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La simplicité des grands

Le 27 mars 2009 à 21:34 par Olivier Bellamy

Olivier Bellamy et Aldo Ciccolini

Aldo Ciccolini est athée. Son unique religion est la musique. Une religion polythéiste puisqu’elle adore des dieux aussi divers que Bach, Mozart, Beethoven ou Wagner. Mais Ciccolini va plus loin encore. Son âme musicale est sans limites. « Il n’y a pas de « petits » compositeurs français » a-t-il dit au cours de l’émission. Ils sont tous grands. » Voilà qui fait plaisir à entendre. Mais il faut que ce soit un pianiste né à Naples, qui nous le dise. En France, on a le complexe de ses compositeurs. A part Debussy et Ravel, on doute. Berlioz pose problème chez nous, pas en Angleterre où il est vénéré… Chabrier, on le mentionne en riant. Satie, on ajoute un rien de condescendance. Quant à Saint-Saëns, il subit encore la loi des listes noires comme Anatole France en littérature (lire le livre de Milan Kundera qui sort en librairie). Le fameux esprit critique français s’applique toujours à ployer dans le sens du vent.

Aldo Ciccolini a choisi de vivre en France à cause de notre littérature, notre musique, notre climat et notre esprit qui s’accorde si bien avec son scepticisme teinté d’enthousiasme. Cet enthousiasme a été bien souvent mis à l’épreuve, mais, suprême noblesse du pianiste, il est resté en façade. « Sans la musique, j’aurais très certainement mis fin à mes jours » a-t-il lâché simplement, sans aucun effet mélodramatique.

Précision importante : Aldo Ciccolini n’a pas souhaité que ses propres enregistrements entrent dans son programme. Un grand artiste, mais aussi un grand monsieur.

Voici le programme souhaité par Aldo Ciccolini

A) Enfance:

1) Wagner: Parsifal. Prélude (Furtwängler ou Knappertsbusch)

C’est son premier grand choc musical, son père l’ayant emmené entendre cet opéra au San Carlo de Naples quand il avait 6 ans.

2) Chopin: Polonaise en ut dièse mineur. / Rubinstein. Œuvre qu’il a jouée très tôt et qu’ il a interprétée à 8 ans au cours de son premier concert.

3) Benjamino Gigli : si possible dans l’air pour ténor du 3ème acte de Lodoleta de Mascagni qu’il entendait à la maison soit à la radio, soit dur le gramophone familial

ou dans “Di quella pira” du Trouvère de Verdi.

B) Divers:

4) Tito Schippa: Massenet: Un air de Werther.

     Aldo Ciccolini a eu “La manne” du ciel de Massenet comme thème  pour son examen de fugue au conservatoire de Naples.

5) Elisabeth Schwarzkopf: Un extrait de la scène finale de Capriccio de R. Strauss.

6) Renata Tebaldi: Air de la Wally de Catalani. Un de ses plus grands souvenirs d’opéra: Quand il a entendu Renata Tebaldi dans l’ air d’ Elisabeth de Tannhauser chanté en italien.

7) Kirsten Flagstadt: Mort d’ Isolde de Tristan de Wagner sous la direction de Furtwängler

8) Wilhelm Backaus: Schubert: 2ème Impromptu op. 142

9) Arturo Benedeti Michelangeli: Debussy: Première  Image pour piano: Lent (mélancolique et doux)

10) Arthur Rubinstein: Mazurka op. 59 n°1

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Il y a 4 commentaires pour cet article :

1 Harran Denise, le 30 mars 2009 à 00:55 :

Merci pour l’ensemble de vos émissions, par votre extrême courtoisie, vos invités sont mis en valeur et vos auditeurs bénéficiant de cette accalmie dans les tensions, bénéficient de surcroît du meilleur de ce que peuvent apporter vos invités.
Merci infiniment
On se prend à rêver d’un monde modeste.
Meilleurs voeux à toute l’équipe.
Denise Harranb

2 Françoise (40), le 30 mars 2009 à 22:38 :

Je respecte l’opinion de Monsieur Ciccolini (et la vôtre Olivier) quand il dit qu’il n’y a que de “grands compositeurs”. Effectivement, si on les compare à la génération du 20ème siècle, dont il ne restera probablement rien … bien avant deux cents ans ! Quoiqu’il en soit, pourquoi voloir tous les classer dans les “grands” ? Par exemple, j’ai entendu vendredi matin deux extraits de La Mer de Debussy. Eh bien … moi, je ne le classe pas dans les “grands”, même s’il a fait d’autres choses plus intéressantes.
Mais, nous nous devons de respecter les goûts (même les mauvais avez-vous dit vous-même un jour !) des uns et des autres.
Par ailleurs, j’ai été un peu “abasourdie” quand il a dit “qu’il n’était pas heureux”. Etre toujours “insastisfait” ne me semble pas être une explication ; j’aurais donc aimé qu’il donne sa propre définition du bonheur.
Quant à ses choix musicaux, ceux-ci étaient agréables.
Bonne soirée à tous.
Très amicalement
Françoise à Sanguinet
P.S. Roberto. De Bartok (…un “grand” ?), c’était le “n° 2″

3 Livadiotti Roberto, le 31 mars 2009 à 19:22 :

Je suis d’accord avec vous, chère Françoise car je n’aime pas la plupart des compositeurs du 20e siècle et je ne les crois pas vraiment “grands”. Je fais une exception pour Richard Strauss, Sibelius et Puccini. En ai-je oublié? Je pense que Debussy peut etre considéré comme assez “grand” par ses découvertes musicales. Je n’aime pas Bartok, Stravinsky, Chostakovitch etc…

4 gauthier, le 02 avril 2009 à 20:45 :

Cher Monsieur,
c’est toujours avec autant de plaisir que, rentrant du travail, j’écoute votre émission. Je goute toutes vos madeleines avec appétit. J’ai été très touché par le témoignage de Monsieur Aldo Ciccolini et bouleversé par sa phrase finale quand il a déclaré que s’il n’avait pas eu la musique, il aurait sans doute mis fin à ses jours. Quelle émotion intense. Quelles souffrances a-t-il eu pour faire une telle déclaration ?
Je suis resté un moment en silence et me suis dit que la musique transcendait tout.
C’est bien ce que nous ressentons lorsque tout à coup un morceau fait ressurgir des tableaux de vie du passé ou des instants particuliers, un peu comme un parfum.
Bravo Olivier de nous faire découvrir de telles personnalités !


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