Chose promise chose due. Voici le texte de Mauriac lu par Wladimir Yordanoff pendant son émission. J’ai rétabli le texte intégral car Wladimir l’avait coupé pour aller à l’essentiel.
“Mardi 12 avril 1955
Ce Concerto pour piano en si bémol (n° 27) entendu hier à la radio, j’avais oublié qu’il était le dernier que Mozart ait composé. Or j’ai reconnu dès le premier mouvement un certain accent propre à ses oeuvres des approches de la mort. Je ne m’y trompe jamais.
On ne saurait parler de désespoir. C’est une plainte, mais qui ne s’adresse plus aux hommes, qui n’espère plus toucher ces coeurs de pierre. Une plainte qui n’est que pour Dieu, un reproche d’enfant perdu dans la jungle et qui n’a pas été adopté par les fauves : les fauves polis de ce siècle des grâces, les pires de tous.
Cet enfant n’est en rien semblable aux enfants que nous avons été, ni à ceux qui nous entourent et qui demeurent tels que La Bruyère les a vus.
Nous feignons d’oublier que chaque génération d’enfants porte en germe tous les goujats, toutes les crapules et tous les mufles de demain. Mozart est un enfant venu d’une autre étoile, bien qu’il ait ressenti toutes nos passions, mais sans y rencontrer de partenaires de son espèce : un Papageno sans Papagena.
Il s’en tirait en divertissant les autres et en jouant pour cacher ses larmes. A la fin, elles ruissellent sans fin, même à travers les joyeux presto du finale, et il ne les essuie plus. Un enfant, jusqu’à la fin, mais un enfant crucifié dont le petit cadavre va être jeté à la fosse commune.”
Bloc Notes de François Mauriac


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