Julia Migenes ! - et si c’est Brigitte Bardot, un jour, chapeau ! Quant au maestro, si vous y arrivez, ce serait plus qu’un coup de maître… Rêvons !
Amitiés à tous.

5 Evelyne Dress, le 21 septembre 2009 à 17:46 :

Cher Olivier,
Je ne savais comment vous remercier du joli moment passé en votre compagnie. Je tombe sur votre blog, alors, voilà, je n’hésite pas à vous le dire en direct et sans détours, merci. Je vous embrasse. Evelyne Dress

6 Martine, le 21 septembre 2009 à 19:31 :

Et moi, Mme Dress, je voudrais vous remercier pour votre programme, que j’ai adoré. Vous vous êtes livrée avec beaucoup de simplicité et d’intelligence. Cette émission était un régal

7 Françoise (40), le 21 septembre 2009 à 22:57 :

Que dire de plus en arrivant la … septième ? Vous avez tous dit les beaux mots que mérite le merveilleux message de notre ami Olivier. Je pense comme vous Jean-Yves; Olivier nous a secoués, une fois de plus.
Et on en redemande.
Merci encore et très amicalement à tous.
Françoise

8 Linda, le 22 septembre 2009 à 21:32 :

Cher Olivier,
Perdón mi idioma, pero vivo en Guanajuato, México donde no hay otro idioma. Quiero simplemente agradecerle por su maravilloso blog, y especialmente, para compartir con usted, mi pasión por Abbado. Tengo casí todo que el ha grabado en DVD y CD, y la Orquesta de Lucerne es, en mi opinión, la mejor del mundo. Cuando contó de su experiencia durante la cena con Claudio, ¡no puede imaginarse mi envidia!
Tengo un sueño que me doy cuenta que no puedo cumplir: mirar el maestro en vivo, dirigiendo su orquesta de Lucerne. Le juro, ¡creo que me hubiera desmayado si hubiera pasado el tiempo, como usted, en la presencia de mi héroe. Sus palabras bonitas sobre su capacidad también mi conmueven muchísima, y de nuevo, le agradezco. Soy “directora” de un octeto de cuerdas”, y me siento ignorante cuando veo un director espiritual y mágico como Claudio.

9 natacha, le 29 septembre 2009 à 13:11 :

J’ai adoré votre récit pékinois et, comme vous, j’ai une véritable vénération pour Claudio Abbado. Tout est parfait chez lui, son charisme, la joie qui se dégage lorsqu’il dirige, la parfaite harmonie avec cet exceptionnel orchestre composé des meilleurs musiciens (vous n’avez pas mentionné Sabine Meier, ni Nathalia Gutmann qui font partie de cet orchestre !!!! J’ai eu le bonheur d’assister à la répétition générale du festival de Lucerne, orchestre détendu, chef en bras de chemise,souriant, magique; 1ère symphonie de Mahler : chair de poule garantie de la première à la dernière mesure - vous avez vécu cette exépérience à Pékin - c’était totalement irréel tant c’était exceptionnel. Après ça, on peut mourir tranquille, on a été heureux au moins une heure dans sa vie !

A Lucerne (KKL : salle de concert conçue par Jean Nouvel) l’acoustique est parfaite. J’ai lu un article dans le Figaro du 7.09.09 que cette salle possède l’une des cinq ou six meilleures acoustiques du monde. Vous connaissez sans doute cet endroit “comme votre poche”
et, à mon tour, j’aimerais bien savoir ce que vous en pensez.

Continuez vos émissions, c’est épatant.

p.s. ne pourriez-vous pas sussurer dans l’oreille d’Elodie Fondacci que ses annonces avec “sous les doigts de ..” ou “sous la bagette de …” c’est vraiment trop ringard. Pourquoi ne pas dire tout simplement : “interprété par” … ou “sous la direction de …” ? Cela dit en passant, Abbado dirige sans baguette - comme vous le savez -. Cette remarque est valable également pour quelques-unes de ses petites camarades.

Encore merci et bon vent pour la suite !


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