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Laurent Korcia le magnifique

Le 27 mars 2009 à 00:08 par Olivier Bellamy

Olivier Bellamy et Laurent Korcia

En art, on dit qu’il faut « avoir du style ». C’est la moindre des choses ! Posséder un style, est beaucoup plus rare. En littérature, deux par siècle, disait Céline, qui était sévère. Au violon, les élus sont à peine plus nombreux (Kreisler, Heifetz ?) Enfin, avoir  « son »  style est un privilège accordé aux fortes personnalités. On pense à Gitlis, Kremer… Les animaux étranges, les inclassables. Aujourd’hui, Laurent Korcia appartient à cette race - en voie de disparition - d’artistes que l’on reconnaît au premier coup d’oreille parce qu’ils ne ressemblent à personne.  Il est la bête noire des orchestres routiniers, des chefs pressés, des pianistes paresseux. De son stradivarius « Zahn » de 1719, prêté par LVMH, il tire des sonorités envoûtantes. Qu’il joue le Concerto de Brahms à la salle Pleyel ou une belle mélodie populaire à la télévision, Laurent Korcia reste le même. Certes, la somme de connaissances et de technique diffère considérablement d’une œuvre à l’autre, mais la finalité est bien, comme le disait Beethoven, de « partir du cœur et d’aller au cœur ». De mémoire d’ébène ou d’épicéa, on n’a jamais entendu Laurent Korcia émettre un son poli, absent ou simplement neutre. Il ignore le consensus, ce poison de l’art. Il ne souhaite pas plaire à tout le monde, mais il mourait pour concerner chacun. C’est très différent. Tout en lui est engagé, tendu, intègre, rayonnant. On le dit capricieux comme un ruisseau de montagne. C’est qu’il suit les creux et les bosses de la musique sans chercher à se réfugier sous l’ombre rassurante des barres de mesure. A l’image d’un Samson François, Laurent Korcia est un imaginatif, qui a ses fulgurances, ses illuminations, en marge des pièges de la vanité, qui ralentit la musique et pèse inutilement. Pour trouver la légèreté, Laurent Korcia, tel un grand acteur, plonge au fond de lui, dans les replis de son cœur où sommeillent sentiments purs et pensées secrètes, matière trop fragile pour la vie, mais nourriture essentielle de l’art. La note paraît enfin au terme d’une longue maturation intérieure et au prix d’une douloureuse introspection. Dans l’ultime moment de retenue, qui précède l’émission de la note, l’artiste est en état de nudité maximale, de vulnérabilité absolue. Le son vient en quelque sorte lui sauver la vie. Peu d’artistes ont ce courage d’aller au bout de sa propre nuit. « Jouer comme si c’était la première ou la dernière fois » conseille Ivry Gitlis. Voilà ce que Laurent Korcia a toujours fait, aussi naturellement qu’on respire, sans imaginer agir autrement. A l’heure où la carrière impose de se cacher derrière son savoir faire pour durer, Laurent Korcia, qui possède pourtant la plus fabuleuse des techniques la remet en question chaque soir et joue sa peau à chaque concert. Pour le public, c’est une expérience unique car, que l’on soit ou non familier de la musique, chacun est transporté, transformé.

Lorsqu’il joue de la musique de film, de la musique populaire ou du jazz manouche, notre violoniste ne se voit pas comme un grand seigneur qui consent à descendre de sa tour d’ivoire pour se mêler à la foule. En musique, « chaque chose a sa beauté et son utilité » professait sagement Luciano Pavarotti. Dresser des barrières entre les genres avant tout trahit avant tout un manque de culture. Laurent Korcia sait que c’est l’immense Toscha Seidel (de la bande des « Jascha, Sacha, Toscha, Micha »,  élèves du légendaire Leopold Auer) qui joue le fameux solo de violon dans la bande originale du film « Gone the Wind ». Musique signée Max Steiner, lequel était élève de Brahms ! Il sait aussi que le légendaire Hollywood Quartet partageait son temps entre les derniers quatuors de Beethoven et la 20th Century Fox (la musique de « All about Eve », c’est eux !). Comme le snobisme lui est étranger, Korcia déclare tout à trac que « Moon River est aussi difficile à jouer qu’un adagio de Mozart ». Eh oui, plus c’est simple, plus on est à nu, moins on peut truquer. C’est avec un plat de riz et du soja que l’on reconnaît le grand cuisinier, disait-on autrefois en Chine.

Un grand artiste, c’est avant tout un artiste libre. Libre de ses choix, libre de ses passions, libre de ses folies. « La liberté, ça se conquiert, ce n’est pas donné d’avance » estime Laurent Korcia. Il rêve de faire entendre la Sonate pour violon seul de Bartok dans un stade. Cette musique, il l’a jouée au Moyen-Orient devant des publics vierges de cette esthétique, qui en étaient bouleversés parce qu’ils la comprenaient d’instinct. Korcia transmet des images avec les sons. « La musique s’écoute aussi avec les yeux » disait Stravinsky. Donc l’interprète est donc un peu peintre et cinéaste. Mais dans la musique de film, c’est moins le souvenir des images qui nous atteint que l’émotion de reconnaître des « madeleines de Proust » musicales et de retrouver pour quelques instants la saveur d’un paradis que l’on croyait perdu.

Laurent Korcia est un musicien qui nous touche profondément car au-delà du charme, des sortilèges, des couleurs fauves et des parfums entêtants de son violon, il demeure, depuis ses premières gammes d’enfant, jusqu’au dernier son qui vient de mourir sous ses doigts, un artiste d’essence tragique.

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Il y a 14 commentaires pour cet article :

1 Françoise (40), le 27 mars 2009 à 14:13 :

Eh bien, cher Olivier, heureusement que mon petit-fils de 8 ans 1/2 ne voit dans l’apprentissage de l’alto qu’un … violon d’Ingres. Il a choisi d’être chimiste “pour fabriquer des médicaments”. Bon, je m’égare. Revenons à Laurent Korcia. Votre “mot” est long, et tant mieux car il n’a pas beaucoup parlé. Il m’a semblé être à la fois à l’aise et gêné. Talent et modestie peut-être ? Son programme m’a plutôt plu bien que j’étais “sur mes gardes” car j’avais entendu le matin même “quelque chose” de Bartok qui ressemblait plutôt à .. du bruit qu’à de la musique. Evidemment, cela n’engage que moi, mais pour revenir sur ce que vous disiez hier soir, est-ce que Bartok serait “à la mode” ? Serait-ce celui que l’on DOIT entendre ?
Cela étant dit, c’était une sympathique émission.
La sonnerie de son portable ? Nous ne lui en voulons pas ; il semblait tellement désolé, au point de ne même pas savoir l’arrêter !
Bonne journée à tous.
Très amicalement
Françoise à Sanguinet

P.S. Merci Rénate pour vos amitiés. Je vous embrasse amicalement.

2 Livadiotti Roberto, le 27 mars 2009 à 18:23 :

D’accord avec vous Françoise. Je n’ai pas entendu ce morceau de Bartok, mais il y a chez ce compositeur ainsi que d’autres de son temps, des morceaux qui ressemblent plutot à du bruit qu’à de la musique et en dépit de cette “mode”, il faut avoir la franchise de le dire comme vous.

3 Françoise (40), le 27 mars 2009 à 19:17 :

Cher Roberto, merci pour votre gentillesse . Vous connaissez ma spontanéité ! Mais il y a tellement de bonnes et belles “choses” sur notre radio bien aimée que nous lui pardonnons bien volontiers si, parfois, nos fragiles oreilles sont heurtées par des musiques qui n’en ont que le nom.

J’ai lu vos mots Sandrine. Ravie de voir que vous avez de nouveau un peu de temps pour venir bavarder sur ce merveilleux blog.

Amitiés à tous et bonne fin de semaine.
Françoise à Sanguinet

4 Françoise (40), le 28 mars 2009 à 11:15 :

Roberto,
J’ai retrouvé … “l’oeuvre” de Bartok
dont je parlais : Premier mouvement du Concerto pour violon et orchestre.
Amicalement.
Françoise à Sanguinet

5 Livadiotti Roberto, le 28 mars 2009 à 22:36 :

Merci, Françoise pour vos renseignements et à bientot.
Salutations. Roberto

6 Anne Duhem, le 30 mars 2009 à 17:26 :

Bonjour
Ne peut-on pas réécouter l’émission sur le site de Radio Classique ? J’ai manqué Laurent Korcia jeudi dernier, j’ai lu votre magnifique article sur le blog et j’aimerais beaucoup pouvoir avoir accès à l’émission. J’ai entendu Laurent Korcia en concert à Lille avec l’Orchestre national de Lille, dans le Concerto de Brahms. C’était magnifique, d’autant que nous avons pu l’entendre en avant-concert dans la sonate pour paiano et violon de Ravel, il a cassé une corde, est revenu avec naturel pour le concert lui-même, il ade nouveau cassé une corde à la fin du 1e mouvement !! il l’a remplacée sans fébrilité, et est revenu pour reprendre le concerto au début, et le jouer encore mieux. C’était extraordinaire.
Merci pour votre émission, elle dilate le coeur et l’esprit.

7 Nelly Bailly-Maître, le 30 mars 2009 à 21:18 :

Extraordinaire Laurent Korcia! impossible d’envoyer mon message! je suis certaine que celui-ci va partir! J’aimerais aussi tellement réécouter! Introuvable Cher Olivier! demain…j’espère. A demain!

8 Fred L, le 01 avril 2009 à 22:48 :

Bonjour à tous,
Pour des raisons techniques, une bonne partie des émissions diffusées entre jeudi 26 et vendredi 27 mars n’ont pas pu être archivées… dont l’émission d’Olivier Bellamy avec Laurent Korcia. Nous faisons le nécessaire pour vous permettre très bientôt un accès à la réécoute de cette émission directement à partir de ce billet. Merci de votre fidélité et de votre patience. Frederic L.

9 Nelly Bailly-Maître, le 02 avril 2009 à 20:59 :

Merci Frederic L. J’ai pu réecouter Laurent Korcia avec beaucoup de bonheur. C’est difficile de mettre des mots parfois! Le son extraordinaire de son violon! à eux deux ils font passer tellement de choses, d’émotions! ce violon à une âme qui s’épanouit sous l’archer de Laurent Korcia.. Manquant de temps j’envoie aussi mes amitiés à Françoise, Sandrine, Renate,Roberto et vous tous qui contribuez avec Olivier Bellamy à tant nous apporter. Bonne Soirée. Nelly.Bx.33

10 Françoise (40), le 02 avril 2009 à 22:56 :

Merci chère Nelly. Vos amitiés vont droit au coeur.
C’est à mon tour d’être un peu “absente”… Même si Radio Classique est branchée en permanence, il m’est difficile d’écouter vraiment avec le bruit de fond occasionné par tous nos “vacanciers”. Mais c’est une autre forme de Bonheur, n’est-ce pas ?
Très amicalement.
Françoise à Sanguinet

11 Renate, le 03 avril 2009 à 11:38 :

Bonjour à Tous - comme Nelly, je n’arrivais pas à faire partir mon message concernant cette émission. J’ai fini par abandonner. En tout cas, il est extraordinaire, Laurent Korcia. Je vais le réécouter aussi. Françoise, Sandrine, Nelly et Roberto, très bon week-end ! Amitiés.

12 Françoise (40), le 03 avril 2009 à 13:38 :

Merci chère Renate. A bientôt.
Amicalement
Françoise Sanguinet

13 Nelly Bailly-Maître, le 03 avril 2009 à 21:28 :

Oui oui oui! et merci à tous pour ce blog sympathique et les amitiés qu’il génère! Demain: soirée de bonheur! week-end aussi!
A bientôt (j’ai 2 ou 3 ‘trucs’ à écrire).Nelly.Bx.33

14 sandrine, le 04 avril 2009 à 23:26 :

Alos à mon tour de vous remercier, chères Renate, Françoise et Nelly pour toute votre sympathie, la journée fut longue!Heureusement que lasemaine se termine sur un dimanche!
à bientôt, pas de commentaire musical pour aujourd’hui.
cordialement
sandrine(84)


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