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Le rouge et le noir

Le 13 avril 2009 à 11:05 par Olivier Bellamy

Edwy Plenel et Olivier Bellamy
Il a tiqué lorsque je lui ai dit que son programme ressemblait à un rapport de police. Chaque titre était référencé avec une grande précision : date d’enregistrement, titre de l’album, tout y figurait. Edwy Plenel a répondu aussitôt que la police n’avait pas le monopole du sérieux apporté à la présentation des informations. Bien malmené dans le livre de Péan “La face cachée du Monde”, Edwy Plenel est un grand journaliste, qui s’est parfois pris pour un procureur. Mais il n’y a pas qu’une seule manière d’être journaliste et l’époque était particulièrement riche en “affaires”. Au moins, lui agissait en pleine lumière et chacun pouvait juger en connaissance de cause.

Le plus intéressant, en ce qui nous concerne, c’est qu’Edwy Plenel s’est livré en musique. Ses madeleines ont révélé un homme de convictions et de combats, mais touché d’une soudaine douceur. Le tranchant de sa lame s’est feutré sans s’émousser. La musique pousse à prendre de la hauteur. Dans son programme, il ne voulait pas seulement partager ses goûts musicaux, mais attirer l’attention sur des personnalités exemplaires, des types bien comme Alberic Magnard ou Maurice Ravel. C’était autant pour se protéger (dissimuler son affect) que pour rester journaliste avant tout. Journaliste engagé, évidemment, on ne se refait pas. Mais il a montré sans le vouloir une sensualité dans sa passion pour le saxophone et le violence et une féminité inattendue dans la sensibilité.

Son entretien était soigneusement préparé (conscience professionnelle oblige), défendu avec honnêteté et une intelligence toujours en éveil.

J’ai particulièrement aimé la fin de l’émission. Son trouble au moment de la question de Dieu. Il a bien essayé de botter en touche en stigmatisant les églises et les chapelles, mais je l’ai doucement ramené sur le terrain de la transcendance. La musique pose ces questions. Lorsqu’on écoute le Stabat Mater de Vivaldi, on ne peut pas seulement être touché par la beauté des voix. Une autre dimension s’impose à vous, quel que soit le nom qu’on lui donne.

Voici le programme d’Edwy Plenel, avec ses annotations :

1. Le morceau d’affection Dans les six suites pour violoncelle solo de Bach, la première (Suite n° 1 G-dur BWV 1007). 
J’ai l’habitude de l’écouter dans l’interprétation de Mischa Maisky (1985). 2. Les madeleines musicales Je vous en propose quatre :- Harry Belafonte, Day O (1955). Je l’écoute sur le disque All Time Greatest Hits Vol. 1. En en parlant, j’évoquerai aussi Ray Charles dont Belafonte reprend sur ce disque Hallelujah I Love Her So (1958). - Les frères Jacques, Le Général Castagnettas Je n’ai pas référence sous la main, mais vous trouverez aisément. - Charlie Parker, Out Of Nowhere (1947) Repris dans le récent Charlie Parker, Ballads, coll. Jazz reference. - De la bande musicale du film In the Mood for Love, le Yumeji’s Theme (composé par Shigeru Umebayashi). 3. Les morceaux de musique classique
 Albéric Magnard, Sonate pour Violoncelle et Piano, op. 20 la majeur Je l’écoute dans l’interprétation de Thomas Demenga et Christoph Keller (1986, Accord).- Schubert, La jeune fille et la mort Je vous laisse le choix de l’interprétation (chez moi, je l’écoute dans celle dirigée par Clifford Curzon). - Ravel, Gaspard de la Nuit Faible pour l’interprétation de Samson François (1967). - Vivaldi, Stabat Mater, en prenant tout simplement le premier morceau. Je l’écoute dans l’interprétation de The Academy of Ancient Music (dir. Christopher Hogwood). - Fueco e cenere, Canta Napoli (Mathieu Abelli/Jay Bernfeld, Arion 2006) Prendre Marechiare. (si vous le pouvez, des mêmes Fueco e Cenere, j’aurais bien ajouté Summertime de Gershwin (dans leur Fantasy in Blue, chez Atma, avec Rinat Shaham) - The Sacred Bridge, par The Boston Camerata, Joel Cohen (Erato, 1990) - Alfred et Mark Deller, Folksongs (Harmonia Mundi, 1972) - Brahms, Danses hongroises
 J’apprécie l’interprétation récente de Cédric Tiberghien (Harmonia Mundi, 2008). 4. Deux outsiders inclassables (prendre là aussi le premier morceau du disque)
 A vous de voir s’ils peuvent entrer dans votre programmation, mais cela me ferait grand plaisir car ils me tiennent à cœur. - Le Trio Joubran, Majâz (Randana 2007, distrib. Harmonia Mundi) - Giovanni Mirabassi, Avanti ! (Sketch 2001, distrib. Harmonia Mundi)

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Il y a un commentaire pour cet article :

1 Jennie Martin, le 14 avril 2009 à 20:47 :

Un grand merci, cher Monsieur Bellamy, d’avoir invité cette grande dame (Jeanine Reiss, que nous avons entendue ce soir) ! Quelle modestie, quelle humilité, de rester ainsi avant tout au service de la musique, du texte de la musique ! Sans jamais se mettre soi-même en avant ! C’était un régal d’entendre son élocution parfaite. Quelle ouverture aussi ! J’ai beaucoup apprécié la simplicité de ses madeleines. Elle ne « se la joue pas » ! Ses commentaires donnaient une saveur particulière à son programme. Je ne pourrai plus écouter la Callas de la même manière. Toutes les anecdotes qu’elle a racontées étaient extraordinaires ! Le tout avec la plus grande simplicité. Pourquoi Madame Reiss ne reviendrait-elle pas demain, si vous êtes en rade ? Elle a sûrement beaucoup d’autres choses à nous faire partager.
Un grand merci à vous qui êtes le chef d’orchestre de tout cela.
Bien musicalement et radioclassiquement à vous, J. Martin (92).


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